Rossini Stéphane · Nationalrat · 2011-03-17
Rossini Stéphane · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-03-17
Wortprotokoll
L'histoire des politiques de solidarité dans ce pays et ailleurs est très claire. Jamais les progrès sociaux, que ce soit dans le domaine de la protection du travail - domaine auquel appartient la question que nous discutons aujourd'hui, à savoir celle des vacances -, de la santé, des assurances sociales mais aussi de la formation ou de la politique familiale - pour ne prendre que quelques exemples parmi d'autres - n'ont été offerts à la population. Ils ont toujours été conquis de haute lutte par des mouvements sociaux et après des débats politiques. C'est donc ce que nous faisons aujourd'hui.
Cette initiative s'inscrit dans cette logique et dans cette perspective. Pour les détenteurs du pouvoir économique, ce n'est évidemment pas le moment - d'ailleurs ce n'est jamais le moment! - de considérer un progrès social quand bien même, ces dernières décennies, les transformations des modes de production ont généré des modifications fondamentales dans l'organisation du travail. Ces modifications, qui ont pour nom production en flux tendu et flexibilisation, horaire annualisé, salaire au mérite, contraintes liées aux démarches de qualité ou de certification ou encore nécessité d'adaptation des compétences - notamment par la formation continue, souvent aux frais des personnes concernées -, ont apporté, outre leurs effets positifs, qu'il ne s'agit pas du tout de dénigrer, leur lot de conséquences néfastes pour les travailleurs. Stress, mobbing, précarité des emplois, explosion du nombre de cas d'invalidité pour des raisons psychiques, inégalités de revenus et "working poor", problèmes de santé sur la place de travail sont des réalités.
Les durées du travail hebdomadaires plus élevées en Suisse que dans bien d'autres pays, notamment pour les travailleurs âgés, accompagnent un très fort accroissement de la productivité et de notre richesse. Augmentation de la productivité, augmentation de la richesse: ces deux éléments, qui sont positifs, découlent aussi de ces contraintes imposées aux travailleurs. Malheureusement, contrairement à ce qui vient d'être dit par ma préopinante, tous ne sont pas des employés privilégiés ayant la chance d'avoir des conditions, je dirai, hors normes et généreuses.
Les vacances font donc partie intégrante d'une conception durable et qualitative de l'économie. Ce n'est pas un cadeau, c'est un élément essentiel de satisfaction au travail et de maintien de la capacité de production. Ce n'est pas le social contre l'économie, contrairement à ce qu'on essaie de nous faire croire, c'est tout simplement une juste répartition des profits entre l'économie et les travailleurs.
Le travail use, les inégalités socioprofessionnelles ne frappent plus simplement les métiers physiquement pénibles, mais désormais toutes les professions. On ne devient plus simplement usé au travail avec un mal de dos, on le devient aussi dans nos banques, dans nos assurances. Par conséquent, la revendication de 6 semaines de vacances n'est pas exagérée, elle est en adéquation avec l'évolution des modes de production, de la productivité, des richesses, mais aussi avec l'évolution des attentes légitimes des travailleurs dans les différentes entreprises.
Je crois que l'augmentation de la charge de travail est démontrée, tout comme l'est celle des coûts de la santé au travail. Par conséquent, il vaut la peine de franchir ce pas vers davantage de repos pour celles et ceux qui font la richesse de ce pays. Ce progrès social ne coûterait rien et il apporterait beaucoup aux entreprises grâce à un personnel satisfait et dont le travail est reconnu.