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Maire Jacques-André · Nationalrat · 2012-06-14

Maire Jacques-André · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-06-14

Wortprotokoll

Comme le relèvent bien les deux interpellations urgentes, les turbulences monétaires et les incertitudes économiques et financières dans toute la zone euro ont des conséquences importantes pour notre pays qui, qu'on le veuille ou non, est bien un pays d'Europe.

Les secteurs économiques qui sont les plus touchés - cela a été dit, je peux passer là-dessus - sont bien entendu l'industrie d'exportation, le tourisme, mais aussi les banques. Ces secteurs subissent les influences négatives de deux ordres: d'une part, le ralentissement conjoncturel international, qui provoque une baisse de la demande et, d'autre part, la surévaluation du franc qui provoque, elle, des difficultés au niveau monétaire.

Si la diminution de la demande touche pratiquement tous les secteurs, le problème des taux de change, lui, touche de façon différenciée les secteurs économiques. J'aimerais juste relever ici, à l'adresse de Monsieur Blocher qui disait tout à l'heure qu'il suffirait pour certaines entreprises de changer de produits, que ce n'est pas aussi simple que cela. Si la chimie ou encore les produits de luxe sont beaucoup moins sensibles aux taux de change, l'industrie des machines qui produit des biens d'équipement est, elle, très sensible à ces problèmes.

Tout le monde, ou presque - et je m'en réjouis -, s'accorde ce matin à relever le côté très positif de l'introduction, par la Banque nationale, du taux plancher de l'euro à 1,20 franc. Toutefois, il faut bien admettre que ce taux plancher, qui reste bien entendu une nécessité absolue dans le climat actuel, reste trop bas. Cela a été dit, ou en tout cas sous-entendu, par certains de nos collègues actifs dans le milieu industriel: aujourd'hui, avec ce taux-là, le coût de la main-d'oeuvre suisse en comparaison internationale est très élevé. Les experts s'accordent à dire que le coût de cette main-d'oeuvre a augmenté de 40 pour cent ces deux ou trois dernières années uniquement à cause des problèmes de taux de change. Bien sûr, dans un premier temps, la plupart des entreprises ont pu s'adapter à cette réduction des marges bénéficiaires, mais cette situation n'est pas supportable à moyen et long terme. Il faut donc aujourd'hui constater que le ralentissement qui commence à se faire sentir - et cela nous a été confirmé par Monsieur Wandfluh - et qui concerne de façon malheureusement très forte l'industrie des machines et de sous-traitance provoque aujourd'hui des annonces de chômage partiel. Personnellement, je viens de l'Arc jurassien où plusieurs entreprises ont déjà annoncé pour la rentrée d'août la réintroduction du chômage partiel. La réserve de 500 millions, qui a heureusement été constituée au niveau de l'assurance-chômage, risque malheureusement d'être utilisée très rapidement.

Plus grave - j'aimerais insister sur ce point-là et je vous demande encore deux minutes d'attention -, il y a des velléités de la part de certains responsables d'entreprises de délocaliser des activités de production à l'étranger. C'est cela le danger le plus réel: entrer dans un mouvement de désindustrialisation rampante qui provoquerait à moyen et long terme un fort affaiblissement de notre place industrielle. Nous devons tout entreprendre pour soutenir l'économie réelle et pour éviter une telle évolution, qui conduirait à appauvrir le savoir-faire extraordinaire qui fait notre force aujourd'hui.

Dans ces conditions, le groupe socialiste demande donc que le Conseil fédéral et la Banque nationale, dans leurs sphères de compétence respectives - il ne s'agit pas de mélanger les genres -, apportent un soutien déterminé, plus déterminé encore qu'aujourd'hui. Dans ce sens nous appelons de nos voeux une élévation progressive du taux plancher - pas d'un coup bien entendu, cela provoquerait des effets indésirables - afin de s'approcher de la parité et de redonner aux entreprises des avantages concurrentiels qu'elles ont perdus. C'est dans cet esprit-là que nous appelons le Conseil fédéral et la Banque nationale à agir.

Par ses réponses aux interpellations, le Conseil fédéral nous a rassurés, en nous rappelant qu'il y avait des organes de veille qui peuvent, fort heureusement, fonctionner comme organes de gestion de crise. Je crois que tant le Conseil fédéral que la Banque nationale ont besoin aujourd'hui d'un clair, fort et très large soutien politique, parce que nous sommes dans un domaine où les émotions, mais aussi le manque de confiance peuvent provoquer des dégâts très importants. Dans ce sens, il est totalement inconscient de lancer des messages tels que nous avons pu les lire dans une certaine presse ces derniers jours. On peut appeler tous les partis à une unité nationale pour soutenir les efforts qui sont faits, mais nous demandons encore d'amplifier ces efforts. [PAGE 1167] Nous demandons plus de détermination, des mesures encore plus courageuses pour soutenir en priorité nos entreprises d'exportation, de sous-traitance ainsi que le tourisme.

[VS]