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96.3495 · Interpellation · 1996-10-03

Département de l'économie, de la formation et de la recherche

Liquidé

Wortlaut

L'office fédéral compétent a exposé le nouveau concept d'approvisionnement du pays en cas de crise lors d'une conférence de presse qui a eu lieu à Berne le 10 septembre 1996. Cette nouvelle stratégie prévoit principalement :

- de tirer parti de toutes les importations possibles ;

- de vider les réserves obligatoires ;

- d'adapter la production indigène ;

- d'orienter la consommation.

La publication de ces mesures par la presse et par les autres médias a pu faire croire que le premier point cité (tirer parti de toutes les importations possibles) était devenu la première des priorités. Or, cette présentation des choses ne correspond nullement au principe énoncé par le nouvel article constitutionnel sur l'agriculture. De plus, nul ne peut exclure les risques d'une menace à venir, ce que confirme la stratégie exposée. Dans ces conditions, je pose au Conseil fédéral les questions suivantes :

- Peut-on partir du fait que la priorité des priorités consiste toujours à assurer notre approvisionnement en denrées alimentaires en cas de crise sans que nous dépendions de l'étranger ?

- La production indigène continue-t-elle dans ce cas à avoir une importance de tout premier rang ?

- Est-il exact que le maintien des réserves obligatoires contribue largement à diminuer les risques ?

Je remercie le Conseil fédéral de bien vouloir rectifier ce qui a peut-être été mal compris.

Begründung

Plusieurs raisons font penser que la raréfaction des denrées alimentaires sera le problème dominant des années et décennies à venir dans une grande partie du monde.

Il suffit pour s'en convaincre de savoir que la population de la planète s'accroît chaque année de 90 millions d'individus.

Diverses études scientifiques faites sur le thème de l'alimentation mondiale font ressortir les thèses suivantes :

- La superficie totale des terres cultivables régresse, notamment parce que les constructions se multiplient ;

- Les réserves mondiales de céréales diminuent et les prix du blé ont atteint l'an dernier des sommets ;

- Le manque d'eau contrarie toujours plus les efforts visant à accroître la production alimentaire ; le niveau de la nappe phréatique baisse dans les grandes régions de culture.

- Divers indices ont montré que l'utilisation d'engrais était en régression depuis quelques années. L'ancienne formule du "toujours plus d'engrais avec des variétés céréalières toujours plus productives" ne marche plus.

- Les riches de ce monde peuvent tout au plus être mécontents de devoir payer plus chers les denrées alimentaires. Les pauvres eux, parce qu'ils dépensent plus de la moitié de ce qu'ils gagnent pour se nourrir, sont directement menacés dans leur existence par le manque et par le renchérissement de ces denrées.

Les raisons que je viens d'indiquer montrent que tout plan suisse d'approvisionnement du pays doit se fonder en priorité sur nos propres possibilités. C'est le prix à payer pour assurer la sécurité et l'indépendance de l'approvisionnement en cas de crise.

La Conférence mondiale sur l'alimentation, qui se tiendra en novembre à Rome, nous fournira certainement des informations sur les nouvelles perspectives en matière de production de denrées alimentaires et d'approvisionnement.

Stellungnahme des Bundesrates

À l'avenir également, la stratégie de la Suisse en matière de sécurité alimentaire continuera de se baser sur les trois piliers suivants :

- la production indigène qui, lors de crises de longue durée, peut être accrue et adaptée en conséquence

- le recours, par l'économie privée et la Confédération, à toutes les possibilités d'importation existant en période de crise

- la constitution de réserves (réserves libres et stocks obligatoires de l'économie).

Selon le genre de crise ou de catastrophe à laquelle on doit faire face, on aura plutôt recours à la production indigène, aux importations ou aux réserves obligatoires. Conformément à la loi sur l'approvisionnement économique du pays, la Confédération peut, en cas de situation de pénurie qualifiée, édicter des mesures visant à orienter l'offre et la demande.

L'"Analyse globale des risques pour la Suisse" (état 1995) montre que dans le domaine de la sécurité alimentaire, il faut compter avec les risques les plus divers :

- catastrophes naturelles

- catastrophes causées par des défaillances techniques, telles les retombées radioactives touchant de grandes étendues

- déséquilibres du système économique

- évolution démographique et mouvements migratoires

- crises économiques et crises d'approvisionnement

- événements découlant de manifestations de force

Ces différents événements peuvent avoir des conséquences très diverses allant de la pénurie de certaines denrées alimentaires isolées à la mise en danger de la situation alimentaire de l'ensemble de la population. Le choix des moyens pouvant contribuer à assurer l'approvisionnement en denrées alimentaires et la mesure de cette contribution dépendent donc de la situation concrète au moment de la crise.

L'art. 31octies de la Constitution fédérale consacré à l'agriculture, qui a été accepté par le peuple le 9 juin 1996, décrit comme il suit, à l'alinéa 1, la contribution de l'agriculture suisse : "La Confédération veille à ce que l'agriculture, par une production à la fois durable et orientée vers le marché, contribue substantiellement (lettre a) à l'approvisionnement assuré de la population". Ce mandat est valable dès aujourd'hui, à titre préventif, c'est-à-dire que son effet se déploie en tout temps. C'est là une des raisons pour lesquelles la confédération apporte un soutien à l'agriculture suisse. Dans une situation de crise ou de pénurie, la production indigène sera adaptée et accrue en fonction des besoins. Toutefois, étant donné qu'une telle adaptation ne saurait se faire d'un jour à l'autre, que les possibilités d'accroissement ne sont pas illimitées et que l'agriculture peut elle-même être touchée dans ses capacités de production (p.ex. à la suite de retombées radioactives de grand ampleur), il import de pouvoir aussi compte sur les réserves obligatoires et les importations en denrées alimentaires. Ces deux mesures constituent dès lors des éléments essentiels de l'approvisionnement économique du pays. Lors de la constitution et du dimensionnement de ces trois piliers, il convient de veiller au maintien d'un rapport coût-utilité raisonnable.

L'autonomie alimentaire de notre pays avec son corollaire, la promotion de la production indigène constitueront, à l'avenir aussi, une priorité importante mais pas unique en matière de sécurité d'approvisionnement. Dans ce domaine, les réserves obligatoires continueront de jouer un rôle considérable.

Réponse du Conseil fédéral.