16.3756 · Interpellation · 2016-09-29
Département de l'économie, de la formation et de la recherche
Liquidé
Wortlaut
Les dégâts causés par la mouche suzukii ne sont plus à démontrer.
Le Conseil fédéral est conscient de ce problème et le but de cette interpellation est de faire le point sur les actions entreprises.
Nous aimerions savoir quelles études sont menées dans les stations fédérales de recherches en économie et technologie agricoles (exemple : Changins) ou ailleurs et surtout si des applications pratiques sont ou seront bientôt mises à disposition des agriculteurs, notamment suite à la motion Pezzatti 14.3721.
Nous souhaitons particulièrement savoir si des études sur les parasitoïdes et/ou contre-parasites sont en cours.
Y a-t-il sur le plan international et plus particulièrement en Asie (berceau de la mouche suzukii) des expériences sur lesquelles l'on pourrait s'appuyer ?
Stellungnahme des Bundesrates
Suite à l'adoption de la motion Pezzatti, Agroscope a réuni avec la collaboration de l'Institut de recherche de l'agriculture biologique (FIBL) une "task force" Drosophila suzukii, qui mène de nombreuses recherches pour minimiser les pertes de récoltes dues à ce ravageur. Les solutions recherchées pour répondre à cette problématique dans les cultures de petits fruits et de fruits à noyau ainsi que dans la vigne sont diverses et fondées sur des approches aussi bien préventives que curatives. Les moyens mis en oeuvre sont notamment l'utilisation de substances attractives (par ex. piégeage de masse et méthode "attract and kill"), la pose de filets sur les cultures menacées ou l'utilisation de produits phytosanitaires biologiques et chimiques. Des recherches sont également menées pour optimiser le choix des variétés et des sites de production ainsi que pour définir des mesures d'hygiène à respecter à cet égard (par ex. contrôler les cultures et éliminer les fruits atteints). Les essais dans les conditions de la pratique sont effectués en accord avec les services spécialisés cantonaux et en collaboration étroite avec eux. Des représentants des producteurs et des échelons en aval (par ex. le commerce) des secteurs concernés accompagnent ces essais.
Outre le développement de méthodes au service de la pratique, Agroscope et le FiBL étudient également le mode de vie de ce ravageur dans les écosystèmes agricoles et dans leur environnement naturel, ceci afin de trouver de nouvelles pistes en vue de maîtriser sa présence dans les cultures et de limiter les dégâts. Il s'agit par exemple d'examiner les déplacements de Drosophila suzukii dans les cultures et dans les zones non exploitées environnantes, ainsi que d'observer leurs interactions avec les communautés d'insectes indigènes (par ex. effets de concurrence avec d'autres espèces de Drosophila ou effets d'antagonisme avec des ravageurs et parasitoïdes). L'efficacité des mesures dépend de la plante hôte et des conditions locales, de sorte que les essais doivent être réalisés dans toutes les cultures menacées et sur différents sites. Agroscope et le FIBL coopèrent avec des instituts de recherche des pays voisins qui travaillent selon des approches similaires. Ils se réfèrent également aux connaissances issues de la recherche menée hors de l'Europe (USA, Asie), diffusées par les publications scientifiques.
Chaque année, Agroscope publie sur le site Internet consacré à cette problématique des brochures techniques accessibles au public, dans lesquelles il présente les stratégies de lutte applicables dans les cultures de petits fruits et de fruits à noyau, sur les arbres fruitiers haute-tige et dans le vignoble. En cours de saison, les producteurs reçoivent par le moyen d'une lettre d'information mensuelle et de fiches de conseil des informations sur l'état de la situation et sur les contrôles à effectuer dans les cultures. Le FiBL, quant à lui, tient à jour une page Internet contenant des informations générales et des informations plus spécifiquement destinées à la production biologique. Une journée nationale d'étude "Drosophila suzukii" ainsi que de nombreuses prestations de collaborateurs d'Agroscope et du FiBL lors de séances d'information organisées par les services cantonaux (par ex. journées phytosanitaires cantonales) favorisent les échanges, instaurent la confiance et accélèrent le transfert des connaissances issues de la recherche scientifique vers la pratique. Des enquêtes menées auprès des producteurs montrent que les recommandations sont généralement jugées adéquates et que la plupart d'entre elles sont suivies malgré les coûts supplémentaires qu'elles engendrent. Lorsqu'elles sont appliquées au bon moment et correctement, les mesures recommandées contribuent aujourd'hui déjà à diminuer les pertes de récoltes dues à Drosophila suzukii, alors même que la pression du ravageur, déjà forte, s'accroît manifestement encore.
Par ailleurs, le centre CABI (Centre for Agriculture and Biosciences International) établi à Delémont étudie la possibilité d'utiliser des antagonistes présents dans les régions d'origine de Drosophila suzukii. Ses collaborateurs travaillent en étroite collaboration avec des collègues en Asie. Certains antagonistes intéressants ont récemment été identifiés en Chine et en Corée du Sud. Il faudra toutefois plusieurs années pour étudier l'utilité de ces organismes sur Drosophila suzukii hors de son habitat d'origine et pour analyser les répercussions possibles sur les organismes non cibles, notamment les Drosophila indigènes et leurs antagonismes. Un petit nombre de parasitoïdes (ichneumonidés) font actuellement l'objet de tests de sécurité biologique dans les laboratoires de quarantaine du ministère de l'agriculture des États-Unis (USDA). L'utilisation de tels organismes pour la lutte contre Drosophila suzukii s'inscrit dans une perspective à long terme. De plus, les parasitoïdes (indigènes et exotiques) ont par nature des exigences très spécifiques quant à leur environnement et leur développement est temporellement décalé par rapport à celui du ravageur à combattre.
Par conséquent, cette approche ne peut être envisagée dans la lutte contre Drosophila suzukii qu'à titre de mesure d'appoint, certes apte à contribuer à diminuer la population des ravageurs durant un certain temps, mais insuffisante pour résoudre entièrement le problème.
Réponse du Conseil fédéral.