preparatory:AB 2544
Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2000-03-16
Wortprotokoll
Concernant les subventions, il y a deux propositions de M. Müller Erich, qui consistent à demander un nouvel examen des subventions; mais les phrases de M. Müller ne sont pas innocentes. Il demande que l'on réexamine la nécessité actuelle et future des subventions, la possibilité de les réduire et la possibilité de les limiter dans le temps. En commission, j'ai demandé à M. Müller s'il était prêt à procéder à cet examen sans a priori. Il a répondu oui. Alors, avec un collègue de commission, nous avons proposé de modifier un peu la proposition Müller en prévoyant que les subventions soient regardées en laissant ouvertes les deux possibilités, soit de les réduire, soit de les augmenter. Il ne devrait pas être inimaginable que certains besoins évoluent. Vous imaginez bien que cette proposition a été rejetée, et par M. Müller, et par la commission.
C'est bien là toute la question politique du rôle de l'Etat qui est ainsi posée. On ne devrait pas se demander uniquement comment économiser et comment dépenser moins, on devrait commencer par se demander pourquoi l'on dépense et pour qui l'on dépense. Nous découvririons peut-être et même certainement que l'Etat ne remplit pas toujours, et de loin pas, ses fonctions essentielles.
Vous avez entendu la proposition Blocher de réduire les subventions de 2 milliards de francs. Ces subventions, ces économies, il va bien falloir les prendre quelque part. Or, quand on parle d'une explosion des dépenses - nous devrions d'ailleurs plutôt être fiers d'avoir une population qui est en général bien lotie -, il est évident que ces restrictions vont se faire par rapport à la population.
Il y a quelques jours, à Genève, des associations ont proposé à des citoyens de tous bords une expérience insolite puisque dans le cas particulier il était question des allocations versées aux requérants d'asile. Ces associations ont proposé à des citoyens, à des gens qui avaient d'habitude un revenu normal, de vivre pendant une semaine avec ce revenu qui était alloué aux requérants d'asile. Je ne connais pas encore les résultats de l'expérience, mais j'imagine qu'ils seront intéressants. Je me souviens aussi du propriétaire d'un grand magasin qui déclarait volontiers que ses vendeuses étaient bien loties avec des salaires inférieurs à 3000 francs. Il disait ça du haut d'un revenu huit fois plus élevé.
J'aimerais que le milliardaire Blocher et que M. Müller Erich, dont je sais que le revenu n'est pas modeste, vivent quelque temps avec les montants qu'ils préconisent pour les plus démunis de ce pays, car leur politique consiste, au bout de la chaîne, à réduire les moyens de vivre d'une partie de la population.
C'est concret, on le voit: ces dernières années, on s'en est pris aux chômeurs, aux handicapés, aux requérants d'asile et aux bénéficiaires de l'AVS. La dernière révision de l'AVS montre à nouveau qu'il faudra bien faire payer à quelqu'un. Là, ce seront une fois de plus les femmes. Il n'est pas question de faire payer ceux qui peuvent payer, et on réduit donc les prestations à celles et ceux qui reçoivent.
La droite dure domine actuellement. J'inclus dans ce groupe une bonne partie des radicaux et des démocrates-chrétiens, et même au moins un conseiller fédéral socialiste. Mais leur arrogance coûte cher à notre société, qui y perd en cohésion et en espérance. Ces gens-là jouent un jeu dangereux, mais peut-être souhaitent-ils l'avènement de ce qui se profile!