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preparatory:AB 270138

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-09-23

Wortprotokoll

J'aimerais commencer par la lecture de quelques phrases du message sur l'armée, de son introduction: "Il semble improbable que, dans un avenir proche, un conflit armé survienne à proximité immédiate de la Suisse et que notre pays soit la cible d'une attaque militaire." Pourtant, "la sécurité de la Suisse est actuellement confrontée à des menaces imminentes": des attentats terroristes, des sabotages, "des cyberattaques d'acteurs étatiques ou non étatiques sont déjà une réalité quotidienne, de même que les opérations d'influence et l'exploration par satellite".

"Outre les menaces, n'oublions pas les dangers qui pèsent directement sur la sécurité des personnes. En raison de sa topographie, la Suisse est particulièrement exposée aux [PAGE 1799] dangers naturels. Le changement climatique représente un grand défi puisqu'il pourrait conduire à davantage d'inondations, de coulées de boue ou de glissements de terrain, non seulement dans les zones montagneuses, mais aussi sur le Plateau. Il se peut par ailleurs que des vagues de chaleur et de sécheresse entraînent des incendies de forêt et des pénuries d'eau." (FF 2020 2181 s.) On pourrait également parler des pandémies.

Madame la conseillère fédérale, nous sommes d'accord sur ces constats, sur les menaces et les risques qui vraiment, aujourd'hui, menacent notre pays. Mais notre concordance de vue s'arrête malheureusement là. A la lecture du rapport sur les Forces terrestres, j'avais cru qu'une révolution de doctrine était en marche au sein de l'armée, qu'on allait enfin faire évoluer les concepts et changer de paradigme, en finir avec la conception historique de la défense du territoire, pour faire évoluer les troupes terrestres dans des missions destinées en priorité à répondre aux menaces d'aujourd'hui, les menaces hybrides en particulier.

J'ai été brutalement tiré de mes rêves en commission par les propos sans ambiguïté d'un officier supérieur qui vous accompagnait: pour répondre à la menace d'une invasion par on ne sait qui, il faut impérativement disposer de moyens militaires lourds - lance-mines, artillerie, chars de combat - et de la possibilité d'un appui aérien. Tout est dit: la doctrine immuable du scénario de l'impossible, de l'hypothèse irréaliste, reste le fil conducteur de la grande muette avec, à la clé, des milliards de francs d'investissements.

Le Conseil fédéral répète pourtant régulièrement que l'on ne peut identifier aucun ennemi qui aurait l'intention et les moyens d'attaquer la Suisse, et cela au long cours. Mais on continue de faire comme si. Et l'on se prépare à se défendre tout seul, dans une logique absurde inspirée par les militaires eux-mêmes, qui tentent de sauvegarder leur pré carré, et qui repose sur le mythe des succès héroïques de la neutralité armée par le passé. Tout cela me rappelle la lecture du livre de Dino Buzzati, "Le Désert des Tartares", l'histoire d'un militaire qui a attendu toute sa vie la survenue d'un conflit. Aucune réflexion sur notre véritable passé historique, aucune vision géostratégique objective pour reconnaître que le contexte européen a totalement changé. Aucune analyse de notre potentiel militaire réel et de notre incapacité à nous défendre seuls, le cas échéant.

Les armes et les technologies ont profondément évolué et les moyens de faire la guerre ont totalement changé. Nous sommes entrés dans l'ère des drones, des robots, des cyberattaques, des missiles toujours plus performants. Nos moyens militaires sont à des années-lumière de pouvoir rivaliser, et cela quoi que nous puissions faire. Nous n'avons ni les moyens financiers ni surtout la masse critique pour répondre à ces défis. Nous ne pourrons évoluer qu'en seconde division.

Nous visons à nous défendre contre des guerres hypothétiques sans ennemis avérés, au milieu d'un continent composé de pays amis entre eux et avec nous, tous, ou presque, membres de la plus grande et puissante alliance militaire du monde. Et nous collaborons avec cette alliance, l'Otan.

Nous allons durant les quinze prochaines années aligner les milliards pour remplacer l'essentiel de notre armement lourd datant de la guerre froide - artillerie, mortiers, chars d'assaut, avions de combat -, repoussant aux calendes grecques des investissements plus essentiels pour la protection de notre population, tel un renforcement de notre flotte d'hélicoptères, un instrument essentiel dans un pays comme la Suisse.

Et pourtant des menaces réelles existent aujourd'hui déjà, vous le reconnaissez, Madame la conseillère fédérale, mais vos réponses ne sont pas à la hauteur: terrorisme, manque criant de moyens humains au sein du Service de renseignement de la Confédération - cela est avéré -, manque de 3000 à 4000 policiers en Suisse selon les cantons - ces policiers qui sont en première ligne dans la protection de la population face notamment aux terroristes -, menace "cyber" - un risque quotidien, une menace majeure pour nos infrastructures critiques. A ce propos, rappelons les avertissements de l'Office fédéral de la protection de la population, qui considérait il y a quelques années que, outre une pandémie, le second risque majeur pour la Suisse en termes de probabilité serait un black-out du réseau électrique.

Dans le domaine "cyber", on a clairement le sentiment que l'on avance à petits pas. A quand la constitution d'une force "cyber" nationale, composée des meilleurs parmi les meilleurs, de ces hackers potentiels qui vivent collés à leur écran et qui disposent des compétences les plus pointues en la matière, autodidactes ou diplômés des meilleures écoles du pays? Cela a un prix et cela réclame une véritable ambition, un peu plus d'ambition que les écoles de recrues "cyber", qui ne m'ont pas convaincu. On pourrait parler encore du climat; on pourrait parler des pandémies.

Pour le groupe socialiste, une armée est nécessaire, mais son action doit s'inscrire dans une stratégie de réelle définition des priorités en matière de risques et d'une allocation adéquate des ressources. La mission de l'armée doit être recentrée sur les risques plausibles et celle-ci doit devenir une force capable de porter secours à titre subsidiaire, en réponse aux demandes potentielles des collectivités publiques, pour protéger la population et les infrastructures critiques.

Les dotations financières allouées à l'armée doivent être réduites et la différence allouée, pour partie, par péréquation aux cantons pour leur permettre de renforcer leur dotation policière, et le solde à la promotion de la paix et à la coopération au développement, car la paix, la stabilité, l'emploi et la démocratie que nous génèrerons dans le monde se traduiront pour nous et nos voisins européens par plus de sécurité et de concorde.

Donc, logiquement, nous soutiendrons la proposition de la minorité Seiler Graf de renvoyer au Conseil fédéral le projet d'arrêté fédéral sur le plafond des dépenses de l'armée pour la période 2021-2024.

Dans le programme d'armement 2020, on trouve de tout. Nous saluons tout particulièrement le renouvellement du matériel d'aide en cas de catastrophe. Cet investissement a un sens dans notre logique de disposer d'une armée prête à protéger notre population.

Le message sur l'armée 2020 nous laisse, comme chaque année, sur notre faim. Nous attendons des scénarios sérieux et plausibles et, au vote final, nous ne pourrons au mieux que nous abstenir.