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preparatory:AB 365539

Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-12-04

Wortprotokoll

Disons-le d'emblée, pour le groupe socialiste, le budget 2026 tel qu'issu de la Commission des finances n'est ni durable ni visionnaire.

Le projet du Conseil fédéral prévoyait déjà des coupes dans le domaine propre de l'administration. Par exemple, 19 postes ont déjà été supprimés à l'OFSP, ce qui va impacter négativement les programmes de prévention. Il a aussi anticipé la mise en oeuvre des mesures prévues dans le paquet d'allégement budgétaire 2027.

La majorité de la commission a été plus loin dans ses coupes. Les cibles sont à nouveau l'aide publique au développement et la coopération internationale, avec 59 millions de francs de moins. Les dépenses de personnel subissent déjà une réduction transversale de 1,4 pour cent, à laquelle s'ajoute une coupe de 27 millions de francs. Relevons aussi une réduction de 130 millions de francs concernant les indemnités versées aux cantons au titre de l'aide sociale pour les requérants d'asile, les personnes admises à titre provisoire et les réfugiés. Comme toujours, l'armée et l'agriculture ont été non seulement épargnées, mais renforcées. La commission a notamment généreusement doté l'armée de 50 millions de francs de plus.

Malgré un excédent structurel de 138 millions de francs, la commission a décidé des coupes idéologiques dans des domaines essentiels. Des postes doivent ainsi être supprimés dans la mise en oeuvre de la stratégie pour l'égalité, dans la santé et même dans la recherche en agriculture, à savoir dans les dépenses de fonctionnement d'Agroscope, dont l'action est cruciale au moment des crises climatiques.

Le groupe socialiste l'a déjà martelé maintes fois[NB]: la Confédération n'a pas un problème de dépenses, mais entrave sa propre capacité d'action avec une politique financière dogmatique. Le problème réside dans le manque de volonté de trouver de nouvelles recettes et dans une interprétation trop rigide du frein à l'endettement. Or, ce frein à l'endettement, c'est un frein aux investissements. Ce n'est pas une perspective d'avenir.

Notre Parlement n'est pas face à une crise budgétaire, mais face à des choix politiques. Or, ce budget ne reflète pas l'ouverture ou la confiance dans notre capacité d'innovation, mais le repli sur soi et la frilosité.

Alors que de nombreuses politiques publiques essentielles - l'aide au développement, l'égalité, la culture, l'éducation et la recherche - ont besoin de moyens supplémentaires, ce budget fait le choix d'une hausse des dépenses militaires. Cela revient à dire que, dans un pays où les besoins sociaux augmentent, où les familles voient leurs primes d'assurance-maladie exploser, où l'on manque cruellement de logements abordables, où les services publics sont sous pression, la priorité est l'armée, avant la cohésion sociale.

De même, à l'heure où l'on dénonce le nombre alarmant de féminicides dans notre pays, le fait de couper deux postes au Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes est aberrant, même s'il faut saluer le fait que la commission ait accepté de justesse d'allouer 1,5 million de francs pour la campagne de prévention de la violence faites aux femmes. Toutes ces mesures de prévention et de soutien auraient d'ailleurs déjà dû être prises depuis bien longtemps.

Nous ne sommes pas opposés à investir dans la sécurité, mais sous quelle forme[NB]? La sécurité d'un pays ne se mesure pas seulement au nombre d'avions, de missiles ou de drones. Je ne m'étendrai pas sur les prix exorbitants et les projets mal ficelés qui nous sont présentés dans ce domaine. La sécurité, c'est aussi la cohésion nationale par l'éducation, par des médias indépendants, par la capacité des[NB]services[NB]publics,[NB]par[NB]des transports publics performants et par le soutien qu'un pays peut offrir aux plus vulnérables, ici et ailleurs.

Personne ne conteste la tradition humanitaire de la Suisse, dépositaire des Conventions de Genève et engagée activement dans la promotion du multilatéralisme, qui doit plus que jamais être défendue. Cette tradition humanitaire se concrétise par le soutien aux populations les plus fragiles dans les pays du Sud global, par la lutte contre la pauvreté et le renforcement de la santé. Or, couper encore dans la coopération internationale, au moment même où les crises climatiques, humanitaires et géopolitiques s'intensifient, va dans le sens inverse des efforts déjà investis.

C'est affaiblir notre rôle international, renier notre tradition humanitaire et compromettre la stabilité mondiale dont dépend aussi notre propre prospérité.

En 2025 déjà, la Direction du développement et de la coopération (DDC) a dû réduire considérablement ses contributions à Onusida, à ONU Femmes, à l'Unicef et au PNUD. En raison des coupes budgétaires mondiales dans la coopération au développement, notamment celles concernant Onusida, des milliers d'emplois ont déjà été supprimés à Genève cette année. Onusida ne compte actuellement plus que 19 postes à Genève, contre 127 à l'origine. L'Unicef a récemment annoncé le transfert de 300 postes de Genève à Rome. C'est donc tout l'écosystème de la Genève internationale qui est déstabilisé.

De nouvelles coupes dans la coopération multilatérale affecteront non seulement les organisations basées à Genève, mais contribueront également à prétériter davantage l'aide humanitaire internationale et la santé mondiale. Seul un quart environ des besoins humanitaires mondiaux peuvent actuellement être couverts. Des organisations importantes pour la santé mondiale telles que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme n'ont pu couvrir qu'environ 62 pour cent de leur budget pour la période de financement 2026-2028. [PAGE 2024]

Soutenir des programmes dans les pays du Sud, ce n'est pas de la charité. Ce n'est pas seulement une marque de solidarité pour notre humanité, c'est aussi soutenir les populations dans leurs propres pays, dans leurs propres environnements qu'elles ne veulent pas quitter. Celles et ceux qui n'aspirent qu'à fermer nos frontières feraient bien d'y penser. C'est aussi cela la sécurité globale.

Nous appelons donc à un budget qui se fonde sur la solidarité, l'égalité et la responsabilité. Un budget qui investit dans les forces vives de la Suisse, son savoir-faire, sa capacité d'innovation et sa tradition humanitaire.

Les membres du groupe socialiste ont refusé le budget au vote sur l'ensemble en commission, non sans avoir fait un certain nombre de propositions constructives. Néanmoins, si nous voyons un geste qui va dans notre sens, en particulier pour revenir sur certaines coupes dans la coopération internationale, nous pourrions modifier notre position, soit par une adhésion soit par une abstention, selon l'évolution des débats.