preparatory:AB 48244
Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2004-12-15
Wortprotokoll
Si je gagnais le gros lot à la loterie, c'est clair, je ne le refuserais pas. Je considère que les vendeurs de billets sont des vendeurs de rêves, et je n'y trouve rien à redire, tant le jeu fait partie de la vie. Toutefois, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur un certain nombre de réalités et sur les désastres que peuvent engendrer notamment les loteries électroniques dans les établissements publics.
L'étude du bureau BASS sur la pathologie du jeu en Suisse qui vient de paraître a confirmé nos craintes. Selon cette étude, 70 pour cent des joueurs réguliers pratiquent le jeu en dehors des casinos, et 64 pour cent des machines à sous ne se trouvent pas dans les maisons de jeu, mais dans les bars, dans les restaurants et autres lieux publics.
Si dès avril 2005, ces machines devront être évacuées des bistrots, conformément à la loi sur les maisons de jeu, il est fort probable qu'elles seront remplacées par des loteries électroniques et autres jeux d'argent déguisés en jeux d'adresse.
Depuis 1999, en Suisse romande, et bientôt en Suisse alémanique, de nombreux appareils électroniques ont fait leur apparition dans les établissements publics. La Loterie romande a prévu d'en installer 700, transformant les bistrots en mini-casinos infiniment plus nombreux que les maisons de jeu.
Les effets de ce type d'appareils sont très différents des loteries traditionnelles. La hauteur des gains possibles, qui va jusqu'à 50 000 francs, l'accessibilité, la rapidité du jeu et l'immédiateté de la réponse, tous ces éléments confèrent au Tactilo un potentiel de dépendance beaucoup plus grand. Leurs utilisateurs n'ont rien à voir avec les doux rêveurs qui achètent leur billet chaque semaine, et rien non plus avec les flambeurs des casinos. C'est une sorte de toxicomanie [PAGE 2123] de l'ombre, silencieuse, sans panache, mais finalement aussi sans espoir. En Suisse, on estime le nombre des accros du jeu entre 33 000 et 78 000 personnes. C'est nettement plus que le nombre de toxicomanes dépendants de drogues dures.
En Suisse romande, les joueurs excessifs de Tactilo constituent le 50 pour cent de la clientèle des centres de traitement et leur nombre a explosé ces trois dernières années. Interrogés par le bureau BASS, les joueurs en traitement, y compris ceux qui ne mettent jamais les pieds dans un casino, avouent avoir régulièrement perdu entre 50 et 100 pour cent de leur revenu mensuel et avoir ainsi contracté des dettes considérables, entraînant divorce, perte d'emploi, délinquance ou dépression. Alors, que faire?
La loi sur les maisons de jeu prévoit des mesures de prévention à la charge des exploitants de casinos, des mesures qui peuvent aller jusqu'à l'exclusion des joueurs. Rien de tel dans la loi sur les loteries. Personne n'est chargé de prévention et en tout cas pas les tenanciers de cafés-restaurants dont on nous a dit en commission qu'ils touchaient assez d'argent avec le Tactilo pour payer le loyer de leur établissement.
De plus, personne ne manifeste beaucoup d'empressement à condamner ces machines, du moment que les bénéfices encaissés - qui avoisinent les 100 millions de francs par an, rien que pour la Loterie romande - profitent aux activités sportives, culturelles et sociales.
Personnellement, j'aurais souhaité qu'on sorte purement et simplement les Tactilo des bistrots pour les mettre dans des lieux moins accessibles, voire carrément dans les maisons de jeu. Cela m'amenait à avoir de la sympathie pour l'initiative parlementaire Baumann J. Alexander, mais j'ai refusé de lui donner suite, parce que je n'ai pas envie d'être l'otage du bras de fer entre les loteries et les maisons de jeu.
La majorité de la commission a préféré une motion en version "soft". Le groupe des Verts s'y rallie, du moins provisoirement, car elle constitue une sorte de jalon.
En conclusion, je voudrais souhaiter que tous ceux qui profitent de cette manne dont notre collègue Vaudroz vient de parler, sachent qu'elle ne tombe pas du ciel, mais qu'elle est tirée de la poche des joueurs, et peut-être de la poche de ceux-là mêmes qui ne bénéficient jamais des prestations financées par la loterie!