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AB 256383

Feller Olivier · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2019-12-18

Wortprotokoll

Depuis plusieurs mois, les attaques contre des convoyeurs de fonds se sont dramatiquement multipliées dans le canton de Vaud, à proximité de la frontière avec la France. Durant toute cette période, la communication du Conseil fédéral s'est particulièrement distinguée. On a rarement vu des réponses d'une telle vacuité sur un sujet qui touche à la sécurité de la population et des biens. En réponse aux questions, aux interpellations et aux motions que j'ai déposées avec d'autres, on a d'abord appris en août dernier que le Conseil fédéral refusait d'autoriser les transporteurs de fonds à utiliser des véhicules blindés lourds de plus de 3,5 tonnes et de les autoriser à circuler la nuit parce que: "Protéger la population contre le bruit est une préoccupation majeure du Conseil fédéral." Les déflagrations et les chocs psychologiques liés aux braquages à répétition n'avaient sans doute pas encore fait suffisamment de bruit dans certains bureaux bernois!

On a ensuite appris quelques semaines plus tard que le Conseil fédéral "condamne ces attaques et l'usage de la violence qu'elles impliquent". On est très heureux de l'avoir appris, comme on est très heureux d'apprendre que le Conseil fédéral "observe attentivement la situation". C'est vraiment très rassurant de savoir tout cela. On a même appris il y a quelques jours, dans la réponse à l'interpellation du groupe UDC 19.4398, qu'il n'y avait pas de "détérioration générale de la situation" et que la coopération policière transfrontalière s'avérait efficace. Circulez donc, il n'y a rien à voir! Sauf que j'aurais aimé savoir combien des auteurs des braquages survenus depuis deux ans ont été arrêtés grâce à cette "coopération transfrontalière efficace".

La dernière perle de la communication lumineuse du Conseil fédéral dans cette affaire date de lundi dernier. J'avais posé une simple question lors de l'heure des questions (19.5695): "Combien de véhicules lourds de plus de 3,5 tonnes circulent chaque nuit en Suisse?" Et que me répond le Conseil fédéral? Qu'il ne dispose pas d'informations à ce sujet! Il ne sait rien, apparemment, mais alors vraiment rien sur le nombre de véhicules lourds qui circulent sur les routes suisses pendant la nuit, entre 22 heures et 5 heures du matin. Comment cela? Le Conseil fédéral estime ne pas pouvoir autoriser les fourgons blindés de plus de 3,5 tonnes à transporter des fonds pendant la nuit parce qu'il s'agit de protéger la population contre le bruit! La nouvelle présidente de la Confédération pour 2020 elle-même a martelé depuis son élection qu'elle voulait faire de la protection de l'environnement sa priorité en 2020. Et ce bel et bon gouvernement ne sait pas, même approximativement, combien de véhicules lourds circulent la nuit dans notre pays, notamment pour transporter des biens de consommation périssables, à commencer par les fleurs coupées!

Je vous avoue que j'ai hésité à déposer une motion chargeant le Conseil fédéral de bien vouloir combler cette fâcheuse lacune et d'évaluer le nombre de véhicules lourds qui circulent la nuit sur notre territoire. Mais j'y ai renoncé: je me suis dit que je pourrais peut-être avoir l'information plus rapidement. Effectivement, après quelques rapides investigations, je suis en mesure d'informer le Conseil fédéral que le nombre de véhicules lourds qui circulent la nuit en Suisse s'élève à plusieurs centaines au moins - on est vraisemblablement proche du millier.

La morale de l'histoire, c'est qu'autoriser quelques véhicules blindés lourds - une bonne dizaine pour toute la Suisse - à transporter des fonds de nuit ne provoquerait guère de nuisances supplémentaires et que l'argument avancé par le Conseil fédéral pour leur refuser de circuler la nuit ne tient pas la route, c'est bien le cas de le dire! Mais évidemment, cela, le Conseil fédéral ne veut pas l'admettre. Il préfère rester dans le déni, le déni de la réalité.