Lexipedia

94.3200 · Interpellation · 1994-06-07

Département de la défense, de la protection de la population et des sports

Liquidé

Wortlaut

Les résultats des examens pédagogiques des recrues de 1991 sont, aux dires des experts et des journalistes, décevants. Ils sont parus dans la presse le 9 mai 1994 et ils ont été publiés dans le volume 13 de la série scientifique EPR. Ainsi, les tests de lecture, de rédaction, de calcul, d'instruction civique et d'économie révèlent un piètre niveau d'instruction. Ils mettent également en évidence des prémisses d'analphabétisme fonctionnel, de grands écarts entre les régions et un manque d'intérêt pour la politique. Le rapport s'achève par ces mots : "des résultats qui interdiraient de s'en laver les mains." D'aucuns ont toutefois reproché aux tests d'être en partie complexes et trop ambitieux.

1. Que pense le Conseil fédéral de ces examens des recrues de 1991 et de leurs résultats ? Que pense-t-il en particulier des critiques selon lesquelles certaines questions étaient difficiles, complexes et incompréhensibles ?

2. Ne pense-t-il pas qu'il faut rechercher sans tarder les causes du faible niveau d'instruction des jeunes Suisses, notamment en ce qui concerne la méconnaissance de notre système politique et le manque d'intérêt pour ce domaine ?

3. Serait-il disposé à charger une commission d'experts indépendante de tirer les conclusions politiques qui s'imposent des études et des rapports qui ont été faits, et de rédiger des instructions et des recommandations ?

4. Est-il disposé à prendre des mesures pour donner une plus grande place à l'instruction civique et aux sciences économiques, dans son domaine de compétence, c'est-à-dire l'ordonnance sur la reconnaissance de certificats de maturité et la formation professionnelle ? Est-il aussi disposé à charger l'Institut suisse de pédagogie pour la formation professionnelle, d'une part, de pourvoir les filières industrielles et artisanales des écoles professionnelles de moyens didactiques plus attrayants pour l'enseignement général et, d'autre part, de préparer et de former spécialement les enseignants de ces filières dans cette optique ?

Begründung

Il est vrai que l'enseignement primaire relève non pas de la Confédération, mais des cantons. L'intérêt national veut toutefois que les jeunes reçoivent un enseignement de qualité durant la scolarité obligatoire. La Confédération peut exercer une influence en agissant aux niveaux supérieurs de l'enseignement, c'est-à-dire par l'ordonnance sur la reconnaissance de certificats de maturité, par la législation en matière de formation professionnelle ou par la loi sur les EPF. Même si les résultats des examens pédagogiques des recrues ne portent que sur une partie des jeunes, même si la manière de formuler les questions, pour l'année 1991, était critiquable, ces tests doivent donner lieu à une réflexion sérieuse. Il existe d'autres études et d'autres enquêtes ; il n'est donc pas nécessaire d'attendre encore des années qu'aboutissent des projets de recherche et des études à long terme. C'est aujourd'hui qu'il faut saisir le problème.

Il est indispensable de créer une commission chargée de tirer les conclusions politiques de cette expérience. Considérant qu'à notre époque, on investit plus d'argent que jamais dans l'enseignement et que les formations n'ont jamais été aussi longues, on doit se demander si le mieux n'est pas en l'occurrence l'ennemi du bien ; s'il ne serait pas temps d'interrompre le développement quantitatif du système scolaire pour mettre en chantier une réforme fondamentale privilégiant la qualité. Il faut se demander si le vécu extrascolaire ne devrait pas être mieux intégré à notre conception de l'enseignement dans son ensemble ; si les programmes de l'école primaire ne pourraient pas être soulagés de l'encombrant bagage des matières à la mode, afin de pouvoir remplir au mieux leurs objectifs principaux. Interrogeons-nous aussi sur les hautes écoles spécialisées, qu'il est prévu de développer massivement : cette mesure ne favorise-t-elle pas les jeunes les plus doués ? Ne se fait-elle pas aux dépens des quelque 50 % d'élèves qui entrent dans les filières industrielles et artisanales des écoles professionnelles ?

L'école n'est qu'un élément du processus d'éducation. Sa tâche n'est pas devenue plus facile à l'ère de la télévision et de l'informatique. Elle ne peut, seule, parer et encore moins remédier au laisser-aller qui envahit le langage et touche également les adultes. Elle doit être protégée contre le risque de devenir une scène de spectacle et un lieu de divertissement. Elle doit contribuer à former des citoyens responsables. En effet, le constat issu de ces examens est sérieusement alarmant : trois quarts des jeunes environ ne s'intéressent guère ou pas du tout à la politique. On ne saurait se contenter de noter de semblables phénomènes en Amérique. La démocratie directe requiert bien plus d'engagement et de participation active des citoyens qu'une démocratie indirecte. Un recul de la participation aux scrutins ou l'ignorance des votants peut à la longue avoir de graves conséquences, surtout dans la perspective des décisions que notre pays aura à prendre sur des questions de politique extérieure et sur ses relations avec la communauté internationale.

Stellungnahme des Bundesrates

Réponse du Conseil fédéral.

Niveau d'instruction de la jeunesse suisse | Lexipedia | Lexipedia