13.1052 · Question · 2013-06-21
Département des affaires étrangères
Liquidé
Wortlaut
Le 22 avril 2013, alors qu'ils se rendaient en Syrie pour tenter de faire libérer deux prêtres catholiques, l'archevêque syro-orthodoxe d'Alep Mor Gregorios Yohanna Ibrahim et l'archevêque gréco-orthodoxe d'Alep Iskenderun Boulos Yazigi ont été brutalement enlevés à quelques kilomètres de la frontière turque, sur un territoire contrôlé par des groupes insurgés contre le président Assad. Les deux évêques à la tête de la province ecclésiastique représentent également les minorités chrétiennes syriennes. On ignore tout de leur sort depuis leur enlèvement. Les troubles civils qui affectent la Syrie et les persécutions dont sont victimes les minorités chrétiennes du pays (destruction et profanation de lieux de culte, dont la cathédrale de Constantin, selon la presse du 19 juin) m'incitent à poser les questions suivantes au Conseil fédéral :
1. Quelles démarches la Suisse entend-elle entreprendre pour faire libérer les deux archevêques ?
2. Ne serait-il pas opportun que la Suisse fassent valoir ses "bons offices" auprès des États proches de la Syrie (Turquie, Liban, Arabie Saoudite, Qatar et Jordanie) afin d'aboutir à la libération des deux otages ?
3. La Suisse a-t-elle informé les organisations internationales (ONU, UE, Conseil de l'Europe, etc.)?
4. Ne faudrait-il pas également impliquer le Saint-Siège ?
5. Quelles mesures entend-elle adopter (si ce n'est déjà fait) afin de protéger les minorités chrétiennes en Syrie (environ 10 % de la population)? Quid par exemple de la lettre adressée le 26 avril 2013 au DFAE et aux présidents des Chambres fédérales par la communauté araméenne syriaque en Suisse ?
Stellungnahme des Bundesrates
1. Le DFAE est représenté auprès du "Groupe de travail Islam" (GTI) de la Conférence des évêques suisses, depuis la création de cette commission, en 2001. Celle-ci a pour vocation de favoriser l'échange et le dialogue entre chrétiens et musulmans, en Suisse et à l'étranger, et plus particulièrement dans le monde arabe. Dans ce contexte, des rencontres ont été organisées, notamment en Syrie, Jordanie, Iran et au Liban, réunissant des responsables de différentes communautés religieuses, rencontres qui ont pu être réalisées avec l'aide et le soutien actif des représentations suisses sur place. Les deux archevêques d'Alep ont été des acteurs de ce dialogue, lors de la visite de cette commission suisse en Syrie, il y a quelques années. Et dès qu'a été connue la nouvelle de leur enlèvement en avril 2013, le GTI s'est mobilisé, par le biais de Monseigneur Markus Büchel, président de la Conférence des évêques suisses, afin de demander la libération immédiate des deux évêques syriens kidnappés et, par la même occasion, de dénoncer les violences perpétrées contre les chrétiens en Syrie.
2. Dans un contexte de guerre civile, comme celui que la Syrie vit actuellement, les enlèvements, prises d'otages et disparitions forcées augmentent de manière inquiétante. Dans un tel contexte, l'offre de bons offices ne garantirait pas la libération des personnes enlevées, ni ne préviendrait la récurrence de ce genre d'actes. Le Conseil fédéral estime que le meilleur moyen d'endiguer la spirale des violences est de poursuivre notre engagement pour une solution politique globale, qui réponde aux aspirations légitimes de l'ensemble de la population syrienne.
3. Non, la Suisse n'a pas annoncé le fait auprès d'organisations internationales. On notera toutefois que la commission d'enquête du Conseil des droits de l'homme a fait mention de la prise d'otage des deux archevêques d'Alep dans son rapport du 4 juin 2013 (A/HRC/23/58 - para. 75).
4. Le Saint-Siège, par la voix du pape François, a annoncé le 24 avril 2013 qu'il suivait d'ores et déjà cette affaire avec attention.
5. Le Conseil fédéral est conscient des conséquences difficiles que fait peser la guerre civile sur la population syrienne en général, et sur la minorité chrétienne en particulier. Toutefois, dans un contexte de guerre civile de plus en plus empreint de luttes confessionnelles, une action particulière de la Suisse envers une communauté religieuse ou une minorité, pourrait se révéler contre-productive. Par ailleurs, depuis la fermeture de son ambassade à Damas le 29 février 2012 pour des raisons de sécurité, les possibilités pour la Suisse de fournir une assistance directe sur le territoire syrien sont limitées. La Suisse est en contact avec de nombreuses associations, y inclues des associations des minorités chrétiennes au Proche et au Moyen-Orient. Depuis le début du conflit en mars 2011, l'engagement de la Suisse se monte à 30 millions de francs. Au vu de la gravité de la situation dans la région, le DFAE a annoncé, le 7 juin 2013, que 20 millions de francs supplémentaires seraient débloqués pour l'aide humanitaire en faveur des populations touchées. La Suisse soutient différentes organisations internationales et organisations non-gouvernementales nationales et internationales, et mène des actions directes en faveur des réfugiés syriens, notamment dans le nord du Liban et en Jordanie. En outre, elle détache des experts suisses auprès d'agences de l'ONU, afin de les soutenir dans des domaines tels que l'eau et l'hygiène, l'hébergement ou l'aide en espèces. La Suisse s'engage aussi pour le dialogue humanitaire.
Réponse du Conseil fédéral.