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Défense contre les missiles guidés à courte portée. Existe-t-il des scénarios plausibles ?

26.3590 · Interpellation · 2026-06-09

Département de la défense, de la protection de la population et des sports

Déposé

Wortlaut

1. Dans le cadre du Programme d'armement 2022, la Suisse a commandé aux États-Unis un maximum de 70 missiles Patriot MIN-104E (PAC-2 GEM-T), selon une notification adressée au Congrès américain. Ces engins sont équipés d’une ogive dont le détonateur est optimisé pour la lutte contre les missiles balistiques (GEM-T, le T signifiant missile balistique tactique). Tout comme ces derniers, les Patriot PAC-3 MSE, dont la Suisse a commandé un maximum de 72 exemplaires dans le cadre du Programme d'armement 2023, ne peuvent intercepter que les missiles balistiques lancés dans un rayon de 400 km autour de la Suisse. Toutefois, si leur radar de conduite de tir reçoit les données de ciblage issues de satellites de suivi ou de systèmes à longue portée — tel le bouclier allemand Arrow prévu à Leutkirchen (Allgäu) —, cette distance est portée à 600 km.
a) Quelle est l’étendue de la bulle de défense (zone autour du système de défense dans laquelle la probabilité d'impact est réduite) du Patriot PAC-3 MSE face à un missile balistique tiré à 300 km, si le système opère sans pré-alerte radar externe ?
b) Quelle est-elle face à une attaque lancée à 600 km si la Suisse reçoit à temps les données de pré-alerte fournies par des pays voisins pour guider ses systèmes ?
c) Pourquoi les États voisins de la Suisse lui fourniraient-ils des données si elle ne s’engage pas à leur apporter son soutien ?
d) L’efficacité protectrice de tels systèmes tend-elle vers zéro en l’absence de données d’alerte précoce disponibles en temps utile ?
e) Ou alors, le Conseil fédéral envisage-t-il une coopération opérationnelle fiable avec les États voisins dans le contexte d’une situation hybride se situant en deçà du seuil de la guerre ?
f) Les systèmes pour lesquels armasuisse a émis une demande d’information sur la base du mandat du Conseil fédéral du 6 mars 2026 sont-ils soumis à des conditions techniques et opérationnelles similaires à celles des missiles Patriot commandés ?

2. Ces systèmes de défense sol-air sont optimisés pour la lutte contre les projectiles d’artillerie et les missiles guidés d’une portée maximale de 600 km et dont la hauteur maximale est d’environ 200 km, soit en dehors de l’atmosphère. Ces attaques ne pourraient donc être lancées que depuis le territoire de l’OTAN ou de l’UE, car la Russie est beaucoup plus éloignée (Kaliningrad : environ 1400 km ; territoire principal : plus de 2000 km). Les avions de combat, les missiles de croisière et les drones devraient également avoir décollé du territoire de l’OTAN ou de l’UE pour que la Suisse puisse les neutraliser à l’aide des systèmes mentionnés.
a) Le Conseil fédéral considère-t-il qu'un État membre de l'OTAN ou de l'UE pourrait tirer des missiles guidés à courte portée sur la Suisse ?
b) Ou envisage-t-il le scénario dans lequel la Russie aurait envahi l'OTAN et l'UE et où la Suisse devrait se défendre seule contre des missiles guidés à courte portée, tirés à une distance maximale de 600 km de nos frontières, puisque les systèmes mentionnés ne seraient en mesure d'intercepter que ce type de d’engins ?
c) Quelle est la probabilité d’un tel scénario à ses yeux ?
d) À quelle distance maximale de nos frontières des missiles de courte portée devraient-ils être lancés pour que les systèmes supplémentaires de défense sol-air de longue portée actuellement à l'étude puissent théoriquement les intercepter ?

3. Lors de leur guerre d'agression contre l'Iran, les États-Unis ont appris à leurs dépens que, dans une guerre asymétrique, le taux de coup au but a moins d'importance que la capacité à tenir sur la durée.
a) Quand le Conseil fédéral adaptera-t-il la protection de l'espace aérien suisse aux nouvelles réalités sécuritaires (attaques stratégiques lancées à plus de 2 000 km de distance et très grand nombre de petits objectifs pris pour cibles depuis des zones voisines de la Suisse, voire depuis le territoire suisse) ? Envisage-t-il de renoncer aux systèmes sol-air de longue portée, dès lors qu’ils ne répondent à aucune menace réaliste et sont donc inutiles tant qu’ils ne sont pas capables de contrer les missiles balistiques russes ?
b) Renoncera-t-il par conséquent à l’acquisition des systèmes Patriot et d’autres systèmes sol-air de longue portée ?