93.3390 · Interpellation · 1993-09-20
Département de l'économie, de la formation et de la recherche
Liquidé
Wortlaut
Récemment le Conseil national a transformé en postulat une pétition demandant l'interdiction de l'importation en Suisse du foie gras. Depuis, des menaces de rétorsion ont été émises par M. Henri Emmanuelli, président du Conseil général des Landes et député à l'Assemblée nationale, tendant à interdire l'importation en France du chocolat suisse. Est en cause le traitement cruel des animaux : d'une part le gavage et ses effets hypertrophiques sur le foie des oies et des canards ; d'autre part la traite mécanique et ses effets traumatisants sur les mamelles et frustratoires pour les vaches.
Au cas où nous persisterions dans la démarche entreprise, nous demandons au Conseil fédéral :
- s'il considère que cette affaire risque de faire aller de pis en pis nos relations traditionnellement excellentes avec la France,
- si un projet de loi ne devrait pas être soumis aux Chambres fédérales. Ce projet devrait prévoir qu'en tout état de cause :
1. la vente du foie gras devrait rester libre sur des emplacements exterritorialisés dans les gares des villes de Genève, Lausanne, Neuchâtel, Delémont, Fribourg et Sion ;
2. aucune limitation de quantité ne devrait intervenir pour les personnes effectuant leurs achats en basque, en gascon, dans toutes les formes de la langue d'oc, en franco-provençal, en français, ainsi qu'en alsacien et en dialecte bâlois ;
3. le lait utilisé pour la fabrication du chocolat, dans la mesure où il n'est pas en poudre, devrait provenir exclusivement des exploitations de paysans de montagne dans lesquelles on pratique la traite manuelle.
Enfin, pour qu'un terrain d'entente soit plus rapidement trouvé, nous suggérons la nomination d'une commission franco-suisse, formée, pour la partie française, de cuisiniers spécialistes du foie gras au jus de truffes, et, du côté suisse, des meilleurs producteurs de truffes au chocolat. Cette commission, à laquelle seraient alors adjoints Mesdames Catherine Wahli et Betty Bossi ainsi que M. Paul Bocuse, pourrait recevoir le mandat annexe d'évaluer si la graisse d'oie ne remplacerait pas avantageusement le saindoux dans la préparation des röstis, du moins au petit déjeuner.
Accessoirement, le Conseil fédéral est-il prêt à charger l'Office fédéral de la culture de déterminer si la transformation de cette pétition en postulat signifie un affaiblissement extrême, voire la disparition chez les descendants, du vif sentiment d'attrait exercé sur les Helvètes par le Sud-Ouest de la Gaule (César, De bello gallico, I, X--XI); le cas échéant de déterminer l'éventuel effet sur cette disparition des invasions germaniques, en particulier celles des Alamans.
Comme les confits, les rillettes d'oie, les cous d'oie farcis, la dodine de canard, pas plus que les pralinés ne semblent en cause, l'urgence n'est pas demandée.