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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-05

Wortprotokoll

Fin avril, le Conseil fédéral a communiqué son appréciation annuelle de la menace. Le texte débute par un titre fort anxiogène : "L'environnement politico-sécuritaire de la Suisse s'est encore détérioré". Il y est question, bien entendu, de la Russie et de la guerre menée par Poutine aux confins de l'Europe. Rappelons juste que les armées russes piétinent face à la modeste Ukraine. Il y est également question de la Corée du Nord qui fournit des hommes à la Russie pour se battre. Poutine peine en effet à recruter et refuse de décréter une mobilisation générale, car il sait qu'il s'agirait d'une mesure risquée et impopulaire qui pourrait soulever son peuple contre lui - il a encore en tête les souvenirs de l'Afghanistan et des manifestations des mères de soldats qui ont contribué à déstabiliser l'ex-URSS. Puis, on parle de la Chine, du Moyen-Orient et du Proche-Orient en ébullition, du Sahel qui pratique le dégagisme à l'égard de la France. Le rapport dresse donc un état des lieux des différentes zones déstabilisées du monde, des contrées fort éloignées de chez nous, en suggérant implicitement que ces situations menaceraient directement la Suisse.

Puis vient l'analyse concrète des menaces précises qui concernent la Suisse. Et là, rien de nouveau depuis longtemps : le terrorisme, l'espionnage, les attaques contre les infrastructures critiques, l'extrémisme violent, et encore un chapitre sur la prolifération NRBC pour parler des risques nucléaires représentés par la Corée du Nord, la Russie ou encore l'Iran. Rien de nouveau, juste des menaces bien réelles et connues, des risques contre lesquels soit on ne peut rien faire, par exemple la menace nucléaire, soit on ne fait rien réellement, en omettant d'investir dans les forces susceptibles de nous en prémunir ; la Suisse manque cruellement de milliers de policiers dans les cantons et au sein de Fedpol, sans oublier un Service de renseignement de la Confédération à la dérive et manquant de moyens.

En conclusion de ce rapport, on apprend que, à l'heure où les confrontations mondiales se multiplient, la Suisse reste relativement sûre et, surtout, qu'une attaque armée directe ou un attentat terroriste impliquant des moyens de destruction massive sont peu susceptibles de se produire en Suisse. Alors, avec ce discours anxiogène récurrent, jouerait-on à faire peur à notre population pour justifier des investissements militaires aussi démentiels qu'inutiles ?

On a pu lire dans le journal "24 Heures" du 24 mai 2025 les revendications d'officiers de chars qui plaident pour une défense terrestre massive. Ecoutez bien : 330 chars de combat, 550 chars de grenadiers, 188 obusiers, 125 mortiers ; plusieurs fois ce qui est prévu aujourd'hui. Selon le colonel EMG Muff, commandant d'un bataillon de chars, la demande des officiers se justifie par la situation actuelle en matière de politique de sécurité. D'autres voix réclament deux fois plus d'avions de combat : 72 F-35 au lieu de 36, vu les risques actuels.

A entendre les militaires, le DDPS et son nouveau conseiller fédéral - selon les récents propos exprimés à l'occasion de ses 50 premiers jours -, devant l'urgence de la situation sécuritaire du pays, chaque jour compte. Il faut renforcer sans délai la capacité de défense du pays. En tête des menaces encourues par la Suisse figure l'obsession de tous les militaires[NB]: une agression militaire conventionnelle du pays, la possible arrivée des chars russes sur le Rhin. Le risque ultime, totalement improbable et irréaliste, mais pour lequel ils proposent de mobiliser l'essentiel des moyens, alors que les véritables menaces sont ailleurs[NB]: les attaques cyber, le terrorisme, l'espionnage, la désinformation, les menaces à distance par le biais des missiles, les risques pour les populations en lien avec les événements climatiques.

Dans le programme d'armement 2025, le DDPS réclame en priorité de l'artillerie et la remise en état de chars d'assaut Leopard pour un total de 1,1 milliard de francs. Un investissement en prévision, répétons-le, d'un risque ultime, hypothétique, totalement improbable. Un investissement sans réflexion, sans prise en compte de la géographie et de l'histoire. Chers collègues, les chars russes ne vont pas envahir la Suisse. Poutine a des objectifs clairs : empêcher l'entrée de l'Ukraine dans l'Otan et s'assurer un accès aux mers chaudes avec la Crimée. Personne, à Moscou, ne rêve d'envahir la Suisse ou encore l'Europe.

Alors, acquérir de l'artillerie ? Pour détruire quelles cibles[NB]? Réparer les chars d'assaut[NB]? On a pu assister en direct, sur le front ukrainien, au sort que leur réservent les drones. Le char d'assaut est aujourd'hui un monstre fragile, devenu la cible de multiples destructeurs potentiels, outre les drones déjà cités[NB]: roquettes avec charge creuse, missiles, mines explosant au passage du char et l'immobilisant, ou encore cocktails Molotov. Les armes permettant de détruire ou de rendre un char d'assaut inopérant sont non seulement multiples et efficaces, elles ont en plus l'avantage d'être bon marché.

Nos priorités dans les investissements militaires doivent se reporter sur des armements en adéquation avec nos menaces réelles, telles la cyberdéfense et la défense sol-air, et sur le renforcement des forces de police et des moyens du service de renseignement, qui sont en première ligne face aux principales menaces d'aujourd'hui. Sans oublier tout ce qui peut concourir à protéger nos populations face aux caprices et aux forces de la nature. On s'en rend compte bientôt chaque jour.

Le groupe socialiste considère qu'il faut revoir la copie de ce programme d'armement 2025 et adoptera ses positions en fonction des débats, avec un refus clair du milliard supplémentaire pour de la munition.

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