AB 21794
Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2002-04-16
Wortprotokoll
Cette interpellation a été rédigée en été 2000, et elle a un ton léger et ironique comme un jour de vacances! Elle a reçu, à mon sens, une réponse qui n'est pas beaucoup moins légère ou, disons, qui est un peu édulcorée. [PAGE 586]
Cette réponse en effet reconnaît que l'industrie du tabac a exercé certaines pressions pour empêcher la publication de recherches suisses, mais elle dit aussi que ces recherches ont quand même été publiées et que, par ailleurs, les autorités sanitaires suivent l'évolution de la situation. J'ai quand même l'impression qu'on est en train de sous-estimer gravement non seulement les manoeuvres de l'industrie du tabac, mais aussi les dangers du tabagisme. Il n'y a pas longtemps encore j'ai entendu M. Thomas Zeltner, directeur de l'Office fédéral de la santé publique, dans une conférence, lancer un véritable appel dans ce sens, insistant sur le fait que la situation est extrêmement grave. Je trouve extraordinaire qu'on dépense autant de salive et d'énergie pour discourir sur les coûts de la santé et qu'on renonce finalement à prendre les mesures rigoureuses, draconiennes, qui s'imposeraient pour réduire une des causes les plus importantes de morbidité et de mortalité.
Pour en revenir à l'industrie du tabac, les méthodes qu'elle emploie sont pernicieuses. Depuis le dépôt de cette interpellation et la réponse du Conseil fédéral, elles se sont encore révélées dans toute leur ampleur: résultats de recherches faussés; interventions et pressions secrètes; mensonges; et enfin trafic et contrebande.
Il faut se souvenir qu'en 1998 déjà, dans une interview parue dans le journal "Le Temps", M. Zeltner déclarait: "Les représentants des cigarettiers contestaient toutes les preuves scientifiques, harcelaient publiquement les chercheurs dont les résultats ne leur convenaient pas." Les exemples et les témoignages de ce genre abondent.
Il faut se souvenir aussi que M. Edgar Oehler, président de la Communauté de l'industrie suisse de la cigarette, a bloqué pendant quinze ans le travail de la Commission fédérale pour la prévention du tabagisme et que ce même M. Oehler a récemment déclaré que si M. Zeltner voulait une Suisse sans tabac, il souhaitait pour sa part une Suisse sans Zeltner. On a donc toutes les raisons de se méfier des intentions réelles des cigarettiers.
Ils se sont d'ailleurs tellement discrédités que des entreprises comme Philip Morris s'empressent aujourd'hui de se reconvertir dans l'alimentaire et les boissons en camouflant leur raison sociale. Mais les campagnes de publicité sont à double sens. Ainsi, afficher sur les murs "Philip Morris doesn't want kids to smoke" ou "it's not your first cigarette", c'est la manière la plus perverse d'attirer l'attention des jeunes et de les inciter à fumer.
Tout cela pour dire qu'on ne peut donc pas se contenter, à mon avis, de "suivre l'évolution de la situation avec attention". Je souhaiterais donc des réponses plus précises à mes questions. C'est vrai que j'aurais pu vous les transmettre avant, mais je ne l'ai pas fait, donc je ne sais pas si vous pourrez répondre tout de suite ou si, peut-être, je déposerai une autre interpellation.
Par exemple, la réponse du Conseil fédéral mentionne que les activités de l'industrie du tabac en Suisse font l'objet d'un travail de recherche. Je voudrais savoir s'il y a maintenant des résultats issus de ce travail de recherche et si des mesures ont été prises. Par ailleurs, le Conseil fédéral annonce: "Nos autorités envisagent plusieurs options en vue d'empêcher les pressions de l'industrie du tabac." Quelles sont ces options? Lesquelles ont-elles été retenues? Reste enfin une question que je posais dans mon interpellation, qui est un peu particulière puisqu'elle se réfère au pesticide EBDC dont certains dérivés seraient cancérigènes et qui sont utilisés pour la culture du tabac. C'est aussi un des domaines dans lesquels l'industrie du tabac avait tenté d'intervenir pour atténuer les dangers de cette substance. La réponse du Conseil fédéral indique que la Suisse pourrait soulever la question de l'homologation de ce produit dans le cadre du Conseil exécutif de l'OMS. L'a-t-elle fait? Avec quels résultats?
Voilà quelles seraient les réponses complémentaires dont j'aurais besoin maintenant - qui sont dans le prolongement direct de la réponse que j'ai reçue et pour laquelle je remercie, bien sûr, le Conseil fédéral - pour me déclarer satisfaite ou non de la réponse à mon interpellation.