10.3967 · Interpellation · 2010-12-14
Département de l'intérieur
Liquidé
Wortlaut
Le Bhoutan a introduit une définition du niveau de vie, depuis 1972, qui ajoute aux valeurs économiques (croissance, PIB) des notions psychologiques, holistiques et spirituelles. Le bonheur ne saurait se limiter à la croissance et aux lois du marché et la crise économique actuelle oblige à développer d'autres valeurs (gratuité, bénévolat, simplicité volontaire, recyclage, relocalisation, subsidiarité, enracinement, solidarité, valeurs spirituelles non utilitaristes, valeurs identitaires et d'autres encore).
Le gouvernement du Bhoutan attache une part importante à quatre principes : croissance et développement économique, conservation et promotion de la culture, sauvegarde de l'environnement et utilisation durable des ressources, bonne gouvernance responsable.
Qu'en pense le Conseil fédéral ? Envisage-t-il aussi de développer un indice suisse du bonheur national brut et de l'appliquer ?
Stellungnahme des Bundesrates
Le produit intérieur brut (PIB) est un indicateur synthétique qui mesure l'activité économique. Il ne saurait être également utilisé comme indicateur pour la mesure du bien-être ou du bonheur.
Depuis plusieurs décennies, de nombreuses études ont été entreprises afin d'adapter ou de compléter le PIB en y intégrant d'autres valeurs (sociales, environnementales, etc.). Toutes ces recherches ont eu comme objectif de développer des méthodes permettant de mieux tenir compte de la qualité de vie actuelle et future de la population sans toutefois aboutir à la création d'un indicateur unique reconnu. En effet, le bien-être, le bonheur, la qualité de vie englobent de nombreuses dimensions (sociale, économique, environnementale, psychologique, etc.) avec des composantes objectives mais également subjectives qui n'ont pas une unité de mesure commune (comme par ex. l'unité monétaire pour le PIB). Dès lors, pour construire un indice, le poids attribué aux différentes dimensions ne repose pas que sur des critères purement statistiques.
Un indicateur doit aussi permettre des comparaisons dans le temps et dans l'espace, d'où l'importance de l'élaboration d'indicateurs au niveau international. Face au défi que représente la mise sur pied d'un indicateur du bonheur et la difficulté de trouver un consensus sur ses composantes et leurs poids, l'idée d'un indicateur unique de mesure du bonheur n'est pas considérée actuellement comme une option. Le rapport de la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social (rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi) de 2009, qui sert de base aux travaux en cours, préconise ainsi, en plus de souligner l'importance du PIB comme indicateur de croissance économique, la mise sur pied d'un set d'indicateurs complétant le PIB pour mesurer le bien-être et la durabilité.
Le Conseil fédéral estime important, pour sa bonne gouvernance, de ne pas concentrer l'évaluation du bien-être et du progrès de notre pays sur des aspects purement économiques, mais également de tenir compte de l'évolution des aspects liés à la durabilité, au niveau de vie et à la qualité de vie. Dans sa décision du 13 octobre 2010 relative à l'économie verte, il a ainsi chargé le Département fédéral de l'intérieur, en collaboration avec le Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication et le Département fédéral de l'économie, de compléter le PIB par des indicateurs appropriés sur les évolutions sociales, économiques et écologiques. Il est aussi d'avis que cela doit se faire - comme habituellement - en coordination avec les pratiques internationales, afin de garantir la comparabilité des informations ainsi obtenues. Vu qu'il est également convaincu que ces informations ne doivent pas être présentées sous la forme d'un indicateur unique sans consensus sur les composantes, il est plus utile d'abord d'élaborer un set d'indicateurs qui permettent de montrer l'évolution des différents aspects qui ont un impact sur le bien-être de la population.
Réponse du Conseil fédéral.