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Mugny Patrice · Nationalrat · 2000-03-16

Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2000-03-16

Wortprotokoll

J'ai déjà commencé le débat tout à l'heure en déclarant que je désapprouvais les lignes directrices. J'aimerais quand même remettre en tête l'histoire que nous avons dite à quelques-uns, cette sorte de pression exercée par une droite pure qui arrive, lors de la dernière séance de la Commission des finances, et demande 2 milliards de francs d'économie. Ensuite, M. Villiger arrive et montre à quel point il est raisonnable, et cette droite ne s'en satisfait pas. Il y a d'ailleurs eu tout à fait le même phénomène avec le livre de M. de Pury; il y a eu un premier livre, puis un deuxième. Et chaque fois, on dit bravo au Conseil fédéral pour les quelques pas qu'il a faits, et on attend les suivants.

Il y a une sorte de logique perverse, parce que, au fond, en ce qui concerne, par exemple, le projet de mieux tenir compte des enfants dans la fiscalité présenté par M. Villiger lundi, nous le soutenons, mais que cela soit compensé. En revanche, tout à coup, on décide une réduction de la fiscalité de 0,5 milliard de francs pour les banques et leurs clients. Alors là, on est encore dans un autre cas de figure. D'ailleurs, il est intéressant de voir que la Commission de l'économie et des redevances exige en même temps une réduction de la dette et des recettes. C'est un paradoxe intéressant. Mais il est clair que nous accepterions aussi, par exemple, l'augmentation de certaines fiscalités indirectes, comme les taxes écologiques, mais qu'à ce moment-là il y ait une réduction des charges sur le travail, et pas une réduction de l'impôt fédéral direct qui, de nouveau, est une fiscalité qui frappe particulièrement les gens possédants, et moins les pauvres. Donc, c'est un impôt, comme tout un chacun le sait, progressif.

Deuxième élément que j'avais déjà dit, mais que je répète: il y a entre 250 000 et 400 000 personnes que l'on appelle les "working poors", les gens qui travaillent à plein temps et qui n'arrivent pas à vivre avec leur revenu. Pas un mot dans les lignes directrices sur le bien commun, sur la nécessité qu'un pays de 7 millions d'habitants aussi riche que la Suisse se préoccupe du bien-être, du bien commun de la partie la plus pauvre de sa population!

Je signale d'ailleurs, puisqu'on parle toujours de la richesse, de la capacité de chacun, de la croissance et du bien-être calculé en fonction du produit intérieur brut, qu'il y a un autre indice qui est celui du programme des Nations Unies pour le développement, qui calcule le bien-être selon la situation des plus pauvres du pays, notamment des femmes, de l'alphabétisation et d'autres critères qui sont peut-être différents. Il serait bon de passer à ce type d'indices également.

On a d'ailleurs, je le répète, de la peine à comprendre la volonté de réduire le train de l'Etat alors qu'en Suisse, actuellement, la quote-part fiscale est relativement modérée. Il est donc clair pour nous que les lignes directrices ne vont pas dans le sens d'une amélioration du sort du plus grand nombre, ni surtout du soutien aux personnes défavorisées. Il s'agit véritablement d'un programme politique qui vise très clairement à répondre aux voeux d'une droite dure et arrogante et in fine, à remettre en cause l'Etat social.

J'aimerais encore dire deux choses à ce stade. La première concerne la proposition d'amnistie fiscale. Réellement, ça constitue une prime au vol! J'aimerais quand même, dans le débat qu'il y aura certainement un jour sur ce point, qu'on se pose la question sur cette Suisse qui non seulement abrite les fraudeurs de l'étranger, mais est prête à blanchir les fraudeurs suisses!

La deuxième est que nous vivons actuellement dans un climat extrêmement malsain, c'est le moins qu'on puisse dire avec la montée des intolérances. On l'a vu encore ce week-end avec l'événement le plus grave, c'est l'histoire d'Emmen, des non-naturalisations de gens qui n'avaient pas un nom de bonne consonance ou un visage avec le bon faciès. Il y a eu la décision du Conseil des Etats d'ouvrir des camps pour les requérants d'asile. Il y a également la proposition de créer des classes séparées pour les étrangers. Il y a tous ces problèmes-là. On a même parlé - il y a eu des bruits! - de "dénaturaliser" des gens!

Je pense que la montée du populisme et de la xénophobie ont des causes. Elles sont multiples, mais une des causes est le lien évident entre la démagogie anti-Etat, antisociale, et la montée des intolérances. A trop vouloir cirer les bottes des riches et désespérer les gens modestes, on joue dangereusement avec la désespérance des gens et leurs sentiments.