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Rossini Stéphane · Nationalrat · 2012-09-27

Rossini Stéphane · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-09-27

Wortprotokoll

La problématique des différences salariales au sein d'une entreprise ne renvoie pas simplement à la question des inégalités entre les salariés. Elle est l'expression d'une manière de concevoir l'économie, ses liens avec celles et ceux qui la font, à savoir les travailleurs, et sa place dans la société.

L'initiative "1:12" est donc à la fois l'expression de la nécessité politique d'agir face à certaines dérives sur le plan des rémunérations et la réponse concrète au malaise qui affecte les salariés qui voient leurs managers bénéficier de largesses indécentes. Ces situations aberrantes, choquantes souvent, sont malsaines pour l'économie. Elles sont même franchement nuisibles pour le personnel des entreprises. Sincèrement, qu'est-ce qui justifie de tels écarts salariaux, qui représentent des millions dans certaines entreprises?

L'initiative "1:12" a le mérite de proposer une nouvelle approche dans la façon de traiter les écarts de revenus. Elle provoque un débat démocratique fondamental sur la question salariale. C'est dans ce sens clairement une chance à saisir, car en Suisse, cela ne va pas de soi! Le salaire, qu'il s'agisse des disparités de niveau ou des inégalités entre hommes et femmes, est malheureusement un sujet tabou, qui ouvre la porte aux abus, tant vers le haut - ce qui nous préoccupe aujourd'hui - que vers le bas. On n'échange que peu, voire pas du tout, dans ce pays sur son salaire et sur les injustices qui peuvent régner.

Pour beaucoup, l'indécence qui caractérise certains salaires mirobolants n'a que trop duré. Les exagérations ne sont plus tolérables. D'où la nécessité de repenser le cadre d'action, un cadre que l'initiative veut, malgré les critiques qui sont proférées ici -, sensé et équilibré. Car ce qui se passe sous nos yeux est le fruit de lacunes systémiques qu'il faut corriger.

Fondamentalement, les rémunérations dans l'entreprise doivent s'inscrire dans une perspective de redistribution et de partage. Cette politique de redistribution interne à l'entreprise comporterait l'indéniable avantage d'associer toutes les catégories de salariés à l'innovation, au dynamisme créatif, à l'engagement et aux profits qui en découlent. Ces profits seront de toute évidence bien mieux répartis si des limites sont posées.

Ce qu'on abaisse dans le haut de l'échelle, on va l'utiliser pour relever les salaires les plus bas.

On ne peut en effet nier que les succès qui garantissent à certains des salaires indécents sont aussi le fruit du travail d'autres catégories de travailleuses et de travailleurs moins bien lotis. Les profits étant dès lors le résultat d'une démarche de production collective, il appartient à ce collectif de se les approprier par une meilleure et surtout plus juste répartition de la masse salariale.

Et puis, cette initiative s'inscrit dans la perspective d'une économie au service de la société, d'une économie démocratique privilégiant la reconnaissance de tous les salariés. Cette économie-là participe à la réduction des inégalités non seulement par la richesse qu'elle produit, mais aussi, et surtout, par la richesse qu'elle répartit.

L'initiative "1:12" a pour but de corriger des effets nuisibles, sans restreindre la production de richesses, tout en motivant les salariés qui seront concernés davantage par la bonne [PAGE 1748] marche et les succès de l'entreprise. Un tel levier mérite d'être soutenu.

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