Lachat François · Nationalrat · 2001-06-14
Lachat François · Nationalrat · Jura · Christlichdemokratische Fraktion · 2001-06-14
Wortprotokoll
Permettez-moi et souffrez qu'en premier lieu, je souligne l'excellence du rapport sur la politique extérieure 2000 et qu'ainsi, je félicite et je remercie notre ministre des affaires étrangères et toute son équipe.
Ce rapport, cela a été dit tout à l'heure par M. Zbinden, rapporteur de langue allemande, est la suite logique de celui de 1993. Il est aussi la concrétisation de la nouvelle Constitution fédérale, dont l'ensemble des buts a été donné tout à l'heure aussi, je n'y reviendrai pas. Finalement, ce rapport a le mérite de ne pas figer l'avenir et de relativiser notre capacité autonome.
La politique extérieure suisse doit ainsi s'accommoder d'un champ de tensions entre le besoin d'un cadre conceptuel et d'objectifs clairs, d'une part, et l'imprévisibilité de l'ensemble des comportements humains, qu'ils soient individuels ou collectifs, d'autre part. C'est pourquoi les valeurs qui servent de fondement à notre politique extérieure doivent devenir beaucoup plus lisibles.
J'ajouterai qu'un Etat doit être plus que jamais en mesure de sauvegarder ses intérêts dans un cadre multilatéral ou supranational. Il s'agit là d'un moyen, mais en aucune manière d'un but en soi. Ne cachons pas, et d'ailleurs le rapport ne le fait pas, que les divergences d'intérêts qui peuvent apparaître dans la conduite de notre politique extérieure existent. Car si celle-ci est une politique d'intérêts, à savoir sauvegarder l'indépendance et la prospérité de la Suisse, elle doit aussi s'orienter sur la base de principes éthiques. C'est ainsi qu'il s'agit de concilier des intérêts économiques avec l'objectif d'un monde plus juste et plus pacifique. En d'autres termes, sauvegarder les intérêts de notre pays et notre capacité d'être responsable internationalement, cela s'impose.
Il est donc normal que, dans le court terme, il y ait tension, j'irai même jusqu'à dire affrontement, entre le Département fédéral des affaires étrangères et le Département fédéral de l'économie ou entre le SECO et la DDC ou, si vous préférez, la Division politique IV, l'arbitrage revenant tout naturellement au gouvernement.
Par ailleurs, il est parfaitement clair, et nous en sommes persuadés, que sur le long terme l'économie et le commerce ont tout à gagner à travailler dans un monde plus juste, dans un monde plus démocratique, dans un monde plus libre et plus pacifique. L'antinomie que j'ai soulignée, si elle est évidente à court terme, n'existe tout simplement pas si l'on regarde un peu plus loin.
Le rapport qui nous occupe est clair et précis. Le Conseil fédéral n'entend pas donner une nouvelle orientation à notre politique extérieure et le groupe démocrate-chrétien salue cette permanence. Mais ce rapport souligne très clairement, plus fortement même, une ligne. Outre le fait que notre pays s'engagera plus encore dans la promotion de la paix, dans le renforcement de sa politique humanitaire, dans la défense des intérêts économiques, notamment à travers le soutien aux petites et moyennes entreprises, le Conseil fédéral a défini, après le Sommet de Rio, la réalisation temporelle de son objectif en matière d'aide au développement, à savoir y consacrer 0,4 pour cent du produit intérieur brut aux environs de 2010, ce qui signifie, il faut le souligner, environ 100 millions de francs supplémentaires par an. Notre groupe salue cet engagement.
Que vous dire de plus, dans le brouhaha général, sans tomber dans la redite et la rodomontade, si ce n'est que dans une démocratie rien n'est jamais coulé comme une colonne Vendôme, à savoir qu'aucune votation, aucune élection ne fige définitivement ou à tout jamais l'histoire, fondement de l'avenir. On pourrait ainsi et alors donner la longue liste des réformes, je n'en citerai que quatre, qui n'auraient jamais été réalisées dans notre pays: l'AVS, le droit de vote des femmes, la TVA et actuellement l'assurance-maternité.
Voyez-vous, il y a exactement 2059 ans, Divico et ses Helvètes étaient battus par César et rentraient chez eux, ce qui n'a aucunement empêché la Suisse de s'étendre en direction de l'Ouest malgré tout.
Et que dire de Marignan, commémoré par une médaille de François Ier, où il fit inscrire: "J'ai vaincu ceux que seul César avait battus"? William Martin d'ailleurs notera qu'ainsi "la Suisse va offrir le spectacle prodigieux d'un organisme jeune encore, arrêté net dans son développement et qui se cristallise". Donc, une seule question s'impose ici: avons-nous, oui ou non, encore de l'ambition pour notre pays?
Ma deuxième et dernière remarque: Si le rapport du Conseil fédéral constate que, si les questions globales dépassent, et de loin, la capacité individuelle des Etats d'y répondre, nous aimerions savoir où en est la proposition de la Commission de politique extérieure de doter l'Organisation mondiale du commerce d'une assemblée parlementaire, ceci afin que les gouvernements ne conduisent pas seuls ce pan extrêmement important de notre politique extérieure.
Sur cette question, je m'interromps en vous recommandant très chaleureusement de prendre acte du rapport du Conseil fédéral en l'approuvant, comme l'ont fait les deux tiers de la Commission de politique extérieure.