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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2012-12-11

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-12-11

Wortprotokoll

Depuis 1989 et la chute du mur de Berlin, la situation géopolitique du continent européen s'est profondément modifiée. La confrontation franco-allemande, qui a donné le ton aux drames militaires et humains qui ont présidé à la destinée de l'Europe durant les derniers siècles, a fait place à la construction européenne basée sur la paix, la collaboration et l'amitié entre les peuples. C'est dans ce contexte que l'on a assisté, année après année, à l'abandon de l'obligation de servir dans la quasi-totalité des pays européens. Font exception quelques nations: la Norvège, l'Estonie, la Grèce, l'Autriche, qui votera en 2013 sur un projet de milice volontaire, et enfin la Finlande, qui s'appuie toujours sur une armée de masse de plus de 300 000 hommes, une situation originale qui s'explique par les traumatismes de son histoire, aux confins de la Russie.

Imaginer en 2012 les risques d'une guerre conventionnelle à nos frontières avec l'un de nos pays voisins relève de la pure science-fiction, et cela clairement à l'horizon de plusieurs décennies. Il est vrai, des risques subsistent, mais ils ont changé de caractère. Ces nouvelles menaces s'appellent terrorisme, cybercriminalité, crime organisé ou tout simplement insécurité. La sécurité, vivre sans la crainte d'être agressé ou volé, est un droit fondamental essentiel pour chaque citoyenne et chaque citoyen de ce pays, et pour les socialistes une priorité. On n'oubliera pas les dangers environnementaux, liés ou non aux changements climatiques: inondations, éboulements, séismes, par exemple.

Pour répondre à ces nouveaux défis, l'armée suisse doit être repensée, redimensionnée, réorganisée. L'ère du citoyen soldat à l'ancienne est révolue. Forte dans les grandes années de plus de 400 000 hommes, notre armée compte aujourd'hui quelque 180 000 soldats et est vouée, selon les choix de notre Parlement, à voir ses contingents réduits à [PAGE 2124] 100 000 hommes. La conscription est de ce fait condamnée à se réduire comme peau de chagrin.

Déjà maintenant, l'égalité devant l'obligation de servir n'existe plus. Seuls 30 à 40 pour cent des jeunes hommes issus d'une même classe d'âge effectuent leur parcours militaire dans son intégralité. Cette inégalité devant ce qui est considéré comme la règle est encore aggravée par des disparités flagrantes entre les régions et par les passe-droits dont semblent bénéficier certains des sportifs d'élite, par exemple. Le mythe du citoyen soldat n'est déjà plus qu'un souvenir.

Le Service de renseignement, devenu semble-t-il une véritable passoire, et la lutte contre la criminalité doivent devenir des priorités. En effet, notre pays a besoin d'une autre politique de sécurité, adaptée aux vrais risques. Des forces militaires mobiles et bien équipées mais en contingent nettement réduit doivent rester la colonne vertébrale de notre système de défense, avec à leurs côtés un renforcement du Corps des gardes-frontière, des unités de police spécialisées et de l'aide en cas de catastrophe.

Pour effectuer ces différentes missions à côté des postes obligatoirement dévolus à des professionnels, les besoins en militaires seront forcément réduits. Ainsi, la conscription généralisée deviendra inadaptée, l'obligation de servir inutile et le choix de miser sur le volontariat, sur une milice composée de volontaires, une évidence. Une armée redimensionnée, bien équipée, composée de personnes motivées avec des missions concrètes et intéressantes n'aurait aucune difficulté à recruter chaque année les quelques milliers d'hommes et de femmes requis - on imagine 3000 à 4000 recrues par année - avec, à la clé, une armée plus performante en phase avec les défis sécuritaires véritables de la Suisse et, surtout, une défense nationale plus économique.

Mais notre sécurité intérieure, c'est aussi à l'étranger qu'il faut la bâtir résolument. Contribuer à la résolution des crises politiques et militaires dans les pays du Sud permet par exemple de réduire les flux migratoires et les déstabilisations politiques qui font le lit du terrorisme.

Pour terminer, j'aimerais dire quelques mots sur les contre-projets. Ni l'un ni l'autre n'a convaincu le groupe socialiste. Ils ont le défaut de maintenir en l'état l'obligation de servir, et en fait ils compliquent plutôt les choses. La minorité Hiltpold souhaite par exemple envoyer des béotiens faire un service citoyen dans des prisons ou au sein de la police. Cela paraît clairement inadéquat.

A titre personnel, dans une Suisse sans obligation de servir, je trouverais l'idée d'un service citoyen généralisé intéressante, mais sous une forme légère, simple, afin de permettre de cimenter l'appartenance à notre communauté. On pourrait imaginer un stage de quelques semaines dans un home pour personnes âgées, dans une institution pour personnes handicapées ou dans une ferme de haute montagne, afin de partager une expérience de vie pour s'imprégner des valeurs d'entraide et de solidarité.

Le groupe socialiste soutiendra la minorité I (Allemann) qui est en faveur de l'abrogation du service militaire obligatoire. Il ne soutiendra pas les différents contre-projets déposés.