preparatory:AB 316016
Michaud Gigon Sophie · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2023-03-08
Wortprotokoll
Le rapport du Conseil fédéral sur l'orientation de la politique agricole dégage des pistes vraiment pertinentes: favoriser une consommation durable et saine en facilitant le choix de produits durables et réduisant le gaspillage alimentaire, ou encore augmenter la transparence et la vérité des coûts pour viser une répartition équitable de la valeur ajoutée, donc des marges.
Le Conseil fédéral a intégré une réponse à ma demande autour du gaspillage alimentaire et de la promotion des circuits courts en montrant les bienfaits de ce marché: "Le contact direct favorise la compréhension et la confiance mutuelles entre producteurs et consommateurs." Il nomme les avantages pour les consommateurs: traçabilité, connaissance des modes de production, saisonnalité; et pour les producteurs: marges correctes, maintien des chaînes d'approvisionnement dans les régions rurales. C'est une situation "win-win" aux deux bouts de la chaîne alimentaire.
Le nombre d'exploitations ayant développé ce marché est passé de 12 pour cent en 2010 à 26 pour cent en 2020. Cela peut être réalisé par des ventes au marché dans les villes, à la ferme ou en coopératives dans les campagnes et les agglomérations, par des livraisons en vrac à domicile ou encore de la vente en ligne. Les instruments et les possibilités sont multiples. Mais les journaux se sont dernièrement fait l'écho des difficultés à stimuler la demande et à faciliter cette manière de vendre et d'acheter.
C'est donc le moment que la politique donne une véritable impulsion. Nicht sympathisch, sondern wirksam, Herr Kollege Ritter. Les instruments existants ne sont pas assez connus ni utilisés à satisfaction. Il manque une promotion efficace auprès des consommatrices et consommateurs. Des projets de mutualisation des lieux de stockage et de vente doivent être soutenus pour les exploitations. Il y a à faire dans ce domaine pour que le marché se développe et que la part de revenu de l'agriculture sans intermédiaire passe au moins de 10 à 20 pour cent.
Cette mention dans le projet aurait aussi l'avantage d'exercer une pression sur la grande distribution, qui domine les négociations et fixe les prix payés aux producteurs. Bien sûr, les filières de distribution traditionnelles resteront dominantes, mais le fait de rapprocher production et consommation permettrait davantage de transparence dans la formation des prix.
Le développement des circuits courts augmentera le revenu paysan lié à la vente des produits ainsi que la prise de conscience auprès de la population de la valeur de l'alimentation produite chez nous.
Le monde agricole se sent souvent stigmatisé alors que la responsabilité est partagée, de la fourche à la fourchette: production, transformation, distribution, consommation. Cette dernière peut avoir un pouvoir. Et il ne sert à rien de répéter que la demande influence l'offre pour que les choses changent. Cet argument de l'offre et de la demande a en effet ses limites. Les achats sont influencés par le marketing qui fonctionne très bien, merci. Le prix joue un rôle important, notamment quand on compare les produits indigènes et importés. La disponibilité de l'offre est décisive. Que l'offre durable devienne l'offre standard par des biais de marché semble tout à fait logique.
Pour que les habitudes de consommation évoluent massivement, il faut donc des impulsions. Et l'argument selon lequel il ne faut pas s'ingérer dans le marché ne tient pas, puisqu'on [PAGE 318] le fait constamment en politique agricole: l'Etat soutient la publicité, l'écoulement de certaines productions excédentaires, apporte son soutien en cas de coups durs. Ne soyons pas hypocrites.
La véritable question à se poser est: quelles sont les interventions souhaitables pour une agriculture suisse qui puisse vivre de son travail, qui produise en préservant la biodiversité et le climat, et pour un marché agroalimentaire qui offre des produits sains à des prix transparents? Dans une frange de la population, la prise de conscience a eu lieu. Je comprends bien que pour ces personnes il y ait de l'incompréhension face à la lenteur de nos réformes vers un système agroalimentaire plus durable. Les agriculteurs et agricultrices s'insurgent souvent contre le fait qu'ils ne portent pas seuls la responsabilité et que la passivité vis-à-vis du marché concourt à gonfler les marges des grands distributeurs. L'enquête de la Fédération romande des consommateurs et d'autres médias ont mis en lumière le problème. Une partie du monde politique demande plus de transparence. Très bien.
Ma minorité propose ici que la politique agricole mentionne ce marché alternatif et la nécessité de le promouvoir et de le faciliter. Cela aurait pu figurer dans plusieurs articles: dans les principes, dans les objectifs ou dans les instruments. J'ai fait plusieurs propositions en commission. J'opte ici pour maintenir cette proposition à l'article 2 alinéa 4 en lien avec les consommateurs et la qualité. Ce qui compte, à mon sens, c'est de pouvoir agir maintenant plus efficacement; il y a un moment de bascule possible, cela doit être facilité plutôt que d'espérer que cela vienne tout seul dans dix ans.
Economiquement, on peut donc mieux faire dans cette politique agricole et cette proposition y contribue.
Je compte sur les représentants des paysans de cette chambre, MM. Dettling et Nicolet notamment, et sur les autres aussi. Je vous remercie de soutenir, pour les familles paysannes comme pour la population, ma proposition de minorité.