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AB 154985

Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2006-12-20

Wortprotokoll

Les programmes de prescription d'héroïne ont été approuvés à plusieurs reprises dans ce Parlement et aussi par le peuple. S'en prendre à ces programmes maintenant peut donc apparaître comme un combat d'arrière-garde, d'autant plus qu'ils ont donné des résultats appréciables. C'est peut-être à cause de ces résultats qu'on a un peu oublié quelle était la situation désastreuse qui était la nôtre dans les années 1990. C'est une espèce de paradoxe de se dire que grâce aux ou peut-être à cause des bons résultats de cette politique courageuse de l'époque, la politique d'aujourd'hui est remise en question.

Le problème est devenu moins visible, ce qui permet à l'idéologie d'émerger à nouveau et de l'emporter sur le pragmatisme et la nécessité. Alors, revenons au pragmatisme et voyons la réalité en chiffres. En 1990, on comptait 850 nouveaux héroïnomanes par année. Il y en a 150 de nos jours. Chez les toxicomanes sous prescription, on note une baisse de 90 pour cent de la fréquence des délits. Les résultats sont également bons au niveau de la santé, de la qualité de vie et des comportements à risques. La contamination par le virus du sida a passé de 70 pour cent dans les années 1990 à moins de 10 pour cent aujourd'hui. A cela s'ajoute qu'avec les programmes de prescription d'héroïne, la Confédération fait des économies de 4,5 millions de francs par an en frais de justice, en dommages et en dépenses médicales.

Venons-en au chiffre important - Monsieur Bortoluzzi vient d'en parler - qui est celui de la proportion de personnes qui sortent d'un programme de prescription. En 2004, 42,3 pour cent des toxicomanes qui ont quitté un programme de prescription d'héroïne se sont engagés dans un programme de substitution à la méthadone ou vers des thérapies visant l'abstinence. Ce chiffre est toujours considéré avec mépris par les adversaires de ces programmes. Il est pourtant loin d'être négligeable, quand on sait d'où viennent les personnes concernées! Au fond, les opposants à ces programmes parlent volontiers des toxicomanes comme s'ils avaient le choix, comme s'ils pouvaient choisir l'abstinence et saisir la perche que les bonnes volontés et les missionnaires de [PAGE 2005] l'abstinence leur tendent. Ces opposants ne manquent jamais de dire que c'est l'Etat qui pervertit ce libre choix en maintenant les gens délibérément dans la dépendance, comme l'a répété Monsieur Bortoluzzi.

En réalité, on est très loin de ce tableau. Les toxicomanes auxquels s'adresse ces programmes ont en moyenne 35 ans et 10 ans de toxicomanie derrière eux. Ils n'ont souvent plus aucun choix: ils ont déjà tout essayé, tout vu, tout vécu et s'ils n'entrent pas dans un programme de prescription, ils ne suivront pas non plus des thérapies visant l'abstinence. Ils seront simplement dans la rue, peut-être dans l'antichambre de la mort, car c'est parmi eux que le taux de mortalité est le plus élevé. Dans le fond, ceux qui reprochent aux programmes de prescription de ne pas conduire à l'abstinence pourraient aussi reprocher aux hôpitaux de ne pas guérir tous leurs malades! Ils pourraient reprocher aux hôpitaux de tolérer les rechutes, les maladies chroniques, comme si c'était autant d'échecs! Alors que dans les deux cas l'objectif est le même: c'est la survie!

Je voudrais terminer avec un mot encore à l'intention de ceux qui affirment que l'OMS condamne ces programmes.

J'ai sous les yeux la dernière prise de position de l'OMS consacrée justement aux méthodes de substitution. Ce document date de 2004 et on peut constater que l'OMS a changé d'avis sur ce plan. Au point 43 de ce document, consacré précisément à la prescription d'héroïne, on peut lire ceci: "Les résultats des évaluations indiquent que ce système global de traitement peut être une alternative pour un petit nombre de patients gravement dépendants pour qui les autres traitements ont été inopérants." (Traduit de l'anglais) Donc, qu'on ne vienne plus nous dire que l'OMS est contre ce système puisque sa position a maintenant changé.

Je vous recommande très vivement d'adopter le projet tel qu'il est formulé sur ce point et de rejeter la proposition de la minorité Dunant.