preparatory:AB 363305
Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-09-22
Wortprotokoll
Permettez-moi de commencer mon intervention avec un extrait de la brochure officielle de la votation populaire du 21 mai 2000 sur les accords bilatéraux avec l'Union européenne, qui intégrait la libre circulation. Je cite[NB]: "Au vu de ce qui se passe dans l'UE, les craintes des comités référendaires de voir la Suisse être envahie par des ressortissants communautaires ne sont pas justifiées. L'expérience montre en effet que les migrations intercommunautaires demeurent limitées." Eh bien, Mesdames et Messieurs, les faits ont démenti cette affirmation. Depuis 2000, la Suisse a accueilli 1,8 million de nouveaux habitants, passant de 7[NB]204[NB]055 à 9[NB]097[NB]407 résidents au 5 septembre dernier.
89 pour cent de cet accroissement provient de la migration, il est vrai, essentiellement européenne et liée au travail. Si l'on regarde la période allant de 2001 à 2024, notre population a augmenté en Suisse d'environ 24 pour cent, contre [PAGE 1731] seulement 2 pour cent en Allemagne et environ 12 pour cent en France. C'est donc dire qu'à taille comparable la pression migratoire et démographique a été structurellement plus forte en Suisse, ce qui se voit immédiatement, dans les logements, les transports et les écoles.
Que les choses soient claires[NB]: cette attractivité reflète la santé de notre économie. Oui, la Suisse a besoin de main-d'oeuvre, mais jusqu'où peut-on pousser cette croissance sans basculer dans la surchauffe[NB]? Icare s'est brûlé les ailes pour s'être trop approché du soleil[NB]; gardons-nous d'en faire autant. Nous sommes un petit pays de 41[NB]285 kilomètres carrés. Ce territoire n'est pas extensible. On peut mieux l'aménager[NB]; on ne peut pas l'agrandir. Les conséquences sont très concrètes[NB]: les loyers s'envolent - l'Office fédéral du logement l'a d'ailleurs évoqué - avec plus 3 à 5 pour cent d'augmentation, les trajets s'allongent, les classes d'école débordent, les parcs sont grignotés.
Ce ne sont pas des graphiques, ce sont des vies. Mon canton, Genève, l'illustre chaque jour[NB]: 13[NB]094 habitants par kilomètre carré en moyenne, jusqu'à 29[NB]000 au centre-ville. Dans un espace si restreint, la rareté renchérit tout, à commencer par le logement. Se loger devient un luxe inaccessible pour de nombreux ménages. La mixité sociale recule, les personnes à bas revenus sont repoussées toujours plus loin et des quartiers entiers se fragilisent, nourrissant un sentiment de déclassement.
Alors, peut-on construire davantage[NB]? Selon les opposants, oui. Pour nous, la question c'est[NB]: mais où[NB]? La marge horizontale est épuisée, il reste alors la verticalité, des tours qui ne résoudront qu'une partie du problème. Se loger n'est qu'un besoin. Pour chaque nouvel arrivant, ce sont aussi des écoles à ouvrir, des transports à renforcer, des installations sportives à créer, des places de détention à prévoir. À ce rythme, nous n'avons plus de place pour absorber une immigration de l'ampleur de ces 20 dernières années. Faut-il alors revoir la LAT à la baisse et dézoner encore[NB]? Ce serait une fuite en avant. La diminution des terres agricoles couplée à l'explosion démographique a déjà fait passer notre autoapprovisionnement de 63,5 pour cent en 2000 à 52,8 pour cent en 2022. Dézoner davantage, c'est accepter une dépendance accrue aux importations alimentaires. On peut différer un trajet, mais on ne diffère pas un repas. Autre pression, souvent invisibilisée[NB]: les déchets. Leur volume suit la courbe démographique. Oui, le recyclage progresse, mais l'incinération augmente et il faut enfouir les mâchefers. À Genève, on s'apprête à sacrifier de bonnes terres pour les stocker pendant des décennies. Je ne parle même pas des déchets de chantier pour lesquels les sites manquent.
La croissance économique ne peut plus être l'unique boussole. Il faut aussi la qualité de vie, le respect des ressources, le maintien d'espaces naturels garant de la biodiversité. C'est exactement la réflexion que propose notre initiative[NB]: retrouver une pleine capacité de la gestion de l'immigration afin de décider du visage de notre pays, de la place de l'agriculture, de l'attractivité de nos paysages et, au fond, de la qualité de vie de la population. Notre message n'est pas celui de la fermeture, mais celui de la maîtrise et de la durabilité.
Je vous invite à recommander le soutien à l'initiative dont nous débattons, car, en définitive, la question est simple[NB]: voulons-nous être nombreux ou être heureux[NB]?