preparatory:AB 278688
Berset Alain · Bundesrat · Freiburg · 2021-03-10
Wortprotokoll
Je dois vous dire, Monsieur le conseiller national Addor, que je suis cent pour cent d'accord avec vous. Nous observons la même réalité et je suis entièrement d'accord avec vous. Ceci certainement pour différentes raisons, que nous priorisons différemment, mais nous arrivons à la même conclusion.
Nous avons affaire à un vrai problème, qui a été reconnu par le Conseil fédéral. Je me souviens encore, lors de mon arrivée au Département fédéral de l'intérieur, en 2012, avoir été frappé de voir que sur les 3000 nouveaux médecins qui s'installaient - et dont nous avions besoin pour notre système de santé - il y en avait environ 1000 ou un peu moins qui étaient formés en Suisse, tandis que plus de 1000 d'entre eux venaient d'Allemagne - donc la seule Allemagne produisait pour nous, ou apportait à notre système de santé plus de médecins que nos universités -, et que le dernier tiers des médecins venaient de toutes sortes d'autres pays essentiellement européens et voisins.
Forts de ce constat, nous avons, dès 2013, de concert avec le Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche, cherché une solution pour pouvoir vraiment changer cela, et nous nous sommes rendu compte que la seule réponse que l'on pouvait apporter était de faire une offensive du côté de la formation. Elle a été réalisée avec l'apport de moyens supplémentaires à hauteur de 100 millions de francs. C'était un peu difficile parce que, en réalité, il faut bien voir que, dans les universités cantonales qui forment les médecins jusqu'au master et aux études postgrades, on a introduit des numerus clausus, on a introduit de nombreuses barrières au niveau de l'accès aux études, sans permettre à toutes celles et tous ceux qui le voudraient de pouvoir se former. On a même vu des Suissesses et des Suisses partir à l'étranger pour se former en médecine par manque de places chez nous, parce que ce sont des places qui sont assez coûteuses. Et, au moment où les numerus clausus ont été levés, les universités n'ont pas dit qu'elles allaient accepter et former un peu plus de monde, mais elles nous ont demandé des moyens supplémentaires. Nous avons dépensé 100 millions de francs de plus pour ce faire et avons, je crois, obtenu des résultats qui sont positifs puisqu'on est passé d'environ 900 diplômes délivrés par année en 2016 à environ 1400 places maintenant, dans les universités cantonales, mais au prix de cette forte incitation et de 100 millions de francs supplémentaires.
Cela porte donc ses fruits. Nous pensons pouvoir atteindre un nombre de diplômés de près de 1400 en 2025, soit une augmentation de 50 pour cent par rapport à la situation de 2016. Cela nécessite énormément de temps, car former un médecin prend des années. Le problème, vous l'avez mentionné, est qu'en parallèle, pour toutes sortes de raisons que je ne détaillerai pas, les professions médicales connaissent aussi un développement assez marqué du temps partiel. Le risque est donc de former davantage de médecins dans notre pays sans augmenter pour autant la disponibilité à travailler dans le domaine médical.
Il s'agit d'une vraie difficulté, que les pays voisins ont aussi. A chaque fois, c'est un sujet de discussion avec mon collègue allemand de la santé. Il y a environ 1000 médecins allemands qui viennent chaque année s'installer en Suisse pour travailler, et tous les coûts de formation ont été assumés par l'Allemagne, pas par la Suisse. On nous fait alors les reproches suivants: "Mais comment va-t-on faire? Vous devriez aussi en faire un peu plus de votre côté." Et nous sommes entièrement d'accord avec cela, il faudrait être moins dépendants de médecins venus de l'étranger, et être davantage en mesure d'avoir les formations suffisantes de notre côté.
Nous avons un autre problème, c'est qu'il ne suffit pas de mettre de l'argent dans les universités pour former plus de médecins. Il faut aussi des places de stage. Il y a là aussi des difficultés. Il faut que cela fonctionne tout au long de la chaîne.
Cela pour vous dire que nous travaillons sur ces problèmes. Nous ne sommes pas certains qu'un postulat apporte grand-chose de plus, mais il va exactement dans le sens que nous voulons. Avec ou sans ce postulat, nous continuerons à fournir ces efforts. C'est une offensive sur plusieurs dizaines d'années, qui vise à corriger cette situation. Nous avons déjà fait un bout de chemin - 50 pour cent de plus en cinq ou six ans, c'est tout de même énorme lorsque l'on pense à la situation d'il y a peu -, et j'espère que nous allons réussir à poursuivre cet effort et à améliorer la situation.