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Rime Jean-François · Nationalrat · 2011-03-17

Rime Jean-François · Nationalrat · Freiburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2011-03-17

Wortprotokoll

Permettez-moi tout d'abord de déclarer mes liens d'intérêts. Je suis le propriétaire de trois entreprises qui occupent environ 100 personnes et qui sont toutes liées par des conventions collectives de travail. Comme président d'une association de branche, je négocie aussi ces conventions collectives.

Lorsque j'entends ce débat, j'ai l'impression qu'il y a, comme toujours ou comme souvent, deux clans dans ce conseil. Il y a ceux qui considèrent que le travail est une punition divine; Madame John-Calame nous a même dit que c'était à cause du travail que les gens se droguaient - pour ma part, j'ai plutôt l'impression que c'est contraire! Et il y a quand même des gens qui considèrent que le travail est une obligation sociale, et beaucoup de gens considèrent qu'ils peuvent se réaliser dans leur travail.

Comme vous le constatez, ce domaine de la législation sur le travail et des conventions collectives ne m'est pas du tout inconnu. Il y a plus de quinze ans que je négocie les clauses d'une convention collective de branche, et je dois dire avec une certaine satisfaction que les négociations ont toujours abouti. Et je négocie en principe avec les mêmes syndicats que les autres branches! C'est pourquoi je considère que cette sorte de partenariat social est une des bases importantes du succès et de la situation de notre pays.

C'est pourquoi je vous demande de dire non à cette initiative populaire pour les raisons suivantes.

Il y a le problème des coûts: on sait pertinemment qu'une semaine de vacances supplémentaire, c'est environ 2 pour cent de charges salariales en plus. En plus, ceux qui, parmi vous, suivent un peu l'évolution du cours des monnaies auront constaté ce matin que l'euro vaut de nouveau environ 1,25 franc, que le dollar s'échange pratiquement à 90 centimes. Et vous imaginez bien que pour nos entreprises exportatrices et autres aussi, qui sont en concurrence avec des industriels étrangers, cette situation ne va rien simplifier.

De plus, je constate très souvent en parlant avec mes employés, mais aussi en parlant avec les secrétaires syndicaux, que la plupart des personnes sont bien plus sensibles au problème du salaire qu'à ceux des horaires et des vacances.

Lorsqu'on a révisé la loi sur le travail au noir, on a aussi pu voir que les vacances ou les horaires raccourcis favorisaient, dans certains cas, le travail au noir, voire permettaient à certains employés, souvent étrangers, d'avoir deux jobs - ils travaillent la journée et le soir ils vont faire des nettoyages dans des bureaux. Je serais peut-être le dernier à reprocher aux gens d'avoir envie de travailler pour améliorer leur situation, mais enfin je crois que ce n'est en tout cas pas pour atteindre ce but qu'on voudrait donner des jours de vacances supplémentaires, si j'écoute les arguments de la gauche.

La flexibilité nous permet aussi d'avoir une situation exceptionnelle au niveau du chômage - sauf erreur, les derniers chiffres font état d'un taux d'environ 3,6 pour cent, ce qui est en comparaison internationale, vous le reconnaîtrez, une situation enviable - et aussi d'avoir un niveau de vie qui est quand même enviable: il suffit de voir combien de personnes d'Europe ou d'ailleurs veulent venir travailler en Suisse.

Je considère donc que les conventions collectives de travail sont le moyen le plus adapté pour régler ces problèmes de partenariat social; elles tiennent compte des branches, de la pénibilité du travail, des différences ville-campagne. Bien sûr, un travailleur pendulaire qui met tous les jours trois heures en train ou en voiture pour aller à son travail n'a pas les mêmes conditions qu'un travailleur qui habite à la campagne et qui met, comme chez nous, dix minutes pour aller à la maison et qui rentre à la maison tous les jours à midi pour manger avec ses enfants.

Enfin, je crois qu'avec des jours de vacances supplémentaires, vous ne simplifiez pas la tâche des gens qui travaillent dans les micro-entreprises, des entreprises de deux à trois personnes; vous leur posez de grands problèmes d'organisation.

Je terminerai en disant, comme industriel, qu'une des réactions possibles à ce genre de mesure, c'est d'investir, d'acheter des machines et de supprimer un poste de travail, les machines n'ayant pour l'instant pas encore droit à 6 semaines de vacances par an.

Pour toutes ces raisons, comme le Conseil fédéral et comme votre commission, je vous prie de dire non à cette initiative.