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AB 305865

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-09-15

Wortprotokoll

En préambule, à la suite de la réponse précédente de Mme la conseillère fédérale sur la question de la Corée, j'aimerais dire - j'ai le jugement sous les yeux - que les Etats-Unis étaient impliqués comme "amicus curiae" dans ce jugement.

La guerre en Ukraine représente depuis fin février une fenêtre d'opportunité pour la droite et pour les dirigeants de l'armée qui ont forcé le discours sur les risques encourus par la Suisse pour faire admettre la nécessité - sans débat, ni critique - des F-35; pour refuser au peuple suisse un droit constitutionnel essentiel en empêchant un vote populaire sur ce sujet; et, en définitive, en obtenant une hausse massive de l'enveloppe budgétaire qui sera accordée à l'avenir à l'armée, avec la volonté, notamment, de ressusciter nos anciens chars d'assaut, sans réfléchir au sort réservé à ces armes du passé lors du conflit en Ukraine, avec, en prime, un discours officiel suggérant un rapprochement avec l'Otan, en tous les cas le développement d'une interopérabilité des forces de l'alliance avec notre armée. A les entendre, une guerre traditionnelle à l'ancienne, avec artillerie, chars d'assaut et tranchées est réapparue en Europe et les chars russes et l'aviation de Poutine menaceraient de déferler sur notre pays. D'aucuns dans cet hémicycle semblent ne pas comprendre que cette guerre se déroule aux confins de l'Europe, pas au sein de l'Europe et qu'elle représente un épisode de plus dans le processus de recomposition des anciennes frontières de l'ex-empire soviétique.

Comme l'historien Matthieu Gillabert se plaisait à le rappeler la semaine dernière lors de la journée de politique extérieure parlementaire, cette guerre en Ukraine est une guerre locale qui ne peut pas arriver chez nous. Paradoxalement, la situation sécuritaire de la Suisse s'est depuis six mois renforcée encore plus que lors du premier constat établi par le DDPS fin mars. L'armée russe a perdu au moins le quart de ses capacités avec, par exemple, plus de 2000 chars d'assaut et des centaines d'avions détruits. L'armée ukrainienne se renforce constamment grâce aux aides occidentales. L'Otan s'est réveillée et la création d'une Europe de la défense devient plausible à moyen terme.

Pourtant, ce conflit dramatique a mis en lumière des failles dans notre capacité de défense, surtout l'absence complète de moyens de défense sol-air. Le système Patriot que nous allons soutenir représente un premier pas dans la bonne direction. Le renforcement de ce type de moyens de défense doit représenter une priorité. Le retard accusé au comblement de cette lacune s'apparente à une faute. Car nous ne serons un peu mieux protégés contre des attaques de missiles que dans sept ou huit ans au plus tôt, le temps de commander, d'installer et d'apprendre à faire fonctionner ce système.

Concernant l'acquisition des F-35A, nous en avons déjà longuement parlé et avons déjà dit tout le mal que nous pensions de ce choix. Vous allez choisir un avion toujours en développement et que même de nombreux parlementaires américains considérent comme un gouffre financier!

Un avion que nous devrions en fin de compte peu utiliser car, d'une part pour répondre au problème de son bruit intolérable et, d'autre part, pour faire croire qu'il était nettement moins cher sur trente ans que ses concurrents, des évaluateurs, en contradiction avec les règles fondamentales des marchés publics, ont réduit pour ce seul avion le nombre de vols et les heures de vol de 20 pour cent. En prime, cet avion est furtif - et pour un pays comme la Suisse, la furtivité ne sera clairement d'aucune utilité. Et que dire des capacités de captage d'information de ce super-ordinateur volant - capacités auxquelles vous allez sciemment renoncer, car aucun investissement n'est prévu à cet effet?

Par ailleurs, je tiens à rendre attentifs tous les parlementaires qui voteront en faveur de cette acquisition, au fait que l'US Air Force a estimé dans un rapport d'octobre 2021 que si l'on se repose trop sur les simulateurs et réduit les heures de vol, on s'expose à des risques d'augmentation des accidents. On va réduire à moins de 100 heures par années les heures de vol de nos pilotes, qui devront passer directement du PC-21 à hélices au F-35A monoplace, sans passage intermédiaire sur un jet d'entraînement, comme cela se fait dans les autres pays disposant du F-35A, qui par ailleurs réalisent pour l'essentiel leur mission de police aérienne avec d'autres avions. Nos pilotes devront apprendre à voler dans cet avion à 60[NB]000 francs l'heure de vol - excusez du peu - et en prime, apprendre la technique des attaques air-sol avec un nombre ridicule d'heures de vol à disposition; on nous raconte des salades!

Encore un mot sur les simulateurs du F-35A, selon un rapport du département de la défense nord-américain de janvier 2022, le programme de simulation de l'avion qui doit être développé pour économiser des vols ne fonctionne pas à satisfaction.

Dans ce dossier tout n'est qu'approximations et erreurs. Certaines personnes veulent absolument ces avions qui ne sont pas faits pour la Suisse, et elles les auront. Il faudra encore attendre sans doute au mieux près d'une décennie pour que ces avions soient opérationnels, et avec le retard constant rencontré dans cette hasardeuse aventure industrielle, tout est possible. Pourtant, comme on nous le rabâche tout le temps, il y aurait urgence vu la situation en Ukraine.

Alors choisissons un avion européen, répondant aux besoins suisses, terminé, réellement moins cher et plus rapidement disponible. Je n'ai guère d'espoir.