Hêche Claude · Ständerat · 2011-03-16
Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-03-16
Wortprotokoll
Cela a été rappelé par le rapporteur: depuis deux ans, voire plus, la situation n'a pas évolué. On peut même dire que dans ce dossier on tourne en rond; les arguments qui prévalaient à l'époque sont toujours valables aujourd'hui. Aussi, j'ose croire et espérer que l'avis de la majorité de ce conseil n'a pas changé. Les arguments relatifs à la sécurité routière et à la protection de la nature restent en "pole position" par rapport aux raisons sportives et aux nombreuses incertitudes économiques.
Dès lors, permettez-moi de réfuter quelques arguments de l'auteur de l'initiative qui ne tiennent pas tout à fait la route. Premièrement, il serait faux de croire qu'un tel circuit ouvrirait des possibilités d'utilisation recelant un fort potentiel économique, offrant ainsi à une région ou plusieurs des perspectives de croissance durable. Dans le domaine des sports motorisés, notre marché intérieur est restreint. De plus, les retombées économiques et la rentabilité économique d'une telle infrastructure sont à relativiser fortement.
Le nombre de Grands Prix de moto ou de formule 1 ne peut augmenter indéfiniment. Par exemple, les écuries ne peuvent pas participer à trop de courses. Aujourd'hui déjà, elles passent une bonne partie de l'année à se déplacer d'un circuit à l'autre et elles ne peuvent guère en faire plus.
D'autre part, avec certaines interdictions publicitaires - je pense en l'occurrence au tabac -, notre pays, à l'instar de ce qui se passe ailleurs en Europe, n'offre plus les conditions idéales. Ce sont des régions comme l'Amérique latine ou l'Asie qui intéressent maintenant les professionnels. [PAGE 278]
Toujours par rapport à l'aspect économique, et comme Monsieur Bieri l'a également rappelé tout à l'heure, notre industrie liée au marché de l'automobile est florissante - comme elle l'a prouvé - et s'est développée depuis longtemps, cela sans aucun circuit à disposition.
Deuxièmement, abordons l'apport touristique d'un circuit. Avec comme principal slogan "La Suisse, tout naturellement", notre politique touristique et surtout son succès se basent bien plus sur les beaux paysages intacts, la découverte de la nature et la qualité de vie que sur les manifestations sportives, surtout motorisées. Notre pays peut donc continuer de se passer d'un éventuel flux touristique qu'amèneraient d'éventuelles compétitions.
Troisièmement, sur le plan écologique, en plus de constituer une source de pollution importante tant au niveau atmosphérique que sonore, la construction et l'exploitation d'un circuit représenteraient un empiètement énorme au niveau de l'aménagement du territoire. Or, dans notre pays urbanisé, avec de moins en moins de zones vertes, il est pratiquement certain que les terrains choisis pour l'implantation des circuits augmenteront encore la pression, notamment sur les terres agricoles.
Enfin, le soutien à l'initiative parlementaire enverrait un mauvais signal, qui irait dans le sens inverse des efforts déployés par notre pays et des préoccupations de notre population pour la protection du climat et de l'environnement. Au passage, il faut également avoir à l'esprit les décisions que nous avons déjà prises dans le sens du développement durable et plus particulièrement celles que nous venons de prendre concernant la loi sur le CO2.
En définitive, malgré le fait que les sports automobile et moto soient plaisants, la levée de l'interdiction des courses sur circuit dans notre pays serait un non-sens écologique et social, voire économique. J'aimerais insister là-dessus: sachant que la réalisation d'un circuit demandera immanquablement un investissement d'argent public, il y a véritablement lieu de faire une pesée d'intérêts et de définir nos priorités.
Pour toutes ces raisons, je vous invite à ne pas donner suite à l'initiative parlementaire.