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Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2020-09-24

Wortprotokoll

Douze milliards. Douze milliards, c'est la fortune estimée d'un ancien conseiller fédéral qui a osé demander rétroactivement ses rentes après son passage au Conseil fédéral. C'est le montant auquel sa fortune est estimée. Il faudrait 160[NB]000 ans à une infirmière pour réunir le même montant, 240[NB]000 ans à une caissière, et cela, c'est sans compter les charges. C'est une société inégalitaire que je vous décris là, où les super-riches possèdent plus que quasi toute la population, où la richesse se crée elle-même, où elle se transmet de génération en génération, où elle ne correspond pas au travail, ni à l'apport à la société, ou en tout cas que très marginalement.

Le patrimoine est taxé, proportionnellement au travail, de manière beaucoup moins importante; le travail est donc imposé de manière disproportionnée et il est taxé lourdement. Cela grève les revenus et les capacités de subsistance des ménages, et je ne parle pas des ménages pauvres, je parle simplement des ménages qui ne sont pas ceux des super-riches. Alors que la production a augmenté ces dernières années, et donc que la richesse des super-riches a augmenté, les salaires - en tout cas leur valeur - a diminué, puisque les primes ont augmenté, les loyers ont augmenté, les prix des biens de consommation ont augmenté. Alors que les salaires n'ont pas augmenté, nous sommes face à un trou, ou en tout cas un futur trou, dans le financement de l'AVS, alors qu'il suffirait de payer correctement les gens pour le combler.

Cette situation est honteuse. Le capital ne travaille pas, il se construit sur le travail des autres. Cette situation est injuste, parce que, fiscalement, les propriétaires ne sont pas imposés à 100 pour cent, alors que les emplois sont imposés à 100 pour cent. Cette situation est honteuse, parce que la richesse nourrit à l'étouffement les super-riches, alors que d'autres font la queue à Genève pour du pain et des pâtes. Il faut le rappeler: dans notre société, nous voulons de bons salaires, pas des sacs alimentaires.

En 2016, 1 pour cent de la population suisse possédait 40 pour cent des richesses totales. La crise du Covid-19 a non seulement rendu visible cette pauvreté et ces inégalités, mais elle les a aussi accentuées. Les ultrariches deviennent de plus en plus riches, alors que les pauvres deviennent de plus en plus pauvres.

Il est donc essentiel aujourd'hui de lutter contre les inégalités. Cela est non seulement essentiel, mais aussi vital, parce que c'est une mesure d'égalité. C'est aussi une mesure d'écologie, car Oxfam l'a dit récemment, 1 pour cent des plus riches polluent deux fois plus que la moitié des plus pauvres de la population. Ceux qui possèdent le plus polluent le plus. Le capital sans limite, sans générosité, sans redistribution, sans lien avec la réalité, détruit nos conditions de vie sur terre. Ces chiffres sont révoltants, tout comme sont révoltants, les chiffres sur le réchauffement de la planète que nous montre le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. C'est un signe de bonne santé mentale que de le reconnaître, plutôt que de vivre dans le déni face au réchauffement climatique. Les objectifs de l'Accord de Paris, c'est-à-dire une augmentation maximale de 1,5 degré, sont intenables avec la politique actuelle. Notre loi sur le CO2, sur laquelle nous voterons demain, est complètement insuffisante.

C'est un cri du coeur, donc, des jeunes, ceux qui sont venus sur la Place fédérale, que nous devons comprendre, parce qu'ils sont inquiets pour leur avenir, inquiets face à la réalité physique et à la réalité scientifique. Ils poussent un cri du coeur pour la justice climatique et pour la justice sociale, parce que l'une ne va pas sans l'autre. Le Covid-19 a montré que ceux qui paient le prix des crises, ce sont ceux qui possèdent le moins, et que les crises accentuent ces inégalités. Il y a donc une urgence à rétablir l'égalité et à garantir des conditions de vie sur terre heureuses et dignes à toutes et à tous. Au lieu de défendre l'ancien monde, il faut adapter la société aux urgences sociales et climatiques d'aujourd'hui.

Pour la justice sociale et la justice climatique, qui vont de pair, je vous encourage à accepter cette "initiative 99 pour cent".

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