94.3182 · Interpellation · 1994-05-31
Département de la défense, de la protection de la population et des sports
Liquidé
Wortlaut
S'il a été question, lors de la publication des résultats des tests pédagogiques réalisés en 1991 dans les écoles de recrues, du niveau déplorable des jeunes, il a aussi été établi un lien entre l'activité lucrative des mères et les résultats obtenus par leurs fils. L'enquête arrive - en simplifiant à l'extrême - à la conclusion suivante : les résultats sont mauvais parce que les mères travaillent. Selon le commentaire de ces tests, une femme pourrait d'autant mieux veiller à l'éducation de ses enfants, qu'elle n'est pas accaparée par l'ambition et les responsabilités professionnelles. Car, nous dit ce commentaire, ce sont les recrues dont les mères occupent les postes les plus élevés qui ont obtenu les résultats les plus médiocres et les recrues dont les mères ne travaillent pas qui ont le mieux réussi le test 1991 de niveau élémentaire.
Je demande au Conseil fédéral :
- s'il est aussi d'avis que ce commentaire est, en raison de son parti pris patriarcal, une attaque en règle contre les efforts visant à assurer l'égalité entre hommes et femmes, et s'il la condamne ;
- s'il est prêt à autoriser le Bureau de l'égalité à examiner - en collaboration avec des scientifiques femmes - le résultat de ce test, dont le caractère misogyne a de quoi inquiéter ;
- s'il compte faire en sorte que cessent de tels commentaires, dirigés de manière partiale contre les femmes exerçant une activité lucrative, tant que l'on n'aura pas aussi enquêté sur l'insuffisante participation des pères à l'éducation des enfants.
Begründung
La relation qu'il y a dans ces résultats entre l'activité professionnelle des mères et l'échec des fils recrée un vieux mythe patriarcal, selon lequel il faudrait renvoyer les femmes à leurs occupations de toujours : le foyer et les fourneaux. Ce n'est pas un hasard si cela se produit dans une période de récession. Maintenant que les emplois se font rares, la solution la plus facile est de renvoyer les femmes à la maison afin de se débarrasser d'une concurrence qui est devenue gênante. Et la méthode qui consiste à donner mauvaise conscience aux mères qui exercent une activité professionnelle, en les accusant - à tort - d'avoir négligé l'éducation de leurs enfants, n'est qu'une variation éculée sur le même thème, thème qui a été repris ici : celles qui restent à la maison et qui s'occupent des enfants ont des enfants intelligents ; celles qui travaillent portent la responsabilité d'une éducation lacunaire. Et, bien sûr, toute la responsabilité repose sur leurs épaules. Non content de décharger les pères de leur responsabilité en matière d'éducation, le cynisme misogyne va encore plus loin : en faisant une belle carrière, le père favorise l'épanouissement intellectuel de ses fils ! Le principe d'égalité entre hommes et femmes rend urgent un réexamen impartial des allégations qui accompagnent ces résultats.