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Mugny Patrice · Nationalrat · 2001-06-20

Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2001-06-20

Wortprotokoll

Lorsque nous avons lu le texte et les questions de cette interpellation urgente, nous avons eu un sentiment de malaise, et le mot est faible!

De quoi parle-t-on dans cette interpellation? Apparemment, du coût des primes de l'assurance-maladie. Il est vrai que ce coût représente un vrai problème, surtout pour les bas revenus. On pourrait d'ailleurs imaginer des solutions qui vont d'un plus grand investissement public à un calcul des primes en fonction des revenus.

Ce n'est pas vrai que les auteurs de cette interpellation urgente veulent régler ce problème. Ils ne s'inquiètent pas du tout du sort des petites gens. Ils mentent à longueur d'année en faisant croire qu'ils se soucient des familles et des personnes à revenu modeste; ils leur font croire ça! Car enfin, il faudrait être aveugle pour ne pas constater que l'UDC - et [PAGE 827] elle n'est pas seule dans ce cas - s'en prend à tout ce qui est social. Cette interpellation urgente est quasiment un cas d'école de ce mensonge de l'UDC. Il suffit de décortiquer le texte et de voir ce qu'il veut dire.

Le groupe de l'Union démocratique du centre veut élaguer le catalogue des prestations. Cela veut dire très clairement réduire le nombre de prestations qui seraient remboursées. Or, ces prestations, tout le monde le sait, les gens aisés pourront toujours se les payer, soit en concluant des assurances-maladie complémentaires qui seront hors de portée des petits revenus, soit en les payant directement.

Ce faisant, il y aura effectivement une économie importante. Comme ces prestations ne seront plus remboursées dans le catalogue des prestations de base, les compagnies d'assurance pourront réduire leurs primes et les collectivités publiques réduire leurs contributions publiques directes ou indirectes aux assurés modestes. Au bout de la chaîne, l'UDC et ses amis pourront proposer de nouvelles coupes dans les recettes publiques.

Il y a quelques jours, au cours de cette session, un démocrate-chrétien a osé proposer - soit la motion Raggenbass 99.3551 - de ne plus donner l'accès à certains soins aux requérants d'asile. Plus de 70 élus de ce Conseil ont osé suivre cette motion qu'il faut bien qualifier de nauséabonde.

Aujourd'hui, de manière plus pernicieuse, le groupe de l'Union démocratique du centre vient proposer de ne plus accorder certains soins à la catégorie la plus modeste de notre population. Il propose ni plus ni moins qu'un apartheid sanitaire. Il lui suffira ensuite de montrer du doigt les étrangers pour faire croire encore une fois aux déshérités de chez nous que leurs ennemis sont les déshérités venus d'ailleurs. Non, les ennemis des pauvres, que ces pauvres soient d'ici ou d'ailleurs, ce ne sont pas les pauvres. Ils sont ici, notamment dans cette salle, et ils ont des noms!

Je souligne ici que mon propos n'est pas de condamner ceux qui croient que tel système économique ou tel modèle politique est le plus à même de déboucher sur le bien commun. Je vois M. Eggly sourire: oui, on peut débattre des modèles économiques et politiques, mais nul ne peut croire que le fait de ne pas offrir les mêmes soins à toute la population constitue un progrès humain. Et ceux qui osent écrire que c'est l'augmentation des primes, plutôt que le manque de soins aux malades pauvres, qui pourrait induire des troubles sociaux sont littéralement des manipulateurs de l'opinion publique et constituent, eux, le plus grand danger pour la paix sociale dans ce pays.