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Décision

FI.2019.0144

CDAP - FI.2019.0144 - 2020-01-16 - A._____ /Administration cantonale des impôts, B._____

16 janvier 2020Français13 min

avait faite A.________ (période fiscale 2013). Le 2 juin 2017, B.________ et A.________

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants:

A.

Le 25 février 2014, l’Administration cantonale des impôts (ci-après:

ACI) a notifié à B.________ une décision de taxation, arrêtant à 38'472 fr. le

montant de l’impôt cantonal et communal sur les donations, à la suite d’une

donation de 1'120'000 fr. faite par son père, A.________ (période fiscale

2012). Le 24 mars 2014, B.________ et A.________ ont formé une réclamation

contre cette décision.

Le 30 mai 2017, l’ACI a notifié à B.________ une

décision de taxation, arrêtant à 57’750 fr. le montant de l’impôt cantonal et

communal sur les donations, à la suite d’une donation de 1'650’000 fr. que lui

avait faite A.________ (période fiscale 2013). Le 2 juin 2017, B.________ et A.________

ont formé une réclamation contre cette décision.

Par décision du 21 mars 2018, l’ACI a rejeté les

réclamations des 24 mars 2014 et 2 juin 2017 et confirmé les décisions de

taxation des 25 février 2014 et 30 mai 2017. Ce prononcé a été notifié le 23

mars 2018 à A.________ et à B.________.

B.

Par acte du 29 août 2019, A.________ a saisi la Cour de droit

administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) d’une demande de

restitution du délai de recours contre la décision du 21 mars 2018. Il n'a pas

pris de conclusions à l'encontre de cette décision.

Par avis du 4 septembre 2019, le juge instructeur a

invité A.________ à compléter son acte, en indiquant en quoi il conteste la

décision attaquée, motivation à l'appui.

Le 9 septembre 2019, A.________ a conclu à

l’annulation de la décision du 21 mars 2018.

Il n'a pas été requis de réponse au recours.

L’ACI a produit son dossier.

Le recourant a consulté le dossier de l'autorité

intimée. Il s'est déterminé dans une écriture du 7 janvier 2020.

C.

Le Tribunal a statué par voie de circulation.

Considérants

1.

Aux termes de l'art. 75 let. a de la loi cantonale du 28 octobre 2008

sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), a qualité pour former

recours notamment toute personne physique ayant pris part à la procédure devant

l'autorité précédente ou ayant été privée de la possibilité de le faire, qui

est atteinte par la décision attaquée et qui dispose d'un intérêt digne de

protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée.

En l'occurrence, la qualité du recourant pour s’en

prendre à la décision attaquée n'est pas contestable. Le recourant a en effet

pris part à la procédure devant l’autorité intimée. En outre, en sa qualité de

donateur, il est solidairement responsable avec le donataire, contribuable

principal, du paiement de l'impôt (cf. art. 18 al. 3 de la loi cantonale du 27 février 1963 concernant le droit de mutation sur les

transferts immobiliers et l'impôt sur les successions et donations [LMSD; BLV 648.11]).

Le recourant était du reste, avec sa fille B.________, destinataire de

la décision attaquée.

2.

a) La décision attaquée a été rendue en application de la LMSD, dont l’art. 53 al. 1 prescrit que les

dispositions de la loi sur les impôts directs cantonaux relatives au droit de

recours s'appliquent par analogie au recours contre les décisions sur

réclamation (1ère phrase). Pour le surplus, la loi sur la procédure

administrative est applicable (2ème phrase).

Aux termes de l’art. 199 de la loi cantonale du 4

juillet 2000 sur les impôts directs cantonaux (LI; BLV 642.11), le recours au

Tribunal cantonal s'exerce conformément à la loi sur la procédure

administrative.

Selon l'art. 95 LPA-VD, le recours au Tribunal

cantonal s'exerce dans les trente jours dès la notification de la décision ou

du jugement attaqués.

La décision attaquée mentionne d'ailleurs dûment ce

délai de recours.

b) Les délais de réclamation et de

recours sont péremptoires (v. Yves Noël/Florence Aubry Girardin [éds],

Commentaire romand, Impôt fédéral direct, 2ème éd., 2017, n. 3 ad art.

119.

LIFD; Xavier Oberson, Le contentieux fiscal, in: Les procédures en

droit fiscal, 3ème éd., 2015, p. 760). Cela signifie que leur

non-respect entraîne la perte du droit, contrairement aux délais d'ordre dont

l'inobservation n'entraîne pas une telle sanction, mais peut avoir des

conséquences sur la question de l'émolument ou des dépens (voir à cet égard,

outre les auteurs précités, Pierre Moor/Etienne Poltier, Droit

administratif II, 3e éd., 2011, n° 2.2.6.7). L’inobservation d'un délai légal ne peut être corrigée que par

la voie de la restitution (v. Jean-Maurice Frésard, in: Commentaire de

la loi sur le Tribunal fédéral [LTF], 2e éd., 2014, n. 4 ad art. 47

LTF).

c) En l'espèce, la décision attaquée, rendue le 21

mars 2018, a été notifiée par pli recommandé le 23 mars 2018 au recourant, qui

en a accusé réception le même jour. Daté du 29 août 2019, l’acte de recours est

par conséquent tardif. Le recourant l'admet implicitement, dès lors qu'il fait

valoir que les conditions d’une restitution du délai de recours seraient en

l’occurrence réunies, ce qu'il convient d'examiner ci-après.

3.

a) La règle selon laquelle celui qui a été empêché, sans sa faute,

d'interjeter un recours dans le délai fixé peut demander la restitution de ce

délai constitue un principe général du droit, découlant du principe de

proportionnalité et de l'interdiction du formalisme excessif (art. 5 al. 2 et

29.

al. 1 Cst.), dont peut se prévaloir tout justiciable (cf. ATF 108 V 109

consid. 2c p. 110; arrêt 2C_735/2012 du 25 mars 2013 consid. 1.4.1 et les

références).

En droit cantonal, un délai peut être restitué

lorsque la partie ou son mandataire établit qu'il a été empêché, sans faute de

sa part, d'agir dans le délai fixé (art. 22 al. 1 LPA-VD). La demande motivée

de restitution doit être présentée dans les dix jours à compter de celui où

l'empêchement a cessé; dans ce même délai, le requérant doit accomplir l'acte

omis; sur requête, un délai supplémentaire lui est accordé pour compléter cet

acte, si des motifs suffisants le justifient (art. 22 al. 2 LPA-VD).

La restitution d'un délai pour empêchement non

fautif est exceptionnelle; elle suppose que le recourant n'a pas respecté le

délai imparti en raison d'un empêchement imprévisible dont la survenance ne lui

est pas imputable à faute (arrêt EF.2015.0002 du 23 juin 2015). Par empêchement

non fautif, il faut entendre non seulement l'impossibilité objective, comme la

force majeure, mais aussi l'impossibilité subjective due à des circonstances

personnelles ou à une erreur excusable (TF 1F_32/2019 du 18 juillet 2019

consid. 2;2C_120/2018 du 14 février 2018 consid. 4.1;2C_108/2015 du 5 février

2015.

consid. 4).

Dans une situation de ce genre où il s'agit, pour

une partie empêchée d'agir dans le délai échu, d'en obtenir la restitution,

celle-ci doit établir l'absence de toute faute de sa part; est non fautive

toute circonstance qui aurait empêché un plaideur consciencieux d'agir dans le

délai fixé (v. Hugo Casanova/Claude-Emmanuel Dubey, in: Commentaire

romand, op. cit., n°13 s. ad art. 133 LIFD; Jean-François

Poudret/Suzette Sandoz-Monod, Commentaire de la loi fédérale d'organisation

judiciaire [OJ], vol. I, 1990, n°2.3 ad art. 35 OJ; Kathrin Amstutz/Peter

Arnold, in: Niggli/Uebersax/Wiprächtiger/Kneubühler [éds], Basler

Kommentar, Bundesgerichtsgesetz, 3ème éd., 2018, n°5 s. ad art. 50

LTF; Kaspar Plüss, in: Griffel et al. [éd.], Kommentar zum

Verwaltungsrechtspflegegesetz des Kantons Zürich, 3ème éd., 2015,

n°45s. ad art. 12; Fritz Gygi, Bundesverwaltungsrechtspflege, 1983, p. 62). L'empêchement

ne doit toutefois pas avoir été prévisible et être de nature telle que le

respect du délai aurait exigé la prise de dispositions que l'on ne peut

raisonnablement attendre de la part d'un homme d'affaires avisé (TF 2C_737/2018

du 20 juin 2019 consid. 4.1, non publié in: ATF 145 II 201).

Le Tribunal administratif a refusé de considérer

comme non fautif l’empêchement de contribuables qui, sous la pression des

circonstances, s’étaient complétement désintéressés des questions

administratives durant un certain temps; d'ordre essentiellement subjectif,

cette circonstance ne constituait pas un empêchement objectif de déposer la

déclaration d'impôt, ni de former réclamation ou recours en temps utile, ni encore

de désigner un mandataire à cet effet (arrêts FI.2004.0077 du 3 novembre 2004;

FI 2003.0099 du 3 décembre 2003). Cette jurisprudence a été confirmée depuis

lors par la CDAP (v. arrêts FI.2016.0100 du 11 avril 2017; FI.2016.0038 du 5

avril 2016; FI.2015.0024 du 10 juin 2015).

Quant aux raisons médicales, elles peuvent

constituer, tout comme un accident, un tel empêchement non fautif, à la

condition toutefois qu'elles n'aient pas permis à l'intéressé non seulement

d'agir personnellement dans le délai, mais aussi de charger un tiers

d'accomplir les actes de procédure nécessaires, en l'empêchant de réaliser la

nécessité d'une représentation. Une éventuelle restitution du délai de recours

doit être appréciée au regard de l'argumentation présentée par le requérant

(ATF 136 II 241 consid. 4.1; 119 II 86 consid. 2; TF 2C_349/2019 du 27 juin

2019.

consid. 7.2;2C_120/2018 du 14 février 2018 consid. 4.2;9C_54/2017 du 2

juin 2017 consid. 2.2; CDAP FI.2018.0006 du 15 janvier 2019 consid. 4a;

GE.2013.0197 du 27 mars 2014 consid. 2c; GE.2008.0217 du 12 août 2009 consid.

3).

b) S'agissant d'apprécier la valeur probante d'un

certificat médical, l'on peut s'inspirer des règles valant dans le domaine des

assurances sociales. Le principe est celui de la libre appréciation des

preuves. Compte tenu de l'importance de l'appréciation des moyens de preuve

médicaux dans le domaine des assurances sociales, le Tribunal fédéral a

développé une vaste jurisprudence en la matière. Celle-ci pose comme principe

de base qu'un assureur ne saurait se départir d'un rapport médical lorsqu'il

est établi par des spécialistes reconnus sur la base d'observations

approfondies et d'investigations complètes, en pleine connaissance du dossier

et lorsqu'aucun indice concret ne permet de douter de son bien-fondé. Avant de

reconnaître une pleine valeur probante à un rapport médical, l'assureur doit

toutefois vérifier que celui-ci répond à un certain nombre d'exigences,

notamment sous l'angle de la motivation (arrêt GE.2018.0233 du 24 septembre

2019.

consid. 4d avec renvoi à Jacques Olivier Piguet, in: Commentaire romand,

Loi sur la partie générale des assurances sociales, 2018, n. 26 et 28 ad art.

43.

LPGA, qui se réfère lui-même à l'ATF 125 V 351 consid. 3a p. 352).

De jurisprudence constante, l'avis d'un médecin

traitant – à l'instar de celui d'un expert privé (cf. ATF 141 IV 369 consid.

6.2

p. 373 ss) – doit être apprécié avec retenue (voir p. ex. TF 1C_106/2016 du

9.

juin 2016 consid. 3.3; ATF 125 V V 351 consid. 3b/cc p. 353).

c) En l'occurrence, le recourant explique dans ses

écritures avoir été victime d’une chute en 2011, de sorte que sa mobilité

aurait été limitée depuis lors. Il s’est trouvé contraint de donner une

procuration à sa fille, afin de faire ses paiements et de gérer ses affaires

courantes. A cela s’ajoute que, durant l’année 2018, son état de santé se serait

fragilisé, au point qu’il se soit trouvé «désespéré et déprimé», «perdu

et désorienté». Toujours selon ses explications, au moment de recevoir la

décision attaquée, il n’avait pas assez «d’énergie et d’espoir» pour

exposer les faits de la cause et développer les motifs de son recours, afin de

présenter au Tribunal sa version des faits.

A l'appui de sa demande de restitution de délai, le

recourant a produit un certificat médical établi le 30 août 2019 par le Dr C.________,

spécialiste FMH en médecine interne, diabétologie et endocrinologie à Genève, dont

la teneur est la suivante (sic):

"Je certifie que le patient sus-nomée ne pouvais

s'occupé de ces affaires administrative en 2018 mais qu'il a repris toutes ces

faculté cette année 2019".

d) Force est de constater que le certificat en

question ne contient aucune motivation, ce qui est de nature à diminuer sa

force probante. En outre, s'il devait s'avérer que le Dr C.________ est le

médecin traitant du recourant, l'avis de ce praticien devrait être apprécié

avec d'autant plus de retenue.

Quoi qu'il en soit de sa force probante, il ressort

du certificat en question que, si le recourant n'était pas en mesure de

s'occuper de ses affaires en 2018, il a en revanche recouvré toutes ses

facultés "cette année 2019". L'empêchement aurait donc cessé à la fin

2018.

Or, ce n'est que le 29 août 2019 que le recourant a requis la restitution

du délai de recours, soit bien après l'échéance du délai de dix jours à compter

de celui où l'empêchement a cessé, prévu par l'art. 22 al. 2 1ère

phrase LPA-VD.

En outre, il ne ressort pas du certificat que le

recourant aurait été empêché non seulement d'agir lui-même, mais aussi de

charger un tiers d'accomplir les actes de procédure nécessaires. En

particulier, on ne voit pas pourquoi le recourant n'a pas demandé à sa fille B.________

d'interjeter recours (comme il l'avait chargée auparavant de s'occuper de ses

affaires courantes). Une telle démarche s'imposait d'autant plus que la

prénommée, en sa qualité de débitrice principale de l'impôt et de destinataire

de la décision sur réclamation du 21 mars 2018, était intéressée au premier

chef par ce prononcé.

Au vu de ce qui précède, les conditions de la

restitution du délai de recours ne sont à l'évidence pas réalisées.

4.

Le recours doit par conséquent être déclaré irrecevable pour cause de

tardiveté.

Le recourant qui succombe doit supporter les frais

de justice (cf. art. 49 al. 1, 91 et 99 LPA-VD). En application du tarif des

frais judiciaires et des dépens en matière administrative, du 28 avril 2015 (TFJDA; BLV 173.36.5.1), l'émolument de justice sera fixé à 1'000 fr., le

solde de l'avance de frais effectuée par le recourant lui étant restitué.

L’allocation de dépens n’entre pas en ligne de

compte (cf. art. 55 al. 1, 91 et 99 LPA-VD).

Par

ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est irrecevable.

II.

Les frais d’arrêt, par 1'000 (mille) francs, sont mis à la charge de A.________.

III.

Il n’est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 16 janvier 2020

Le

président:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa

notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, 1000

Lausanne 14). Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des

articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS

173.110), le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss

LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,

indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.

Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.

Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,

pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la

décision attaquée.