Brunner Christiane · Ständerat · 2001-03-15
Brunner Christiane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2001-03-15
Wortprotokoll
Monsieur le Président de la Confédération, la réponse du Conseil fédéral n'a pas dû peser très lourd dans votre serviette en venant jusqu'à Lugano. Pourtant, le projet de suppression de la douane-poste à Genève pose de sérieux problèmes.
Premièrement, il y a le problème de l'emploi. Même s'il y a d'autres places vacantes à la Poste à Genève, ces places ne requièrent pas nécessairement les mêmes qualifications et Genève reste un canton plus fortement touché par le chômage que les autres cantons.
Deuxièmement, il y a un problème de politique régionale. Encore une fois, on regroupe des activités importantes des services publics vers la Suisse alémanique. On supprime le centre genevois et on conserve ceux de Zurich et de Bâle, alors qu'une grande partie du trafic du centre de douane postale à Genève correspond justement à l'activité économique déployée en Suisse romande. Notamment toute l'horlogerie haut de gamme et la bijouterie utilisent ces services-là en appréciant leur proximité et leur efficacité, sans compter d'ailleurs le reste de l'industrie genevoise et vaudoise, en particulier en ce qui concerne les composants électroniques et les pièces détachées.
Troisièmement et surtout, il y a le problème de garantir la qualité des services qui doit être un des principes fondamentaux de la poste en tant que service public. Bien sûr, le Conseil fédéral me répond très gentiment qu'il est d'avis qu'il convient de prendre en compte tous ces principes, mais cela reste une assurance au niveau des grands principes. Ensuite, les entreprises publiques font ce qu'elles veulent au niveau de la mise en pratique de ces grands principes.
Les personnes concernées, les partenaires sociaux, les milieux économiques intéressés et le Conseil d'Etat du canton de Genève se sont préoccupés de la situation. Finalement, après quelques interventions, la Poste a daigné entreprendre une séance commune avec ces différents acteurs. Et l'impression qui s'en est dégagée, c'est que la Poste a déjà tout décidé et qu'elle n'écoute ni n'entend ses différents partenaires. Ceux-ci sont mis tout simplement devant un fait accompli. J'en veux pour preuve qu'aujourd'hui même, une séance a été convoquée avec le personnel touché à la poste de Montbrillant pour discuter notamment de la perte de ces emplois à Genève. Donc, aujourd'hui même, le jour où mon interpellation est mise à l'ordre du jour, on entreprend déjà des démarches concrètes avec les personnes concernées. De surcroît, à cette séance, on a refusé la participation des représentants élus du personnel. Ces représentants ont été élus comme comité d'action dans cette situation de crise et seul un représentant syndical, secrétaire central de Berne, a été admis en tant que partenaire social. Je le connais, il est très bien, je n'ai rien contre, mais les gens sur place connaissent peut-être mieux la situation que le représentant venant de Berne.
En fait, Monsieur le Président de la Confédération, tout le monde attend de la direction de la Poste, tout d'abord, une véritable transparence dans la prise de décision.
Deuxièmement, on attend que les décisions soient prises sur la base d'un vrai dialogue, et pas seulement en agissant au coup par coup, avec des faits accomplis.
Troisièmement, tout le monde attend la garantie du maintien des prestations, c'est-à-dire des décisions qui sont prises et présentées dans leur ensemble pour garantir le maintien des prestations, et non pas des décisions prises les unes après les autres. Il nous faut un vrai concept, élaboré de A à Z, pour pouvoir donner la garantie des prestations.
Je comprends bien sûr que le Conseil fédéral réponde que les entreprises publiques doivent optimiser leurs prestations. J'ai à ce propos une petite anecdote à vous raconter, qui, je pense, n'est pas apparue dans la presse suisse alémanique. L'ambassade du Japon a envoyé ses meilleurs voeux, avec un calendrier très beau pour la nouvelle année que personnellement j'ai reçu à fin février. Alors, je me suis dit: "Tiens, c'est comme en Chine: ils ont le nouvel an plus tard, et ils envoient leurs voeux plus tard." Or, ce n'est pas le cas. En fait, ces calendriers se sont promenés un peu dans toute la Suisse, parce qu'ils avaient un format spécial et, par conséquent, ils ont été distribués deux mois après.
Alors, optimiser, ça veut quand même dire que l'on garantit, au moins, les mêmes prestations qu'à l'heure actuelle. Et si les bijoux et les montres haut de gamme se mettent eux aussi à aller d'un coin à l'autre de la Suisse, avant de pouvoir aboutir là où ils devraient, je crois que ce ne serait pas une véritable optimisation des prestations!