preparatory:AB 30570
Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2003-03-03
Wortprotokoll
Il règne sur ce dossier un certain nombre de malentendus, qui font que je peux comprendre en partie les objections des adversaires de ce programme.
Le premier malentendu a peut-être pour origine les termes utilisés, tels que celui qu'on entend toujours de "distribution" d'héroïne, qui laisse entendre qu'on offre généreusement l'héroïne à tous ceux qui le souhaitent. Mais il y a aussi le terme, qui à mon sens est tout à fait inapproprié mais qu'on trouve dans le message du Conseil fédéral, de traitement "à" l'héroïne. C'est cela qui fait dire aux gens: "Mais comment est-ce qu'un produit de mort, un produit qui rend dépendant peut être aussi utilisé pour traiter ou pour soigner ceux-là mêmes qui en sont victimes?" Mais non! Ce n'est pas la substance elle-même qui soigne, mais tout ce qui l'accompagne, l'encadrement et l'approche médicosociale! Je pense que ce serait beaucoup plus juste de parler de traitement "avec" l'héroïne, et non pas "à" l'héroïne. Cela, c'est un malentendu qui fait beaucoup de tort à ce programme.
Le deuxième malentendu a trait aux objectifs mêmes de ces programmes parce qu'on les fait figurer dans le pilier thérapie, et M. Waber vient d'en donner la preuve, car si c'est une thérapie au même titre et sur le même plan que d'autres modes de traitement, alors on a beau jeu de dire: "Mais pourquoi donc les toxicomanes restent dans leur dépendance et ne s'en sortent pas?" En fait, cette méthode se situe plutôt dans l'aide à la survie, elle concerne des gens pour qui le choix n'est pas entre rester dans la drogue ou sortir, mais plutôt entre sombrer, se droguer jusqu'à mourir ou garder la tête hors de l'eau pour tenter de réémerger progressivement.
D'une certaine manière, on peut admettre que les indications pour l'admission dans ces programmes, qui figurent dans l'arrêté, sont très larges et peuvent prêter à confusion: 18 ans d'âge, deux ans de consommation et deux traitements interrompus; cela fait penser qu'on va accueillir un très grand nombre de personnes et que c'est une solution de facilité. Mais la réalité est tout autre! Ce sont 1000 à 1500 personnes: c'est moins de la moitié de ce qu'on avait prévu au moment de l'adoption de l'arrêté; il n'y a pas de liste d'attente et en plus, la moyenne d'âge est de 35 ans, même de 38 ans à Genève; et il y a dix ans de dépendance. Comme le dit la doctoresse Broers, responsable de ce programme à Genève, on a affaire à des cas d'une lourde morbidité psychiatrique et sociale et avec des dépendances multiples. Ce sont des gens qui reviennent de très loin et il faut leur laisser le temps d'émerger.
Avant de juger et de se poser en moraliste, il faut voir aussi d'où nous venons nous-mêmes! Il faut avoir présent à l'esprit le désastre des années 1985-1990: les scènes ouvertes, la détresse, la misère profonde des toxicomanes livrés à eux-mêmes, les ravages du sida avec des proportions de séropositifs qui allaient jusqu'à 60 ou 70 pour cent des toxicomanes. Cette proportion est tombée aujourd'hui à 10 pour cent. Il faut voir aussi qu'il y avait 500 à 600 morts d'overdose chaque année, alors qu'aujourd'hui on est en dessous des 200.
Aujourd'hui, dix ans plus tard, deux tiers des toxicomanes sont en contact, d'une manière ou d'une autre, avec les structures de soins ou même intégrés dans la chaîne thérapeutique. C'est un résultat appréciable. Monsieur Waber, quand vous dites qu'aucun ne s'en sort, ce n'est pas vrai! Sur les 175 personnes qui ont suivi ce programme pendant six ans, 127 continuent dans une autre thérapie et 16 pour cent vont vers l'abstinence. Supprimer un maillon de cette chaîne thérapeutique, ce n'est pas aider les toxicomanes à sortir, c'est les renvoyer dans la rue, à la marginalisation et peut-être à la mort.
Pour les personnes concernées et pour la société, le bénéfice retiré de ces programmes est important, on l'a dit, je ne veux pas m'y arrêter encore une fois. Mais ce que je voudrais encore bien souligner, c'est que le but du programme n'est pas directement, à court terme, de devenir abstinent. Il est de libérer des énergies qui étaient jusqu'à maintenant mobilisées pour survivre ou pour trouver le produit, afin de réapprendre à vivre ou même de retrouver le goût de vivre, [PAGE 6] avec ou sans produit. Je dirai encore: qui sommes-nous pour nous offusquer qu'un certain nombre de personnes aient de la peine à sortir de leur dépendance, nous qui sommes tous enfermés dans de multiples dépendances? Je crois qu'il faut aussi faire preuve d'un peu plus d'humilité.
En conclusion, si les Verts sont acquis au programme de prescription, ils pensent quand même que quelques clarifications dans les termes et dans les indications pourraient être reprises dans la loi et dans une future ordonnance d'application.
Nous sommes également convaincus que nous n'avons pas d'autre choix que de proroger cet arrêté aujourd'hui. Mais nous déplorons avec vigueur le retard pris dans l'examen de la loi, qui nous empêche de traiter cette question en même temps que toutes les autres, ce qui aurait été beaucoup plus judicieux. En effet, cette approche thérapeutique n'est pas la seule possible; elle s'inscrit dans un ensemble diversifié où les traitements visant l'abstinence ont aussi leur place, avec un financement qui doit être beaucoup mieux assuré qu'aujourd'hui.
Traiter la prescription d'héroïne avant les autres piliers de la loi pose aussi un problème par rapport au statut du cannabis. Continuer à pénaliser des fumeurs de joints alors que les héroïnomanes peuvent avoir accès légalement à une drogue plus dangereuse, crée une inégalité de traitement et suscite beaucoup d'incompréhension. En matière de cannabis, la situation aujourd'hui est chaotique, elle est hypocrite. Je ne suis pas d'accord avec M. Gutzwiller, rapporteur, lorsqu'il dit que maintenant, on peut prendre notre temps pour faire la loi. Je considère que si l'on n'avance pas rapidement avec la révision de la loi, les quatre piliers de la politique des drogues risquent de se trouver fortement déséquilibrés.
Le groupe écologiste vous recommande donc d'entrer en matière sur ce projet de loi.