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preparatory:AB 245473

Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2019-06-04

Wortprotokoll

"Faire évoluer la gouvernance du numérique vers un mode de gouvernance inspiré du numérique": c'est le titre de la motion que j'ai déposée en 2017, car j'avais l'impression que l'administration fédérale avait un peu de peine à piloter, avec le rythme nécessaire, la transition de la Suisse vers le numérique. J'ai donc proposé la mise en place d'un système de pilotage souple, agile et plus rapide.

Le Conseil fédéral a proposé de rejeter la motion en indiquant que de nombreuses mesures étaient déjà prises ou sur le point de l'être. C'est vrai, mais je n'en vois guère qui correspondent vraiment à ce que j'ai demandé, et cela risque de tarder. Cela me préoccupe, car la digitalisation de la Suisse est un énorme défi, et ce défi est complexe car il s'agit d'une mutation technologique profonde qui touche toute l'économie et la société. Cela implique notamment que nous agissions ensemble. Nous devons agir de manière à informer et à aider ceux qui n'y sont pas préparés. Il s'agit aussi d'investir dans de nouveaux équipements; là aussi cela doit se faire de manière coordonnée pour assurer notre sécurité contre les brèches informatiques par exemple. Enfin, nous devons veiller à avoir des spécialistes suffisamment formés et assez nombreux pour que la protection de nos intérêts, de notre armée et de notre économie soit à la hauteur de ces nouveaux enjeux technologiques.

Le défi numérique exige de la rapidité car la révolution numérique est menacée par des entreprises d'un genre nouveau. Elles ont des ressources financières considérables qu'elles investissent continuellement pour améliorer leurs services et en tester de nouveaux. Bref, elles sont dans un processus d'innovation permanente. Si les Etats, les politiques, ne sont pas en mesure d'anticiper ces changements, ni de les rattraper, ils doivent au minimum pouvoir les suivre sans se faire distancer afin de contrebalancer un tant soit peu le pouvoir gigantesque de ces sociétés en mains privées et d'assurer la préservation des intérêts de nos concitoyens.

La Confédération avance incontestablement à grands pas en matière de numérique. La Stratégie Suisse numérique, qui fixe les grands objectifs, a été réactualisée en septembre 2018 et complétée par le plan d'action Suisse numérique, qui liste des mesures en cours et existantes, secteur par secteur.

Le dialogue Suisse numérique permet des échanges avec les acteurs clés de l'économie, de la science, de la recherche et de la société civile. Le groupe interdépartemental Suisse numérique coordonne les activités à l'intérieur de l'administration fédérale, et une nouvelle plateforme digitaldialog.swiss informe sur les dernières nouveautés en matière de digitalisation, de stratégie fédérale, d'avancement des différents projets.

D'une manière générale, c'est le travail en réseau qui est privilégié, ce qui est une bonne chose. En effet, le Conseil fédéral a invité tous les cantons, les villes et les communes à discuter de leurs projets et de leur mise en oeuvre, en particulier dans des domaines comme la santé et la formation où les responsabilités sont partagées entre la Confédération, les [PAGE 843] cantons et les organismes privés. Et, pour renforcer ce travail en réseau, des plateformes et des forums permanents de coopération dédiés à des projets de digitalisation spécifiques, par exemple "e-government" et "e-health", ont été créés.

Mais malgré tout ce que le Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication met en avant, on ne voit pas bien ce qui permettrait à l'administration fédérale d'évoluer aussi vite que les Google, Amazon et les anciennes start-up du numérique. De plus, dans cette folle course, qui ne tient pas le rythme recule. C'est pourquoi il faudrait reconsidérer le mode de gouvernance des équipes fédérales en charge du numérique. L'approche classique - structurée, mais un peu rigide, hiérarchique et "top-down" -, qui a largement fait ses preuves par ailleurs, ne convient plus tout à fait.

Face à une telle disruption technologique, une gouvernance de disruption s'impose. S'il n'est bien sûr pas question de transformer l'administration fédérale en start-up, ce qui serait ridicule, il est bon de s'inspirer de certaines pratiques qui accélèrent la circulation des idées et augmentent l'agilité d'action. Concrètement, cela peut passer par: la création de petites équipes, sans chef mais avec un coordinateur, dont la dynamique repose sur la grande autonomie laissée à chacun, couplée à un travail collaboratif très transparent; le découpage des tâches en projets de une à deux semaines, avec feedback au même rythme, pour un travail par itération pouvant rapidement intégrer une nouveauté ou d'autres objectifs; la constitution de groupes d'échanges informels sur l'Intranet pour poster ses idées et ses questions et avoir un feedback quasi instantané.

En conclusion, je maintiens ma demande au Conseil fédéral de s'inspirer davantage des spécificités de la gouvernance agile afin d'augmenter sa capacité d'anticipation pour réduire le temps et le retard qu'il y a parfois entre les avancées du numérique et les réponses du politique, et ce afin que notre pays soit mieux armé face à cette évolution permanente.