17.3135 · Interpellation · 2017-03-15
Département de l'intérieur
Liquidé
Wortlaut
De récentes études montrent qu'une partie de notre population manque de iode, situation problématique puisque cet oligo-élément joue un rôle essentiel pour le fonctionnement des hormones de la thyroïde influençant le maintien du métabolisme des organes. La carence en iode, qui touche actuellement 14 % de la population féminine, a des répercussions négatives sur la santé, puisque la conséquence peut être l'apparition d'un goitre, un retard de croissance et une diminution des facultés intellectuelles chez l'enfant.
L'iode, qui s'accumule dans les algues, les poissons et les mollusques, est peu présent en Suisse, raison pour laquelle notre pays a décidé il y a une centaine d'années d'en enrichir le sel de table. Malheureusement, les denrées alimentaires importées - provenant souvent de pays ayant accès à la mer - contiennent rarement du sel iodé, et de manière générale, la teneur en sel des aliments (et donc la quantité de iode) tend à baisser considérablement sous l'effet des campagnes pointant du doigt les effets néfastes d'une alimentation trop salée.
Très consommé en Suisse, le fromage représente un aliment clef dans l'apport d'iode. En 1994, 90 % des fromageries utilisaient du sel iodé. Mais par crainte d'une mauvaise acceptation de nos fromages dans les pays voisins, elles y ont complétement renoncé en 2008. Depuis, la carence en iode tend à augmenter dans les groupes vulnérables de la population : les femmes enceintes et en âge de procréer. Une mesure préventive serait de réintroduire le sel iodé dans la fabrication des fromages destinés à être consommés chez nous. Cette situation m'amène à déposer une interpellation, accompagnée de deux questions :
1. Les autorités sanitaires et politiques ont-elles conscience du risque de voir s'installer une carence en iode durable au sein de certains groupes de population ?
2. Nos autorités sanitaires et politiques sont-elles prêtes à revenir en arrière, en encourageant les fromageries à utiliser du sel iodé dans la fabrication des pâtes dures destinées à être consommées en Suisse ?
Stellungnahme des Bundesrates
Le Conseil fédéral partage l'avis selon lequel un apport suffisant en iode chez la population suisse est important. En effet, une carence peut provoquer des troubles de la santé (notamment goitre), voire des handicaps très graves (crétinisme). Les sols pauvres en iode des régions alpines et une consommation plutôt faible de poissons de mer peuvent entraîner des carences en iode. La Suisse cherche donc depuis longtemps les moyens d'assurer un apport suffisant en cette substance : du sel iodé est disponible dans notre pays déjà depuis les années 1920.
1. La Confédération suit attentivement la couverture des besoins en iode des consommateurs en Suisse. Ainsi, une étude quinquennale de monitorage examine si les recommandations de l'OMS sont respectées, en accordant une attention particulière à l'apport en iode chez les groupes à risque tels que les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants. Le monitorage de 2009 a permis de constater que la couverture des besoins en iode de ces groupes n'était plus optimale. C'est pourquoi, en accord avec les Salines suisses, la teneur en iode du sel de cuisine a été portée de 20 à 25 milligramme par kilogramme de sel au début de l'année 2014. L'efficacité de cette mesure a été examinée dans le cadre du dernier monitorage, qui a eu lieu en 2015. Celui-ci montre que l'évolution négative a pu être stoppée chez les enfants et que la couverture des besoins en iode est désormais conforme aux valeurs recommandées. Chez les femmes enceintes, il est par contre toujours inférieur aux recommandations de l'OMS. Des mesures supplémentaires, notamment une nouvelle augmentation de la teneur en iode du sel de cuisine, sont actuellement à l'étude.
2. L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) sensibilise déjà régulièrement l'industrie alimentaire à l'importance de l'utilisation du sel de cuisine iodé. Il continuera aussi de chercher le contact avec la filière fromagère pour parvenir à une meilleure acceptation et à une utilisation accrue du sel iodé.
Le monitorage de l'iode de 2015 a toutefois montré qu'il est impossible d'améliorer la couverture des besoins en iode des femmes enceintes et des femmes allaitantes par la seule utilisation accrue de sel de cuisine iodé dans l'industrie alimentaire. C'est pourquoi les services fédéraux compétents doivent examiner l'opportunité de prendre des mesures supplémentaires, notamment une hausse du taux d'enrichissement en iode des aliments pour animaux, qui augmenterait indirectement la teneur en iode dans toutes les denrées alimentaires d'origine animale telles que le lait et la viande. Une autre mesure envisageable pourrait être une information ciblée de la population suisse sur l'importance des compléments alimentaires iodés durant la grossesse.
Afin de garantir un apport suffisant en iode chez la population, le Département fédéral de l'intérieur inscrira de plus la prophylaxie par l'iode dans la Stratégie suisse de nutrition et poursuivra le monitorage de l'iode.
Réponse du Conseil fédéral.