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AB 343442

Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2024-09-11

Wortprotokoll

Monsieur le président, vous brandissez un Kägi-Fret sous mon nez et vous avez bien raison, car c'est exactement le sujet de mon postulat. Les aliments ultratransformés (AUT) sont des produits alimentaires fabriqués en recourant à des procédés industriels, à partir de denrées pauvres en nutriments, de produits industriels et d'additifs. Ils sont caractérisés par la présence d'ingrédients cosmétiques - qu'ils soient purifiés ou de synthèse - destinés à modifier le goût, la couleur, l'arôme ou la texture. Je cite quelques exemples: les sodas, les céréales du petit déjeuner des enfants, les biscuits, la charcuterie industrielle, les nuggets, les nouilles instantanées et j'en passe. Ces AUT sont quasiment tout le temps suremballés et ont pour base des denrées agricoles produites à l'étranger et à très bas prix. En moyenne, les AUT représentent un tiers de nos apports caloriques journaliers.

En parallèle, 2,2 millions de personnes en Suisse souffrent de maladies chroniques, ce qui représente 80 pour cent des dépenses de santé. Or, la moitié de ces maladies non transmissibles (MNT) sont liées au mode de vie et à l'alimentation. En outre, les études récentes montrent un lien croissant entre la consommation de ces AUT et les MNT comme le diabète, les maladies cardiaques et l'obésité. Je déclare mes intérêts, je suis présidente de l'association Diabète Vaud, l'association des patients diabétiques du canton de Vaud. Il y a une augmentation de 15 pour cent des risques de décès prématurés associés à une consommation élevée d'AUT, selon une étude de la revue "The Lancet" de 2023.

Les produits ultratransformés ont donc des conséquences documentées sur la santé, la nature, mais aussi l'agriculture. Par exemple, la maltodextrine issue du cracking du blé ou du maïs est très répandue dans la composition des AUT. Or, cet additif accélère l'assimilation du sucre dans le sang. Il est donc problématique pour les personnes diabétiques, qui y sont exposées quotidiennement sans le savoir. De plus, malheureusement, les AUT ne sont pas touchés par les recommandations alimentaires de la Confédération.

Par mon postulat, je demande un rapport sur les conséquences de la consommation des AUT en Suisse sur la santé, sur l'environnement et sur la production agricole suisse. Je demande également une série de recommandations. Mais le Conseil fédéral propose de le rejeter et je réfute ses arguments pour plusieurs raisons. Tout d'abord, la complexité à établir des liens clairs n'est, à mon avis, pas un argument suffisant pour retarder l'étude, car d'autres pays, comme le Chili ou le Mexique, ont mis en place des mesures. Il faut aussi une perspective nationale avec l'élaboration de recommandations spécifiques. Ensuite, l'impact sur l'environnement et sur l'agriculture est sous-évalué par le Conseil fédéral, puisqu'il reconnaît cet impact, mais ne prend pas en compte la production industrielle des AUT, y compris les emballages qui génèrent des quantités massives de déchets plastiques qui se retrouvent dans la nature et qui constituent une source importante de pollution marine et terrestre. Enfin, le Conseil fédéral dit que l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) publiera une étude sur les habitudes de consommation à la fin de l'année 2024. C'est très bien, car ce rapport complémentaire est nécessaire, mais il doit être accompagné de recommandations, et c'est pour cela que mon postulat doit être adopté.

J'ai parlé longuement de la santé et j'ai parlé de l'environnement. J'aimerais aussi revenir sur le fait que les AUT sont aussi un danger pour notre agriculture parce que cela occasionne une pression supplémentaire sur l'agroéconomie locale, qui est déjà sous tension. Les AUT en Suisse sont tous des produits importés, fabriqués en dehors de la Suisse, dans des conditions économiques et sociales qui ne sont pas du tout au niveau des standards actuels en Suisse. Ces ajouts de pauvres qualités nutritionnelles à l'alimentation sont vendus et instaurent une importante concurrence déloyale pour la production alimentaire en Suisse. Je rappelle que les importations de produits alimentaires représentent plus de 13 milliards de francs en Suisse.

En conclusion, l'orientation actuelle de la stratégie suisse de nutrition, qui met l'accent sur la réduction du sucre et du sel sans tenir compte du degré de transformation, est incomplète. Il est prouvé que les AUT ont des impacts sur la santé, sur l'environnement et sur l'agriculture. Et à ce titre, je demande que le Conseil fédéral s'engage dans ce domaine avec des recommandations qui accompagnent l'étude de l'OSAV à venir.