Levrat Christian · Nationalrat · 2009-03-18
Levrat Christian · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2009-03-18
Wortprotokoll
Le Conseil fédéral a contribué, vendredi dernier, à clarifier les choses. Nous avons, d'un côté, la protection des données qui sera maintenue: le secret professionnel des banquiers, comme celui du curé ou de l'avocat, continuera à l'avenir à protéger nos données privées. De l'autre côté, nous avons la lutte contre les tricheurs, une lutte que nous entendons renforcer en Suisse comme à l'étranger. Les impôts que ne paient pas quelques escrocs fortunés sont supportés par l'ensemble des gens honnêtes, par vous et moi.
Le Conseil fédéral a pris une décision devenue inévitable. Des sanctions menacent l'économie réelle de ce pays. Nous gagnons 50 pour cent de nos revenus en commerçant avec l'extérieur et il est pour nous hors de question de sacrifier des emplois suisses à de l'argent étranger - de l'argent noir ou gris, qui plus est. Ceux qui appellent aujourd'hui à un boycott des produits européens sont des irresponsables qui jouent avec nos emplois, avec les emplois de nos compatriotes.
La stratégie appliquée appelle, par contre, une sévère correction. Le président de la Confédération, Monsieur Merz, n'a voulu ni voir ni entendre les avertissements qui lui avaient été adressés depuis des mois. Il a laissé traîner cette affaire, a joué la montre, a refusé de prendre en compte les nuages qui s'amoncelaient sur l'UBS aux Etats-Unis. Il n'a pas osé dire, l'automne dernier, à notre population que la distinction entre fraude et évasion fiscales n'était pas tenable à terme. Et ce déni de réalité menace de se poursuivre: le Conseil fédéral ne cède qu'avec un révolver sur la tempe et sans obtenir aucune contreprestation.
Cette valse-hésitation doit cesser. Le gouvernement doit se montrer plus offensif, convoquer par exemple une conférence internationale sur la fiscalité en Suisse, profiter du mouvement que nous faisons enfin sur le fond pour obtenir des concessions de la part de nos partenaires commerciaux, obtenir que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis mettent fin à leurs pratiques scandaleuses, contribuer à faire de la finance autre chose que le royaume de l'arrogance et du mépris des lois, développer une stratégie globale pour une place financière qui ne repose pas sur l'argent des tricheurs.
Certaines interventions qui ont été faites aujourd'hui sont tout simplement ahurissantes. Comme la Suisse, l'Allemagne défend ses intérêts. Si l'on pourrait attendre de l'Allemagne qu'elle renonce à un vocabulaire guerrier et à des comparaisons choquantes, on pourrait aussi attendre de membres de ce conseil qu'ils ne se comportent pas comme des va-t-en-guerre, comme des machos, comme des orateurs complètement déphasés. Ce qui est inacceptable dans la bouche de Peer Steinbrück l'est aussi dans celle de Hans Fehr, de Pirmin Bischof ou de Thomas Müller. Et nous ne défendrons pas nos banques en ressortant l'arbalète de Guillaume Tell ou en dressant les peuples les uns contre les autres.
Le temps des incendiaires dans ce dossier doit cesser et laisser place à une défense responsable, clairvoyante et sérieuse de nos intérêts - des intérêts qui ne reposent pas sur l'évasion fiscale mais qui reposent sur un développement durable, sur des bases éthiques acceptables et sur un commerce international régulé globalement. C'est dans ce sens que nous devons travailler, et si la majorité au Parlement est prête à aller dans cette direction, nous en serons. S'il s'agit au contraire de poursuivre dans la voie désespérée qui nous a amenés aujourd'hui dans cette impasse, nous n'en serons pas et nous vous mettons en garde sur les conséquences pour l'économie réelle d'une défense acharnée, obscure, aveugle du secret bancaire.
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