Lexipedia

97.403 · Initiative parlementaire · 1997-03-10

Liquidé

Wortlaut

Il faut inscrire dans la loi sur l'organisation de l'administration ou dans les dispositions transitoires de la constitution les bases juridiques qui permettront à la Suisse de ne pas participer à la réforme de l'orthographe.

Begründung

Il était temps : 47 députés au Bundestag, SPD, CDU, CSU et FDP confondus, ont déposé une intervention exigeant l'abandon immédiat de la réforme de l'orthographe. En Allemagne, en Autriche, au Liechtenstein et en Suisse, nombreux sont les germanophones qui s'opposent à la réforme prévue. Des collectes de signatures sont en cours en Basse-Saxe, dans le Schleswig-Holstein et en Bavière afin de soumettre la réforme de l'orthographe au scrutin populaire. Dans notre pays, 3034 personnes ont répondu à un sondage organisé en 1996 par Construire : 91 % d'entre elles se sont exprimées contre une réforme de l'orthographe qui suscite l'ire de plus en plus de gens. En Allemagne, la "Déclaration de Francfort" est soutenue par des personnalités du calibre de Siegfried Lenz, Martin Walser, Günther Grass, Ernst Dieter Lueg et bien d'autres. Ce mouvement emporte l'adhésion de couches de plus en plus larges de la population. La résistance s'organise parmi les germanistes, les écrivains, les auteurs, les journalistes, les éditeurs, les libraires, les artistes, les bibliothécaires, les associations culturelles, les professeurs d'allemand et les politiciens de toute obédience.

Le président allemand et membre de la CDU, Roman Herzog, a par ailleurs dit qu'il trouvait cette réforme aussi utile qu'une jambe cassée et qu'il continuerait à écrire conformément à son sens de la langue. Hartmut Holzapfel, ministre de la culture hessois et membre du SPD, recommande à l'éditeur Duden de retirer son nouveau dictionnaire et de l'échanger contre une édition correcte. Holzapfel reproche à Duden de manquer de rigueur en ce qui concerne la nouvelle orthographe, voire de commettre des erreurs.

Alors que la résistance s'étend en Allemagne et s'organise en Autriche, il est temps que la Suisse s'attaque également à la question.

Il est inquiétant que cette réforme soit l'aboutissement du travail quasiment clandestin, poursuivi pendant des années par un groupe d'experts anonymes. Les populations germanophones ont bel et bien été trompées et mises devant le fait accompli. La langue et la culture ne sont pas le fait du prince, contrairement à ce qui va se passer avec la nouvelle orthographe. Personne ne conteste que la langue évolue. Elle intègre de nouveaux mots et de nouvelles façons d'écrire des vocables connus. Cela fait partie de l'évolution normale que tout le monde accepte. La langue, décrétée sans que ses locuteurs soient consultés, n'a cependant aucune légitimité historique. C'est l'invention de quelques pédants qui manifestent une pensée élitiste. En outre, l'application d'une réforme de ce genre coûterait des milliards de francs, dont personne ne dispose en cette période de vaches maigres. Il n'y a pas que le nouveau Duden. Il faudrait également réécrire et réimprimer tous les manuels scolaires, sans parler des livres et des formulaires. Des générations devraient s'adapter, inutilement, à une nouvelle langue. D'après la "Déclaration de Francfort" cette réforme de l'orthographe coûtera des millions d'heures de travail, provoquera la confusion pendant des lustres et nuira à l'image de la langue allemande.

L'écrivain Martin R. Dean a confié au Tages-Anzeiger les difficultés que lui causait la nouvelle orthographe. La germanisation des mots français lui apparaît comme un non-sens. D'après lui les simplifications sont sans commune mesure avec leur coût et il partage l'avis des auteurs allemands pour qui cette réforme arrive à un moment inopportun. Il se méfie des interventions sur la langue décidées en haut lieu. On ne modifie pas une langue à coup d'ordonnances. L'écrivain Ilse Aichinger s'est quant à elle exprimée dans les colonnes de la NZZ en faveur d'une réforme qui, comme celle des frères Grimm qui ferait la part belle à l'intuition et non pas aux errements de petits fonctionnaires irresponsables qui se cachent sous le titre ronflant d'experts.

Non à la réforme de l'orthographe allemande | Lexipedia | Lexipedia