AB 73209
Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2006-09-28
Wortprotokoll
J'aimerais tout d'abord souligner à titre de remarque préliminaire qu'il est pour moi hautement symbolique que nous débattions de ce sujet ici à Flims, puisque nous sommes dans une région périphérique, précisément dans ce type de région qui bénéficie de la politique régionale. D'aucuns ont voulu placer cette session sous le signe de la cohésion nationale et, effectivement, ce projet s'inscrit dans une perspective de cohésion nationale, mais aussi de cohésion sociale et économique. Il est peut-être aussi intéressant de rappeler rapidement que c'est lors d'une autre session décentralisée, celle de Lugano, que nous avions décidé de proroger l'arrêté Bonny.
Pour en venir au fond, je ne vais pas ouvrir ici une longue polémique avec mon excellent collègue Remo Gysin. J'aimerais toutefois lui dire qu'à mon sens, il est faux, et même totalement faux, d'opposer les grandes villes aux régions défavorisées, aux régions périphériques. On nous dit que 75 pour cent de la population de ce pays vit dans les villes, et certains souhaitent peut-être que cette proportion monte encore. On peut toutefois se demander si, du point de vue de l'occupation du territoire, de l'environnement, ce serait une bonne chose. J'aimerais aussi rappeler ici, pour ne prendre qu'un exemple, que, de tout temps, le canton du Jura a été parmi les principaux appuis de l'aéroport de Bâle-Mulhouse parce que nous, habitants de ce canton, considérons que c'est aussi notre aéroport et qu'il n'y a donc pas de raison d'opposer les uns aux autres.
En ce qui concerne plus spécialement le projet: certains dans le passé, et dans un passé encore récent, se sont gaussés de l'efficacité des différents instruments de la politique régionale. Sous certains aspects, celle-ci mérite certes d'être modifiée, améliorée, corrigée. Mais je considère que, dans l'ensemble, cette politique a fait ses preuves. Pour ne vous donner qu'un exemple, j'aimerais rappeler que l'arrêté Bonny, qui est né dans la foulée de la crise horlogère et de la crise textile des années 1970, a permis de maintenir ou de créer plus de 20 000 emplois dans ce pays. Plus de 20 000 emplois, ce n'est pas rien. Pour donner une image, cela correspond à la moitié de la ville de La Chaux-de-Fonds, c'est le double des habitants de Delémont, c'est la moitié de Lugano et c'est grosso modo la ville de Coire. Alors, il s'agit de savoir si oui ou non nous voulons que ces villes vivent encore à l'avenir.
Comme je l'ai dit, on a corrigé sur quelques points la philosophie de cette politique régionale. Je pense que dans son avant-projet, le Conseil fédéral avait pris un mauvais chemin et qu'il mettait par trop l'accent sur la compétitivité, presque exclusivement sur celle-ci. Je n'ai rien contre cette notion, mais je crois aussi qu'ici, il ne faut pas opposer la compétitivité à la politique régionale, ni opposer la compétitivité à la nécessité de lutter et d'atténuer les disparités entre les différentes régions du pays. Une chose est absolument claire: quelle que soit la conjoncture économique, qu'elle soit haute ou basse, il y aura toujours des différences structurelles entre les grands centres et les régions périphériques. Pour vous le démontrer, je vous donne en exemple la Vallée de Joux qui a subi terriblement la crise horlogère. Elle a bénéficié à plusieurs reprises de l'arrêté Bonny, mais cela ne l'a pas empêchée d'abriter sur son territoire trois des sept ou huit plus prestigieuses entreprises horlogères, non seulement de ce pays, mais de la planète.
En résumé, au nom du groupe socialiste, je vous invite à entrer en matière sur ce projet de loi et à soutenir les différentes propositions de minorité sur lesquelles nous reviendrons.
J'aimerais encore juste faire une remarque par rapport à ce qu'a dit Monsieur Favre. Comme lui, je considère que la nouvelle politique régionale et la péréquation financière sont des instruments complémentaires. Ceci dit, je n'aimerais pas que dans l'application de cette complémentarité, on pénalise les régions défavorisées, notamment celles qui utiliseront l'instrument des allègements fiscaux.