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AB 184834

Steiert Jean-François · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-06-02

Wortprotokoll

Tout en remerciant l'ensemble des collègues qui se sont chargés de ce message sur la culture, je me permettrai quelques observations particulières à l'attention des deux collègues qui ont émis un certain nombre de remarques critiques à l'égard de la position de la majorité de la commission.

Ma première remarque s'adresse à l'auteur de la proposition de renvoi, Monsieur Müri, qui demande de réduire de 145 millions de francs le projet du Conseil fédéral tout en promettant de ne faire aucune coupe. Dans le temps, il y avait les alchimistes, aujourd'hui il y a cette proposition de [PAGE 794] renvoi. C'est une tromperie, Monsieur Müri, et il n'y a que deux possibilités: soit vous renoncez à toute coupe dans les dépenses existantes, mais alors cela signifie que vous renoncez également à la mise en oeuvre de toute une série de décisions du Parlement et du peuple, prises à des majorités démocratiques. Pour ne donner qu'un seul exemple, la population suisse a décidé à une très forte majorité de renforcer l'encouragement à la musique, notamment la formation des jeunes dans le domaine musical. Evidemment, si vous renoncez à ces innovations et refusez systématiquement de suivre les décisions populaires et les décisions prises démocratiquement dans ce Parlement, vous pouvez tenir votre promesse. Mais c'est totalement contraire aux convictions que vous prétendez défendre tout au long de l'année. Soit vous devez procéder à des coupes rases dans l'ensemble des domaines. Vous dites ne pas vouloir le faire, mais vous avez pourtant signé, avec votre groupe, toute une série de propositions de coupes dans l'ensemble des projets d'arrêtés fédéraux que nous allons traiter. Vous voulez couper dans le soutien au film, à la musique, dans la culture populaire, dans l'ensemble des activités culturelles. Vous montrez donc bien comment on peut couper. Il me semble que votre position a quelque chose de trompeur. Vous allez tellement loin que vous demandez des montants supplémentaires pour la protection du patrimoine, mais c'est un autre sujet - nous ne parlerons pas du "Schulterschluss" partiel aujourd'hui.

Quant à vous, Monsieur Keller, vous parlez aujourd'hui d'un message qui encouragerait une culture élitaire, or, vous savez que, dans notre pays, entre la musique, le chant, les fanfares et les autres activités - vous avez évoqué le jodel -, tout le monde, ou presque, a des activités culturelles et toute le monde, ou presque, profite aussi de l'encouragement de la Confédération, des cantons, des villes, des communes et des privés à ce type d'activités. Cette vision populaire de la culture, vous en avez d'ailleurs eu une illustration ce matin, sur la place fédérale, où toutes les orientations de la culture étaient présentes. Vous avez dit reconnaître un fort lobbyisme dans ce message sur la culture et que cela était grave pour la démocratie. Je ne partage pas du tout votre avis.

Si l'on prend l'ensemble des personnes actives dans le domaine culturel, les activités de lobbying en la matière rassemblent une grande majorité de la population. Il s'agit donc du groupe d'intérêts le plus grand et le plus fort, et le plus légitime. La culture, c'est le peuple. Comme vous dites le représenter, vous devriez accepter ces activités de lobbying de gaieté de coeur.

Vous avez relevé que nous devions nous serrer la ceinture sur le plan économique et qu'il fallait donc restreindre les dépenses là où elles n'apportaient pas de productivité supplémentaire. Vous savez très bien que les dépenses culturelles engendrent des effets économiques positifs. Couper dans la culture revient à couper dans l'économie; ce n'est donc certainement pas la bonne piste.

Vous avez en outre dit qu'il n'y avait pas lieu de développer une politique nationale de la culture, en invoquant le fait qu'il n'y avait pas de fromage national. Vous avez raison: il n'y a pas de fromage national. Je représente le canton du vacherin et du gruyère, chaque canton ayant ses fromages; nous avons toutefois en Suisse une politique nationale du fromage, vous devriez donc changer vos exemples.

Dernier élément: vous avez parlé d'anticonstitutionnalité du message sur la culture. Monsieur le conseiller fédéral Berset a déjà évoqué les bases constitutionnelles existantes. La politique fédérale en matière de culture est dotée d'une base constitutionnelle tout comme les activités culturelles des cantons, des villes, des communes et des privés. Le message sur la culture ne vise pas à centraliser, à faire en sorte que la politique culturelle soit exclusivement du ressort fédéral. Nous sommes saisis d'un projet très suisse, très fédéraliste, dont l'objectif est de donner à chaque acteur - Confédération, cantons, communes, villes et privés - un rôle complémentaire pour une politique culturelle efficace.

C'est ce qui a conduit la majorité de la commission à se rallier, dans les grandes lignes, à l'avis du Conseil fédéral et, surtout, à rejeter la proposition de renvoi, défendue par Monsieur Müri.

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