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Beck Serge · Nationalrat · 2001-06-08

Beck Serge · Nationalrat · Waadt · Liberale Fraktion · 2001-06-08

Wortprotokoll

Nous avons envie de dire qu'une nouvelle fois, le marchand d'illusions pacifiste frappe à la porte de Dame Helvétie pour lui vendre une vision réductrice de l'humain et de ses comportements. La copie de l'homme nouveau qui devait naître du communisme nous est proposée sous la forme "relookée" d'une maquette qui pourrait paraître séduisante de l'être humain.

Mais le problème de cette initiative est la question de l'échelle. Les initiants nous proposent - j'espère que nos collègues tessinois ne m'en voudront pas - une "melidisation", une vision réductrice de l'homme et des raisons qui le poussent à la violence.

Si seulement, Mesdames et Messieurs, les conflits n'étaient provoqués que par des injustices! Et, dans ce cas encore, conviendrait-il d'établir une définition objective et universelle de la justice. Pourtant, tout observateur qui prend la peine d'ôter ses lunettes idéologiques, lorsqu'il examine le comportement humain, constate que par exemple, la cupidité, la jalousie, la soif de pouvoir, l'intolérance, l'endoctrinement politique, ethnique ou religieux sont des sources de conflits plus fréquentes que l'injustice, même si celle-ci, avérée ou fabriquée, est un moteur de mobilisation des forces violentes.

La vision réductrice des causes de conflits présentée par les initiants n'est pas acceptable. L'injustice n'est pas la cause des conflits qui ravagent ou ont ravagé par exemple l'Irlande du Nord, Monsieur Cuche, et là il n'y avait pas de problèmes de moyens de vie, pas de problèmes de manque d'eau. De même pour le Timor. Je crois que les exemples pourraient être plus nombreux. Elle n'est pas non plus, l'injustice, la cause de conflits qui ravagent ou ont ravagé l'Afghanistan, l'Irak et le Koweit. Lorsque l'injustice est à la base d'un conflit comme celui du Moyen-Orient, par exemple, la communauté internationale, qui a parfois fondé elle-même les injustices, échoue, sous la pression des intérêts économiques et stratégiques des nations et des lobbies, à rétablir la paix.

L'homme nouveau, même repeint aux couleurs du pacifisme, n'existe pas. Un grand nombre d'entre nous sont de la génération qui a vu le jour après la Deuxième Guerre mondiale et à qui l'on a répété, et qui ont répété eux-mêmes: "Jamais plus, plus de massacres systématiques, plus d'épuration ethnique." Pourtant, ce qui était inimaginable, en tous les cas en Europe pendant quarante ans, s'est produit en juillet 1997, à 1000 kilomètres de chez nous, à Srebrenica où l'on a massacré 7000 à 8000 personnes, devant un bataillon de l'ONU en armes, paralysé par les intrigues des cabinets ministériels occidentaux.

Y a-t-il plus épouvantable et plus flagrante démonstration que la répétition incantatoire, pendant des décennies, de regrets et d'amendements pour les égarements passés, ne transforme pas l'homme, qui reste soumis à des instincts violents que les phénomènes de groupe et de masse exacerbent?

La prévention de la violence passe par la connaissance mutuelle des groupes sociaux, ethniques, linguistiques entre eux. Les initiants le disent. Cependant, ils ignorent de manière méprisante le rôle fondamental de liant de la cohésion nationale qu'a joué jusqu'à ce jour la conscription obligatoire et l'armée de milice de notre pays. La cohésion, la connaissance et le respect mutuels, malgré la diversité des caractéristiques des citoyens de ce pays, doivent beaucoup au partage de la "boîte de singe", sous la pèlerine d'assaut, entre le directeur de banque, le paysan de montagne et l'enseignant issus de cantons de langues et de religions différentes. Ce n'est pas une image d'Epinal et, en tous les cas, c'est une image moins trompeuse que celle de l'homme nouveau, ceint de rameaux d'olivier.

Nous aurons, après le rejet de cette initiative par le peuple, l'occasion de revenir, dans le débat sur "Armée XXI", sur le rôle structurant essentiel de l'armée de milice pour la cohésion nationale. L'armée, la formation militaire sont garantes de la prévention des pires excès lors des conflits. Les initiants sont-ils aveugles pour ne pas voir que les pires atrocités sont commises, lors de conflits, par des mouvements de populations civiles armées à la va-vite et manipulables à merci? Regardons le Congo, le Timor oriental, l'ex-Yougoslavie et soyons lucides pour voir que le simple déguisement de soldats ne témoigne pas d'une formation militaire.

Aujourd'hui, nous devons dire aux initiants: "Nous avons compris votre message. Nous savons que 2 à 3 pour cent du corps électoral souscrivent à votre illusion, ce qui nous vaudra de continuer à voter tous les cinq à dix ans sur la suppression globale ou par tranches de l'armée. Mais il ne suffit pas que vous répétiez incessamment une conception erronée pour qu'elle devienne adéquate." Une analyse réaliste des défis et des confrontations d'intérêts au sein de la communauté planétaire postulent que nous nous engagions davantage pour la paix et pour remédier aux conséquences des conflits. Et là, nous nous retrouvons avec M. Cuche: une armée de milice performante est un des moyens adéquats pour prévenir et remédier aux conséquences des conflits. Nous avons à l'engager davantage encore dans ce domaine, et les moyens prônés par les initiants ne sont que des moyens complémentaires à une telle action.

C'est la raison pour laquelle, au nom du groupe libéral, nous ne pouvons que vous inviter à suivre la proposition de la majorité de la commission et à rejeter l'initiative populaire.