22.3944 · Postulat · 2022-09-20
Département de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication
Liquidé
Wortlaut
Le Conseil fédéral est chargé, en collaboration avec les cantons et les acteurs du secteur de l'électricité, de présenter dans un rapport de quelle manière il serait possible d'améliorer l'exploitation des bassins d'accumulation existants. Le rapport se penchera en particulier sur les questions suivantes :
1. Dans quelle mesure le remplissage des bassins d'accumulation au début du semestre hivernal pourrait-il être amélioré par des investissements dans des installations permettant de remonter par pompage l'eau captée dans un bassin ou un cours d'eau situé en contrebas ?
2. Quel serait l'impact environnemental de cette mesure, en comparaison notamment avec l'impact de nouveaux bassins d'accumulation construits dans des paysages encore vierges (voir la déclaration commune adoptée le 13 décembre 2021 par la table ronde consacrée à l'énergie hydraulique) ?
3. Quelle serait la rentabilité des investissements à réaliser, là aussi en comparaison avec de nouveaux bassins d'accumulation et en tenant compte du fait que le recours accru à l'énergie solaire et éolienne rendra de plus en plus nécessaire de compenser le déséquilibre entre la production (irrégulière) et la consommation (continue) d'électricité, y compris dans des conditions normales ?
4. Quels problèmes pose l'expiration prochaine des concessions d'exploitation pour les projets concernés, et quelles sont les mesures à prendre rapidement ?
Begründung
Au début du semestre d'hiver 2022/2023, les bassins d'accumulation suisses ne seront remplis qu'à un peu plus de 80 % de leur capacité, qui est de 8800 gigawattheures (GWh). En théorie, il y aurait donc encore de la place pour accueillir environ le triple de la réserve hydroélectrique de 500 GWh décidée récemment. Même si ces 8800 GWh sont une valeur théorique qui ne pourra jamais être totalement atteinte, il n'en demeure pas moins que le potentiel d'accumulation pourrait être mieux exploité après des étés ayant connu de faibles précipitations.
Pour autant que les conditions à respecter (débit résiduel, etc.) soient remplies, le volume d'accumulation supplémentaire ainsi obtenu n'aura pratiquement aucun impact sur l'environnement.
Si les conduites existantes peuvent être utilisées pour le pompage, les investissements nécessaires ne devraient pas être trop importants. Une part toujours plus grande de la production électrique étant appelée à provenir du solaire et de l'éolien, c'est-à-dire de sources d'énergie fluctuantes, la demande en énergie d'ajustement va forcément augmenter, ce qui permettra à terme de rentabiliser les investissements, même durant les années normales.
L'impact environnemental (et donc le risque de retards dus aux oppositions) est faible par rapport à celui d'autres types d'installations. L'expiration prochaine des concessions fait cependant planer un certain risque sur les investissements. Il importe donc que tous les acteurs concernés collaborent à l'élaboration de solutions constructives servant l'intérêt du pays.
Antrag des Bundesrates
Le Conseil fédéral propose de rejeter le postulat.
Stellungnahme des Bundesrates
Le postulat demande entre autres d'évaluer l'utilisation de pompes en vue d'un meilleur remplissage des bassins d'accumulation. Notamment en raison d'un important déficit de précipitations sur le versant sud des Alpes, le niveau de remplissage des bassins d'accumulation suisses à l'automne 2022 se situe en dessous de la moyenne. Des pompes permettraient d'y remédier uniquement de manière limitée et la pénurie d'eau que connaissent les cours d'eau serait, qui plus est, accentuée.
L'utilisation de pompes pour le remplissage normal des bassins d'accumulation est déjà mise en oeuvre dans diverses centrales à accumulation. En Suisse, plusieurs grands bassins supérieurs sont remplis grâce à des pompes d'alimentation. Le niveau de remplissage des bassins d'accumulation ne peut toutefois jamais atteindre 1,0 %, même en utilisant des pompes pour mieux les remplir. Cela s'explique en premier lieu par l'effet de portefeuille, les bassins d'accumulation n'atteignant pas tous leur niveau maximum en même temps. Ensuite, dans le cas où les lacs sont relativement remplis, les exploitants prévoient généralement un volume de réserve pour d'éventuelles précipitations automnales, ce qui permet, d'une part, d'optimiser la production et, d'autre part, d'assurer la contribution à la protection contre les crues pour différents lacs de retenue. Cette réserve peut surtout être réduite grâce aux modèles de prévision hydrologiques et météorologiques de plus en plus précis ; le niveau du bassin d'accumulation peut aussi être abaissé préalablement en cas de crue. Le niveau minimum de 0 % n'est inversement jamais atteint au printemps, car la fonte des neiges débute à des moments différents selon les bassins versants. De meilleurs modèles de prévision permettent d'améliorer l'utilisation des bassins d'accumulation.
Le Conseil fédéral estime pour ces raisons qu'il n'est pas nécessaire d'établir un rapport. Les faits sont déjà établis. Un rapport supplémentaire n'apporterait aucun élément nouveau.
Le Conseil fédéral propose de rejeter le postulat.