John-Calame Francine · Nationalrat · 2011-03-01
John-Calame Francine · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2011-03-01
Wortprotokoll
Bien que le FMI ait été créé pour éviter que ne se reproduise la crise économique des années 1930, force est de constater que l'organisation n'a pas été en mesure d'empêcher l'avènement de la crise financière actuelle qui affecte le monde entier. Se pose alors la question de savoir si le FMI ne devrait pas être réformé en profondeur afin qu'il devienne plus performant. Hier, nous avons eu un débat sur l'efficacité de l'aide publique au développement et sur les mesures à envisager pour instaurer une politique d'aide axée sur les résultats. Qu'en est-il des performances du FMI? Est-ce que les pays qui font appel à ses prestations s'en sortent mieux que ceux qui négocient leurs dettes directement avec leurs créanciers, comme l'Argentine l'a fait en 2005?
Les objectifs du FMI sont parfaitement définis: il a pour missions de promouvoir la coopération monétaire internationale, de veiller à la stabilité financière internationale, de faciliter le commerce international, de susciter de nouveaux emplois et une croissance durable, ainsi que de faire reculer la pauvreté dans le monde.
Alors, qu'observe-t-on en matière de résultats? Des inégalités sociales en augmentation, toujours en faveur des classes les plus aisées et au détriment des personnes les plus vulnérables! Les récentes manifestations en Grèce et en Irlande sont là pour nous rappeler cette dure réalité, sans parler de la révolution en marche dans le Maghreb, initiée par des jeunes qui rêvent certes à l'instauration de la démocratie dans leur pays, mais aussi à un avenir économique plus équitable.
Ces dernières années, les banques occidentales ont cherché le profit à court terme, ont pris des risques inconsidérés et, lorsqu'elles ont rencontré des problèmes, ont fait appel aux collectivités publiques pour leur venir en aide. Pourtant, dans ce Parlement, on nous répète à l'envi qu'il n'y a que les règles du libre marché pour réguler efficacement le monde des affaires. Nous avons la preuve qu'il n'en est rien!
Suite à cette débâcle bancaire, les gouvernements n'ont eu d'autre choix que d'aider leurs banques en difficulté, ce qui a eu pour conséquence d'augmenter les montants des dettes publiques dans des pays qui, jusque-là, contrôlaient relativement bien leur taux d'endettement. Par effet domino, ces mêmes pays ne parviennent plus à rembourser leurs dettes qui arrivent à échéance. Ils sont acculés et n'ont d'autre solution que de faire appel au FMI, à la Banque mondiale ou à la Banque centrale européenne pour trouver une solution à leurs problèmes d'argent.
Certes tous les pays ne sont pas en difficulté pour les mêmes raisons, mais pour ce qui est de l'Islande ou de l'Irlande par exemple, on sait que ce sont leurs banques privées qui les ont conduites dans la situation désastreuse qu'elles connaissent aujourd'hui. Que leur propose le FMI pour améliorer leur sort? Des coupes drastiques dans la formation, dans les dépenses sociales et de santé, ainsi qu'une baisse du salaire des fonctionnaires, car les prêts du FMI sont soumis à des ajustements budgétaires extrêmement stricts.
L'Espagne, qui a des banques plutôt bien gérées, risque bien de devoir aussi faire face aux difficultés programmées de ses caisses d'épargne qui, pour s'assurer des profits à court terme, ont prêté de l'argent de manière inconsidérée à des personnes ou des entreprises qui n'ont pas les moyens d'assumer leurs crédits.
Que dire de la Grèce, qui a préféré couper dans ses dépenses sociales plutôt que de diminuer son budget militaire! Le gouvernement grec a été mis sous pression par les autorités françaises et allemandes qui voulaient garantir leurs exportations d'armes. Pourtant le FMI n'a rien trouvé à redire à cela, bien au contraire. Les prêts consentis à la Grèce par le FMI et les pays de l'UE servent à payer des dettes contractées notamment envers la France et l'Allemagne.
En fait, les énormes dettes privées d'aujourd'hui risquent de se transformer en dettes publiques demain, comme cela s'est déjà produit ces trois dernières années dans plusieurs pays. Or, l'augmentation de la dette publique est utilisée comme argument par les gouvernements pour adopter des plans d'austérité qui se font systématiquement au détriment des dépenses sociales et des populations les plus pauvres. Cela n'est plus supportable!
Jusqu'à présent le FMI n'a pas trouvé de majorité au sein de ses pays membres pour modifier les règles du jeu en matière de finances internationales, car il n'y a aucune volonté d'opérer des changements de fond pour garantir une meilleure stabilité financière à long terme et pour diminuer la pauvreté durablement. C'est regrettable, mais c'est ainsi et nous en prenons acte.
En conclusion, les Verts doutent que l'augmentation de notre contribution permette au FMI d'atteindre les buts qui lui ont été fixés, raison pour laquelle les différents arrêtés qui nous sont soumis n'ont pas trouvé de majorité en leur faveur au sein de notre groupe.