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Tornare Manuel · Nationalrat · 2012-09-27

Tornare Manuel · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-09-27

Wortprotokoll

Déposée par la Jeunesse socialiste suisse en mars 2011, l'initiative populaire "1:12 - Pour des salaires équitables" vise à limiter, comme vous le savez, l'écart entre les salaires les plus élevés et les plus bas en Suisse. Pour les raisons qui suivent, le groupe socialiste soutient sans équivoque cette initiative populaire.

Ces derniers temps en Suisse - il faut bien le dire - comme ailleurs, certains patrons continuent à s'offrir des salaires et des bonus qui sont clairement démesurés, indécents, comme l'avait fait observer Monsieur Levrat. Je le cite: "Malgré la rigueur de la crise, la mentalité de self-service sévit toujours, comme si rien ne s'était passé."

A titre d'illustration, voici quelques chiffres actuels que certains ont déjà énoncés ici: en 2011, le rapport entre le niveau salarial de la direction de 41 grandes entreprises suisses et le segment le plus bas était, en moyenne, de 39 à 1. La même année, dans deux de nos sociétés vedettes, Novartis et Nestlé, le rapport entre le salaire le plus élevé et le salaire le plus bas s'élevait à 266 et à 215 respectivement.

Pour les socialistes suisses, restreindre la différence entre les revenus est tout d'abord une exigence de justice sociale, une question de décence et de bon sens. A cet égard, la modification constitutionnelle envisagée par l'initiative représente un outil particulièrement efficace. Par exemple, elle entraînerait une augmentation automatique des salaires minimaux, ce qui toucherait environ 11 pour cent des travailleurs et des travailleuses de ce pays. En cas de hausse des salaires, toutes et tous participeraient au succès de [PAGE 1750] l'entreprise. De plus, l'adoption de l'initiative assurerait une transparence complète pour ce qui est des salaires dans notre pays. Grâce à cette initiative, l'image écornée de la Suisse - et on a beaucoup parlé de cornes hier dans le débat sur la politique agricole! - serait corrigée. Cette initiative protégerait efficacement les employés contre les discriminations salariales, plus spécifiquement les femmes, dont la rémunération est aujourd'hui jusqu'à 20 pour cent inférieure à celle des hommes.

Cependant, l'initiative touche à des questions qui dépassent le registre de la justice sociale. En effet, force est de constater qu'une divergence continue des salaires risque de menacer sérieusement la cohésion de notre société et aussi la démocratie directe. Tout à l'heure, j'ai entendu beaucoup de collègues essayer de définir ce qu'est la cohésion sociale dans ce pays.

Mais je vous pose la question: quand il y a tant de disparités salariales dans notre pays, comment peut-on parler de cohésion sociale? Le poids des responsabilités, je le concède, existe. On a entendu certains chefs d'entreprise - beaucoup plus venant de la droite que de la gauche! - affirmer cela. Mais avec un effet multiplicateur salarial aussi faramineux, on dévalorise la plupart des salariés, c'est-à-dire nos concitoyennes et concitoyens. On nie le fait qu'on leur doit une sorte de reconnaissance et on torpille donc aussi la cohésion sociale.

On a confondu ces dernières années libéralisme et libéralité, ce dernier terme pris au sens de "générosité déplacée". A l'heure actuelle, les grands actionnaires et les dirigeants bénéficient du privilège de fixer leurs salaires et ceux des autres. Leurs prétentions vont toutefois plus loin, comme le montrent précisément un certain nombre de réactions à l'initiative "1:12". Ainsi, Monsieur Brabeck de Nestlé évoque la délocalisation de sa société comme l'une des conséquences possibles d'un oui à l'initiative. Autrement dit, un seul manager, qui est par ailleurs dépourvu du droit de vote en Suisse, s'apprête à faire du chantage à une population de 8 millions d'habitants!

L'initiative "1:12" rétablira le primat de la politique sur l'économie en conférant au peuple la possibilité de déterminer les règles les plus justes. Et ces dernières années, il faut bien en convenir, il y a eu une dérive totale dans ce domaine. Le primat de la politique se justifie. Pour citer, car vous savez que j'aime bien les citations, le grand Talleyrand, on peut dire: "Les financiers ne font bien leurs affaires que lorsque l'Etat les fait mal."