Hodgers Antonio · Nationalrat · 2012-05-31
Hodgers Antonio · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2012-05-31
Wortprotokoll
Le groupe des Verts ne souhaite pas, pour des raisons environnementales, augmenter les capacités routières de la Suisse. C'est pourquoi, d'une manière générale, notre groupe reste sceptique au sujet des cinq compléments au réseau des routes nationales proposés par le Conseil fédéral. Pour deux d'entre eux, le Glatttal et Morges-Ouest, aucun financement n'est prévu, et l'on peut légitimement se poser la question de l'utilité de mentionner dans la loi des tronçons de route qui n'ont pas de financement.
Le groupe des Verts est dans une position difficile pour évaluer certains de ces projets. Je vais prendre l'exemple des projets romands, ceux de Morges-Ouest, du Locle et de La Chaux-de-Fonds. Tout à l'heure, Madame la conseillère fédérale Leuthard a dit qu'il fallait penser aux régions périphériques qui ont besoin du transport automobile, contrairement aux villes et aux agglomérations qui ont elles plus besoin de transports publics. Mais ces trois tronçons - Morges-Ouest, Le Locle et La Chaux-de-Fonds - sont des évitements de villes. Ce sont des bouts de route qui desservent des villes. D'ailleurs, le canton de Neuchâtel ne s'y trompe pas: dans sa brochure, il parle d'"évitement du Locle et de La Chaux-de-Fonds". Le but est de préserver les villes. Donc on voit bien qu'il s'agit d'investissements qui servent aux villes. Ce sont des agglomérations de plus de 10 000 habitants, ce sont donc des villes. On peut dès lors se demander s'il ne vaudrait pas mieux investir cet argent dans le développement des transports publics, vu que l'on parle de régions densément peuplées.
Maintenant, notre difficulté est la suivante: la demande du canton de Neuchâtel, plus précisément du Locle et de La Chaux-de-Fonds, et celle des Vaudois au sujet de Morges-Ouest, qui consistent à dire: "Nous voulons améliorer la qualité de vie de nos concitoyens à l'intérieur de nos villes", sont légitimes. Il est normal que les gens qui habitent dans les zones urbaines soient protégés le plus possible du trafic routier. Mais, en même temps, construire un tronçon d'autoroute va forcément densifier le trafic, attirer davantage de voitures vu qu'elles circuleront plus facilement - on sait bien que, quand on construit des routes, il y a plus de voitures; c'est bien l'offre qui crée la demande, Monsieur Français.
A partir de là, comment évaluer l'impact environnemental global d'une situation par rapport à une autre? Et c'est là, Madame la conseillère fédérale, qu'à l'avenir, il serait vraiment utile pour le Parlement que ces projets d'autoroutes ou de routes complémentaires soient évalués d'un point de vue environnemental de manière complète. Aujourd'hui, il y a juste une petite phrase générale qui dit que les conditions des habitants s'en trouveraient améliorées. Mais les Verts demandent clairement qu'il y ait une évaluation de l'impact énergétique, de l'impact en matière d'émissions de CO2, en matière de bruit, en matière de protection du paysage, et qu'on puisse dire: "Oui, ce projet de route amène une plus-value environnementale pour cette région." Et, ma foi, s'il y a un impact en matière d'émissions de CO2 qui est peut-être réduit selon la teneur de la proposition de la minorité Nordmann parce qu'on ferme un bout de route lorsqu'on en ouvre un autre et qu'on se retrouve avec des équilibres énergétiques et environnementaux qui seraient cohérents sur la base de ces dossiers routiers, nous pourrions accepter ces tronçons.
Aujourd'hui, cette analyse, on ne l'a pas. C'est pourquoi les Verts restent très sceptiques sur l'adoption de ces projets routiers. Ils demandent vraiment qu'à l'avenir, ces évaluations environnementales puissent être faites par les cantons, que les cantons qui s'engagent à des mesures d'accompagnement quand ils déposent ces projets ne se limitent pas à faire des promesses, mais que ces engagements soient formalisés auprès de la Confédération. Ils demandent cela afin qu'on ne se retrouve pas, comme aujourd'hui, dans une situation où l'on vote des crédits et puis, dans quelques années, les cantons feront ce qu'ils voudront dans les villes en matière d'aménagement et l'on ne pourra dès lors plus évaluer l'impact environnemental réel de ces ouvrages supplémentaires que l'on aura votés.
C'est dans cet état d'esprit de scepticisme que le groupe de Verts soit s'opposera, soit s'abstiendra sur ces projets de contournements routiers proposés pour la Suisse romande en particulier, et pour la Suisse en général.