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preparatory:AB 269371

Berset Alain · Bundesrat · Freiburg · 2020-09-21

Wortprotokoll

Le moins que l'on puisse dire, tout d'abord, c'est que nous vivons une année peu ordinaire. Nous en avons beaucoup parlé à cause de la pandémie qui nous occupe et qui sévit dans le monde entier, et nous voyons à quel point cette crise, ou des situations de crise, nous confrontent à la fragilité de nos société en révélant les nombreuses lignes de fracture qui marquent notre époque.

Monsieur le conseiller aux Etats, vous avez rappelé les évènements aux Etats-Unis, et je crois que certaines de ces lignes de fracture se sont manifestées au travers des réactions suscitées par le meurtre de George Floyd, vous l'avez mentionné, aux Etats-Unis mais aussi dans d'autres pays. Le mouvement mondial qui en est résulté s'est adapté selon les pays, les contextes. Même en Suisse d'ailleurs, et partout, il s'est porté contre les structures racistes et discriminatoires de notre temps héritées de l'époque coloniale.

Je crois que votre interpellation a le mérite, Monsieur le conseiller aux Etats, de refléter aussi cette discussion. Vous mentionnez la situation d'un sommet alpin situé au milieu de la région Jungfrau-Aletsch-Bietschhorn, région elle-même inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, qui porte le nom d'un homme dont les opinions racistes allaient bien au-delà du paradigme d'interprétation raciste usuel au XIXe siècle.

Je crois que nous pouvons être reconnaissants à M. le député Carlo Sommaruga d'attirer notre attention sur les travaux critiques des historiens qui ont étudié avec soin l'histoire de notre pays et son implication dans le colonialisme mondialisé. Je crois que nous devons toujours tirer les enseignements du passé, réfléchir à ce que cela signifie pour notre vivre ensemble et favoriser un avenir pacifique et commun pour toutes et tous dans nos sociétés.

Cela dit, et j'ai compris que c'est le point qui vous irrite dans la réponse du Conseil fédéral, la Confédération n'a pas la compétence de nommer ou de renommer des sommets alpins. Vous me direz que c'est une réponse très administrative et je vous répondrai: "fédéraliste, conforme aux structures de notre pays". Et, en l'occurrence, il est vrai que cette compétence échoit à trois communes, l'une valaisanne, Fischertal, et les deux autres bernoises, Grindelwald et Guttannen, qui sont d'ailleurs confrontées à ces discussions depuis de nombreuses années. Mais il y a également les deux cantons concernés, Berne et le Valais, qui doivent donner leur avis.

Il ne s'agit pas, ici, de se défausser sur les communes et sur les cantons, je vous le dis franchement. D'ailleurs, ce que j'ai dit auparavant montre bien qu'il nous paraît pertinent de débattre de cette question dans une société comme la nôtre. Il s'agit plutôt de respecter l'ordre démocratique, parce qu'on se félicite de ces processus démocratiques.

Pour être franc, je ne pense pas que ce type de discussion et de décision, projetée d'en haut, nous aide beaucoup. S'il doit y avoir un changement, il doit venir des communes concernées, et ce débat démocratique, nous pouvons le mener, le favoriser, mais sans vouloir toujours tout relire avec les lunettes d'aujourd'hui. Il faut faire la part des choses. C'est un travail d'historien, c'est assez exigeant, et nous avons quelques connaissances dans notre pays sur la manière d'aborder notre propre histoire, même si ce n'est pas toujours très simple.

J'aimerais encore dire quelque chose au sujet des deux décisions antécédentes que vous avez mentionnées. J'ai toujours eu conscience que, dans un exécutif politique, on ne peut pas répudier l'héritage. Mais je n'ai pas pensé que cet héritage nous reporterait jusqu'aux années 1863 et 1861. Vous avez dépassé mes compétences dans ce domaine, et je ne sais pas exactement ce qu'il faut vous dire à ce sujet. Je ne sais même pas si c'était une décision du Conseil fédéral - vous semblez dire que c'était le cas -, mais il se trouve probablement qu'à l'époque, selon ce qu'on m'a indiqué, la situation était effectivement différente de celle d'aujourd'hui.

Pour 2014, il n'y a pas eu, par contre, de discussion ou de décision au Conseil fédéral à ce sujet. Il y a eu un cheminement, que je ne connais pas très bien d'ailleurs, qui a conduit à ce que les communes concernées modifient le nom d'une pointe en Pointe Dunant. Cela montre bien que les communes peuvent le faire, cela prouve bien que c'est possible. L'impulsion qui a conduit à cela, vous l'avez mentionné, est un des éléments qui peut nous accompagner dans la suite de la réflexion. Je crois aussi que cette discussion est connue, que ce débat peut se poursuivre. Il a pris cette année un tour tout particulier.

J'aimerais souligner encore un élément, c'est que la Confédération, notamment par le biais de son Service de lutte contre le racisme, soutient des projets qui favorisent le débat sur les idées racistes, afin que l'on comprenne ce que cela signifie, à quoi on doit faire face.

Une exposition sur la vie et les activités de Louis Agassiz a d'ailleurs eu lieu il y a quelque temps, accompagnée de manifestations publiques. Elle a contribué à un débat animé dans de nombreuses régions du pays, débat qui a repris évidemment de manière encore plus importante, avec la situation que nous connaissons actuellement, dans cette année très particulière - c'est ce que j'ai mentionné.

Nous prenons note que vous n'êtes pas satisfait de la réponse que nous vous avons donnée. J'ai essayé de montrer que nous sommes très sensibles au débat sur l'histoire et à la réception des idées dans le cadre historique, mais quant à aller jusqu'à modifier le nom de sommets, nous préférons miser sur un système démocratique qui a fait ses preuves, où les décisions doivent être prises, pour ce type de questions, dans les communes concernées. [PAGE 951]