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preparatory:AB 184647

Berset Alain · Bundesrat · Freiburg · 2015-06-09

Wortprotokoll

En réalité, la motion Freysinger aurait pu avoir un autre contenu, prévoir des mesures plus efficaces pour tenir compte de la marge de manoeuvre de la Suisse dans ce domaine. Il aurait été envisageable, par exemple, de déposer une motion pour réclamer que la Suisse utilise tous les moyens possibles sur plan international, dans le cadre des organisations internationales, pour s'engager pour l'interdiction du "shark finning", cette pratique qui consiste à sectionner des ailerons de requins vivants. Cela aurait pu être une possibilité d'agir concrètement, qui nous aurait encouragés et soutenus dans les travaux que nous réalisons. La motion n'est pas rédigée ainsi. Je relève que cette pratique est évidemment cruelle, irrespectueuse des animaux et qu'il s'agit de l'interdire. Mais interdire la pratique est une tout autre affaire qu'interdire l'importation. Je précise que la Suisse s'engage là où c'est possible sur le plan international pour aller dans cette direction.

Nous sommes confrontés à une motion qui prévoit autre chose: interdire l'importation d'ailerons de requin. Nous avons dû constater que, bon an, mal an, il n'y avait pas d'importation d'ailerons de requin en Suisse, donc qu'une interdiction d'importation serait purement symbolique. Quand je dis qu'il n'y a pas d'importation d'ailerons de requin en Suisse, je déclare que - et cela ne simplifiera pas le débat -, en 2014, l'Administration fédérale des douanes a annoncé l'importation de 250 kilogrammes d'ailerons de requin. Après avoir vérifié en détail les déclarations des douanes, on s'est aperçu que la tarification était une erreur, car il s'agissait en fait de filets de requin et non pas d'ailerons. A la position tarifaire, il est très exactement indiqué "tranches de requin". Il ne s'agit donc pas d'ailerons de requin, mais bien de filets de requin. La preuve qu'il s'agissait vraiment de tranches et de filets de requin, et non d'ailerons de requin, c'est le prix au kilogramme, qui était de 4,30 francs, alors que l'on sait que le prix du kilogramme d'ailerons de requin est un multiple de celui du filet de requin. Oui, Monsieur Cramer, je vous donne volontiers quelques explications sur le prix du requin sur le marché. Que voulez-vous, être conseiller fédéral mène absolument à tout. (Hilarité)

En ce qui concerne l'offre des restaurants maintenant. Il est apparu, en faisant une recherche assez simple, que trois restaurants, en Suisse romande, proposaient des produits à base d'ailerons de requin. Avec l'office fédéral compétent, nous avons mandaté les chimistes cantonaux concernés pour procéder à des vérifications. Nous avons reçu les résultats des analyses dans ces trois établissements et il ressort qu'il y a eu à chaque fois tromperie sur la marchandise. Il ne s'agissait pas d'ailerons de requin, mais d'autre chose. Nous avons donc demandé aux restaurateurs de bien vouloir changer l'intitulé de leurs plats pour ne pas tromper les clients sur la marchandise, parce qu'effectivement, il ne s'agissait pas d'ailerons de requin. Tout cela pour dire qu'il n'y a pas d'importation d'ailerons de requin en Suisse, qu'à notre connaissance, on n'en consomme pas. Il pourrait y en avoir dans des soupes, mais nous ne pouvons pas le savoir. Nous n'avons pas d'indices qui montrent que les ailerons de requin sont importés et consommés en Suisse, ou alors ils le sont illégalement et toutes les interdictions du monde n'y changeront rien. Mais nous n'avons pas non plus d'indices qui vont dans ce sens.

C'est sur le plan international qu'il faut agir et avec des organisations régionales de pêche qui s'engagent dans la gestion de la pêche. Des pays ont interdit la capture de requins vivants à seule fin de leur sectionner les ailerons, le "shark finning". Une telle interdiction en Suisse n'aurait pas de sens, parce qu'à ma connaissance, il n'y a non seulement pas d'importation d'ailerons de requin en Suisse, mais il n'y a pas non plus de requins dans nos lacs, même dans les lacs transfrontaliers. L'interdiction de cette pratique en Suisse n'aurait donc pas de sens non plus. [PAGE 459]

Je crois que ces exemples et la discussion montrent qu'en effet, la question est importante, qu'en effet ce système de pêche est scandaleux, absolument cruel et irrespectueux des animaux, et qu'il faudrait aboutir clairement à une interdiction de la pratique et qu'en effet nous nous engageons dans ce domaine. Cependant, créer une interdiction en Suisse pour une importation de produits qui ne sont pas importés, à la seule fin de donner un signal, serait un peu à la limite de l'absurde.

J'aimerais vous inviter à prendre acte de notre engagement sur le plan international, là où nous le pouvons, pour faire valoir la position de la Suisse dans ce domaine, puisque nous considérons que c'est ainsi qu'il est juste d'agir, et à suivre la majorité de votre commission et le Conseil fédéral qui vous proposent de rejeter cette motion.