preparatory:AB 377655
Berli Rudi · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2026-06-17
Wortprotokoll
Je vais défendre aujourd'hui la non-entrée en matière sur l'accord de libre-échange avec le Mercosur. Notre chambre s'apprête à se prononcer sur cet accord et je veux appeler chacun des membres de cet hémicycle à prendre un instant pour se questionner sur les conséquences réelles de nos choix.
Certes, le Mercosur, à lui seul, ne fera pas sombrer la paysannerie suisse. À lui seul, le Mercosur ne déforestera pas l'entier de la forêt amazonienne. À lui seul, le Mercosur ne fera pas exploser les maladies liées à la malbouffe dans nos pays. La nature, l'agriculture et notre peuple sont résilients. Ils résisteront face à ces politiques qui, décennie après décennie, placent le profit de quelques-uns au-dessus de l'intérêt commun. Non, les profits générés par une levée des barrières douanières avec les États du Mercosur n'accroîtront ni la richesse de la population suisse ni son bien-être. Soyons réellement patriotes et défendons ceux qui doivent l'être. Ceux qui, par leur travail, façonnent nos paysages. Ceux qui, par leur dévouement, veulent offrir à la population une alimentation saine et respectueuse de l'environnement. J'ai nommé les paysans et les paysannes suisses.
S'il ne s'agissait que du Mercosur, passe encore. Mais ce nouveau traité s'inscrit dans une longue lignée, de ceux conclus avec l'OMC à l'accord agricole avec l'Union européenne, en passant par les accords avec la Chine, l'Indonésie, l'Inde, le Chili et dans quelques instants, probablement, avec la Malaisie. Voter pour le Mercosur, ce n'est pas simplement consentir à 1000 tonnes de poulet, 3000 tonnes de boeuf et 50 000 hectolitres de vin en provenance d'Amérique du Sud. Contrairement aux promesses répétées du Conseil fédéral durant les négociations, il s'agit de contingents supplémentaires qui franchiront nos frontières. En clair, ils s'ajouteront aux contingents OMC déjà en place. Des mois durant, notre gouvernement nous a assurés qu'il n'en était rien. Et, surprise, peut-être par amateurisme, par négligence ou par une volonté tactique insidieuse, notre Parlement est désormais mis devant le fait accompli. C'est inacceptable.
On veut nous vendre des contreparties. Vous en avez tout à l'heure accepté le principe. C'est certain, un système alimentaire durable ne sera pas gratuit. Il faudra revaloriser la nourriture. Mais les agricultrices et les agriculteurs de ce pays ne veulent pas d'une aumône. Nous ne demandons pas des subventions pour masquer notre propre disparition. Comme tous les citoyens, nous voulons simplement vivre dignement de notre travail grâce à des prix justes. Le temps est venu de résister, car il s'agit du traité de trop. Il s'agit de l'affront de trop. Nous devons résister face au mépris sans limite des milieux économiques qui sacrifient nos terres et nos vies sur l'autel du profit.
À travers l'agriculture, c'est la question de la souveraineté de la nation tout entière qui se pose. C'est notre capacité même à relever les défis de notre siècle, à faire face aux crises sociales, environnementales et géopolitiques. Le temps est venu d'avoir le courage de dire non[NB]; un autre futur est possible, exigeant une Suisse résiliente, consciente des équilibres fragiles de la biodiversité et du climat, une Suisse qui ose enfin adopter un modèle de production et de consommation en adéquation avec les réalités de notre époque. Pour rester fort, pour rester souverain et pour offrir la plus belle version de la Suisse aux générations futures, il y a des choix qui comptent. Celui-ci en fait partie. Ne nous trompons pas, car c'est ici que nous écrivons l'histoire. Qui d'entre nous ira expliquer à ses enfants, à ses petits-enfants que la Suisse comme nous l'aimons tant n'est plus, que nous avons consenti à brader ce qui faisait sa beauté et à affaiblir ceux qui travaillent avec passion pour l'intérêt général[NB]? Ce Parlement doit faire fi des logiques partisanes et sauver ce qui peut encore l'être. Notre terre a une valeur inestimable. Ce ne sont pas quelques dixièmes de points du PIB qui pourront dédommager les générations présentes et futures de cette interminable fuite en avant. Avec le Mercosur et les traités de libre-échange avant lui, c'est notre âme que nous perdons. Entendez la voix du peuple suisse qui dit non[NB]! Entendez la voix des paysans sud-américains qui disent non[NB]! Entendez l'appel de la forêt amazonienne et des peuples autochtones dont l'habitat est dévasté, qui disent non[NB]!
Faisons preuve de courage, de clairvoyance et de bon sens. Opposons-nous à ce traité sorti tout droit d'un autre temps, car il ne fera qu'aggraver la dépendance de la Suisse aux marchés. Défendre la Suisse, ce n'est pas démanteler son modèle agricole. Cette chambre doit entendre raison et voter non. Croyez-moi, les femmes et les hommes qui vivent de la terre, avec à leur côté les mouvements écologistes, les syndicats et de nombreuses ONG, ne laisseront pas passer le Mercosur. En cas d'adoption, nous vous donnons rendez-vous dans les urnes pour un référendum, que nous comptons gagner.