preparatory:AB 375946
Clivaz Christophe · Nationalrat · Wallis · Grüne Fraktion · 2026-06-08
Wortprotokoll
Au nom du groupe des Verts, et aussi en tant que nouveau président de l'association Sortir du nucléaire, je vais tenter de vous convaincre qu'autoriser la construction de nouvelles centrales nucléaires est à la fois inutile et contre-productif.
La stratégie énergétique 2050, validée par le peuple en 2017, a acté la sortie progressive du nucléaire et fixé l'objectif de 11,4 térawattheures d'énergie renouvelable, hors hydroélectricité, pour 2035. Cet objectif est déjà atteint aujourd'hui, soit 10 ans plus tôt que ce qui était prévu initialement, grâce en particulier à l'essor de la production photovoltaïque. Depuis, les conséquences de la guerre en Ukraine sur le marché de l'énergie ont amené notre Parlement à adopter la modification de la loi sur l'approvisionnement en électricité qui a revu très fortement à la hausse cet objectif[NB]: 35 térawattheures en 2035 et 45 térawattheures en 2050. Cette loi a été largement soutenue par la population en juin 2024. En parallèle, différentes lois visant l'accélération des procédures pour la construction d'installations d'énergies renouvelables ou l'adaptation du réseau électrique ont été élaborées ou sont en cours d'élaboration. Tant la loi sur l'approvisionnement en électricité que les différentes lois que je viens de citer n'ont pas encore déployé leurs effets puisque les ordonnances d'exécution viennent d'entrer en vigueur ou ne sont pas encore entrées en vigueur.
Si on regarde non pas du côté de la production, mais du côté de la consommation, on constate que cette dernière est restée stable ces 20 dernières années malgré l'augmentation importante de la population, du nombre de pompes à chaleur et des ventes de véhicules électriques. Du point de vue du groupe des Verts, on a tendance à exagérer l'augmentation attendue des besoins en électricité afin de faire planer le spectre d'une pénurie. Ceci est d'autant plus vrai que les économies d'énergie, pourtant la mesure la plus efficace et la moins chère, sont laissées de côté. On attend toujours la stratégie en la matière du Conseil fédéral. Monsieur le conseiller fédéral Rösti, vous vous engagez beaucoup pour augmenter la production d'énergie en Suisse, mais jusqu'ici, vous n'avez pratiquement rien fait en matière d'efficacité et de sobriété énergétique malgré les rapports de votre propre département montrant le potentiel important existant dans ce domaine.
En résumé, affirmer aujourd'hui que la stratégie énergétique 2050 est un échec et que le développement des énergies renouvelables ne fonctionne pas est tout simplement une information mensongère. C'est pourtant cette "fake news" qui s'impose progressivement dans le débat porté par le lobby nucléaire soutenu en sous-main par le lobby pétrolier et gazier qui a tout intérêt à propager le sentiment que la Suisse va manquer d'électricité. En créant de l'incertitude sur la sécurité de la planification et de l'approvisionnement énergétique, le lobby du fossile peut plus longtemps et plus facilement vendre du pétrole et du gaz. Le vrai gagnant du retour du nucléaire en Suisse, c'est bien le lobby de l'industrie fossile, dont M.[NB]le conseiller fédéral Rösti était l'ancien lobbyiste en chef. Non seulement le retour du nucléaire n'est pas une solution, mais il concurrence notre principal pilier énergétique, l'hydroélectricité. Selon une étude qui vient d'être publiée de la HES-SO Valais, l'ajout d'une nouvelle production nucléaire supprimerait systématiquement les prix spot de l'électricité, réduisant les périodes de prix élevés dont dépendent les opérateurs hydroélectriques. Ceux-ci pourraient ainsi subir des pertes de bénéfice annuelles approchant un milliard d'euros.
J'aimerais ici interpeller mes collègues bourgeois des cantons alpins[NB]: pourquoi êtes-vous prêts à rouvrir la porte du nucléaire et à porter ainsi préjudice à une économie hydroélectrique pourtant si importante pour nos communes et cantons de montagne[NB]?
Le nucléaire, c'est aussi poursuivre notre dépendance à l'uranium provenant d'États autoritaires ou instables comme la Russie ou le Kazakhstan. C'est encore prendre le risque d'un accident majeur, même si la mémoire collective a tendance à oublier Tchernobyl et Fukushima. Sans parler des déchets radioactifs pour lesquels nous n'avons toujours pas trouvé de solutions 57 ans après l'entrée en fonction de notre première centrale nucléaire.
Si vous souhaitez vraiment renforcer notre sécurité et notre indépendance énergétique, il ne faut pas miser sur un retour du nucléaire, qui n'amènerait aucun kilowattheure avant la deuxième moitié du siècle et qui, je le répète, n'est qu'une manière pour le lobby fossile de ralentir la transition énergétique. Il faut plutôt soutenir le développement des énergies renouvelables, de l'efficacité énergétique, des installations de stockage et des réseaux intelligents, ce qui permettra de couvrir l'ensemble de nos besoins en électricité, y compris en hiver.
Le groupe des Verts est toujours convaincu que la décision prise par le peuple en 2017 de ne pas autoriser la construction de nouvelles centrales nucléaires était judicieuse. Il propose de recommander le rejet de l'initiative populaire Stop au blackout et s'oppose au contre-projet.
Nous sommes bien sûr prêts à lancer le référendum.