AB 351884
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2025-03-03
Wortprotokoll
La Suisse est un paradis pour l'industrie du tabac - comme Mme Crottaz l'a très bien présenté. Philip Morris, Japan Tobacco ou encore British American Tobacco ont pignon sur rue. Dans mon canton et dans ma ville de Lausanne, ces grosses entreprises influencent de manière majeure les politiques publiques, notamment parce qu'elles financent et sponsorisent des événements sportifs et culturels.
Si ces contributions peuvent ressembler à des dons philanthropiques presque désintéressés, l'analyse des documents internes de l'industrie démontre une autre réalité. Ces contributions généreuses sont, en réalité, des outils de relations publiques visant à tisser des liens avec la société civile, à redorer l'image de l'industrie du tabac et créer le sentiment d'être redevable à ces organisations. L'objectif est de créer un réseau d'alliés prêts à défendre les intérêts de l'industrie du tabac, qui sont inévitablement opposés aux mesures de santé publique. Ces documents, qui sont internes à l'industrie du tabac, révèlent que derrière la façade philanthropique se cache une stratégie d'influence bien orchestrée. Le lien entre ces dons et les intérêts commerciaux et politiques est clairement explicité par un responsable de Philip Morris qui appelle à "faire en sorte que nos contributions charitables soient guidées par nos objectifs commerciaux d'entreprises" en se basant sur le critère suivant: "Est-ce que ces dons vont nous aider politiquement?"
Ma proposition de minorité II vise, dès lors, à revenir à la proposition d'interdiction du parrainage et du sponsoring, qui est celle du Conseil fédéral. Je rappelle ici mon activité professionnelle: je suis codirectrice d'un événement culturel et je suis vraiment en pensée avec mes collègues des organisations culturelles qui, face à la baisse des financements publics et privés de leurs activités, espèrent bénéficier de l'argent de l'industrie du tabac. Mais le risque pour notre démocratie et pour la santé publique est trop grand. Je sais que l'industrie du tabac est un partenaire de travail très agréable, fiable, avec des gens motivés et professionnels, des gens qui ont du temps - on le leur donne -, des idées et des moyens pour prendre en charge les systèmes de parrainage. C'est bien pour cela que je n'ai pas confiance dans l'industrie du tabac. Je sais bien qu'elle met les moyens pour, justement, faire en sorte que ses contributions charitables soient guidées par des objectifs commerciaux.
Je donne un exemple d'une action guidée par cet objectif. On a découvert des "villages tabac" dans des festivals de musique - il y en a un très grand dans mon canton, par exemple, entre Genève et Lausanne. Les mineurs ne peuvent pas y entrer. Par contre, tout le monde sait bien que c'est un "village tabac". C'est une zone VIP intéressante et attirante pour de nombreux adolescents présents. Ces zones VIP sont pensées comme un lieu de privilèges, faisant ainsi de la consommation du tabac un privilège, un objet de désir. C'est en soi de la publicité et une technique pour attirer de nouveaux consommateurs et consommatrices, en particulier les jeunes.
Je vous demande de suivre ma minorité II et de revenir au projet correct du Conseil fédéral.
[VS]